Tournée italienne: un menu al dente

Ah la Dolce Vita… Quoi de plus fabuleux pour nos amis skieurs que de finir l’année civile par cette tournée dans les Dolomites??? Avec des épreuves parmi les plus mythiques et difficiles et des slaloms en nocturne, ce spectaculaire triptyque (Sud-Tirol, Trentin et Lombardie) est un des grands classiques pour tous les amoureux de l’alpin et de cadeaux sous le sapin.

Ses montagnes à roches arrondies s’illuminent de rose dès que le soleil est bas ou se couche. Telle est la particularité du Massif des Dolomites, rendant les épreuves de vitesse plus majestueuses que n’importe quelle autre. Malheureusement, à Val Gardena, les caprices de la météo n’auront pas permis de profiter de ce paysage magique et auront perturbé non seulement les entraînements de descente, mais également le Super-G. En effet, ce sont les petits dossards qui profitèrent d’une fenêtre d’éclaircie en début de course, celle-ci ayant été interrompue par deux fois ensuite par le brouillard, dont une définitivement après le trente-huitième participant – comme plus d’un tiers des concurrents ont pris le départ (38/80), la course peut être arrêtée et le résultat validé.

Ferstl en amuse-gueule

A ce petit jeu, c’est Josef Ferstl , avec le 2, qui rafla la mise pour le premier podium de sa carrière. L’Allemand confirme la bonne forme de son équipe en ce début de saison et permet à son pays de monter sur la plus haute marche d’un Super-G depuis 1991!!! Cependant, il s’en est fallu de très peu pour que le Bavarois rate cette superbe opportunité, puisqu’il s’impose pour seulement deux petits centièmes sur Max Franz, vainqueur en 2016 sur la même piste en descente, et dix sur Matthias Mayer, champion olympique en titre. Cette course n’a pas sourit aux Norvégiens, dont la discipline sur ces terres ladines est leur chasse gardée avec quatre victoires pour Svindal dont un triplé avec Jansrud et Kilde en 2015 (introuvable sur YouTube, si vous dégotez une vidéo de cette course, je suis preneuse). Ce dernier sauve les meubles vikings avec la médaille en chocolat. Svindal finit neuvième mais Jansrud, pas du tout dans le coup se retrouve même en-dehors de points (35è). Une véritable contre-performance, non seulement pour le globe de la spécialité, mais aussi, pour le classement général. A ce propos, leur compatriote Kristoffersen, maintient la tête avec 285 points, devant Hirscher et Svindal, qui le suivent de très près avec 274 unités.

Des Norvégiens cuits à point

Mais fâchez deux Vikings et leur retour de bâton est terrible. Lors de la descente, avec une bonne visibilité Svindal et Jansrud ont pris leur revanche. Et de quelle manière (surtout pour le premier qui met 59/100è à son collègue)!!! Un doublé et un nouveau podium à deux lors d’une épreuve de vitesse. C’est devenu un classique depuis quelques années quand les deux garçons sont au top de leur forme. A peine revenu d’une nouvelle grave blessure, “ALS” regagne déjà en écrasant la concurrence. Quant à son “héritier”, beaucoup se seraient effondrés après la claque reçue la veille, mais c’est bien mal connaître les Rocs Norvégiens Dôtés, d’un mental d’acier, rien ne peut les arrêter (hors blessures) et ce n’est pas un craquage sur une course qui pourra atténuer leur confiance pour la suite, preuve en est. Spécialiste des championnats, ils seront de toute façon clairement à suivre à Pey… Pegy… Peonyg… Enfin, en Corée du Sud. Mais en attendant, ils reprennent les commandes du général, le plus ancien en tête. On a donc un nouveau triplé “norge”, avec en squatteur indésirable, le perturbateur prêt à bondir, Marcel Hirscher. A noter également, le nouveau podium de Max Franz qui s’offre une deuxième troisième place en deux jours. De même, le jeune Suisse Gilles Roulin, au pied de la boîte avec son dossard 32.

Un Marcel Hirscher Grand Cru

Passons de l’autre côté de la Vallée, à Alta Badia pour l’un des Géants les plus mythiques du circuit. Un géant devait donc forcément s’y imposer. Ce fut bien le cas. Et sans faire de détail en plus. Si Hirscher n’avait que 17/100è d’avance sur Kristoffersen en première manche, il a littéralement assommé son rival lors du second run en lui collant plus d’une seconde et demi. Tant est si bien qu’on se demande, s’il a bien pris le même chemin que les autres, l’expression consacrée quand un skieur crée un tel écart. L’Autrichien écoeure toujours un peu plus ses adversaires chaque semaine. Toutefois, cela n’empêche pas de voir quelques outsiders réussir à se hisser sur le podium. Cette fois-ci, c’est au tour le Slovène Zan Kranjec, 25 ans. Pour son premier podium, il ne lui a pas manqué grand chose pour grimper d’un étage puisqu’il n'”échoue” qu’à 12/100è du Norvégien. Hirscher , leader au classement de la spécialité, reprend la tête du général, à égalité avec Svindal.

Le parallèle ne bat pas de l’aile

Place au slalom parallèle, discipline rare mais qui se démocratise de plus en plus en Coupe du Monde, avec toujours au moins deux épreuves du style chaque saison, dont une en pleine ville. Le principe est simple, trente-deux participants deux coureurs s’élancent en même temps sur deux parcours côte-à-côte, un bleu, un rouge, constitués de 16 portes assez serrées. Les premiers tours se font sur une seule manche, alors que l’on dispute les quarts sur deux manches et où la qualification se fait non seulement en fonction de l’écart creusé, mais aussi de celui rattrapé – exemple: si lors de la première manche, le perdant a 20/100è de retard, s’il les rattrape et s’impose, même en moins de 20/100è, il passe le tour suivant. Une course rapide, spectaculaire et souvent en nocturne qui remporte un franc succès et qui devient de plus en plus populaire. Si bien entendu, les spécialistes du slalom et du géant, certains “vitesseux” viennent se prêter au jeu, à l’instar de Kjetil Jansrud, souvent dans le dernier carré. Ce qui ne fut malheureusement pas le cas cette fois-ci. Eliminé dès les 1/8è, il perd à nouveau de précieux points pour le classement général.

Le mascarpone de Matts Olsson 

Jansrud hors course, il ne restait donc plus que les purs spécialistes à en découdre. Toutefois, le format est tel que même les tous meilleurs peuvent être battus ou faire une faute. Et c’est ce qu’il s’est passé lors de parallèle. En effet, la finale n’a pas opposé les deux monstres du moment dans les disciplines techniques, à savoir, Marcel Hirscher et Henrik Kristoffersen. Les deux furent battus, en demi, et c’est un petit exploit, pour l’Autrichien, et en finale pour le Norvégien, par Matts Olsson. Régulièrement dans le TOP 7 mondial en slalom et étant monté à deux reprises sur un podium de Coupe du Monde, le Suédois a dû attendre ses 29 ans pour remporter sa première épreuve et devancer les deux intouchables de la technique. Impressionnant lors de ses premiers tours, il n’a pas perdu son calme ni son ski pour se débarrasser du leader de la Coupe du Monde puis, pour vaincre son Dauphin en finale.

Un slalom “ristretto”

Direction la Vénétie pour l’unique étape proposée à Cortina d’Ampezzo, un slalom. Mais quelle slalom!!! Se déroulant en nocturne et sur un pente difficile, il nous a offert un suspens comme il n’en existe que très rarement en classant les quatre premiers en 7/100è. Oui, vous avez bien lu, 7/100è!!! Des écarts si infimes que nous avons failli avoir droit à une surprise. En effet, Luca Aerni, talentueux slalomeur, médaillé de bronze en combiné au derniers championnats du Monde et passé à 4/100è d’un authentique exploit. Celui de battre Marcel Hirscher. Déjà à cette place en première manche, le Suisse a réussi à reprendre 33/100è sur l’Autrichien en seconde manche. Et s’il lui a manqué un millimètre de spatule pour glaner le premier bouquet de sa carrière, il en a eu assez pour doubler d’1/100è Kristoffersen et lui souffler la deuxième position. Le quatrième larron de ce slalom de dingue est un autre Helvète, Daniel Yule, qui rate la boîte pour 2/100è. Que l’on aime ces épreuves qui se jouent d’un rien et qui ravit le public et les suiveurs. L’ambiance en nocturne étant déjà naturellement un peu “folle”, ce scénario a rendu l’assistance presque hystérique. Et devant sa télé aussi.

Aux délices de Paris

C’est au tour de la Lombardie et de Bormio, d’accueillir le circuit et de lui offrir, là aussi, une de ses pistes les plus légendaires. Après quatre ans d’absence, notamment dûe au manque de neige, la mythique Stelvio, du nom du célèbre col situé à quelques kilomètres de là, à la frontière avec le Trentin, est de retour. Pour fêter cela, les plus grands descendeurs de la planète souhaitaient bien lui faire honneur et elle le leur a bien rendu, puisqu’il y a du lourd sur le podium, tant au sens propre qu’au figuré. Cerise sur le gâteau, c’est un Italien qui s’impose, Dominik Paris, une des valeurs sûres de la vitesse avec 20 podiums dont 8 victoires, notamment à Kitzbühel, à la fois en descente et en Super-G et vice-champion du Monde en 2013 derrière Svindal. Mais cette fois-ci, c’est donc le Sud-Tyrolien qui a eu le dernier mot, mais seulement quatre petits centièmes sur le Norvégien, qui a longtemps cru tenir la victoire. Pour compléter le podium, Kjetil Jansrud, presque évidemment. En effet, à l’instar du duo Hirscher-Kristoffersen en slalom, les Rois Norvégiens de la vitesse, ont eux aussi bien du mal à lâcher le podium. Mais si Svindal creuse l’écart au classement de la spécialité, il voit Hirscher déjà loin, avec ses 160 points pris en deux courses contre seulement 80 pour le Norvégien, soit exactement le nombre de points séparant les deux hommes. Et quand on sait que le calendrier propose plus d’épreuves techniques que de vitesse, il faudrait un carton plein du Viking et quelques contre-performances et résultats hors podium de l’Autrichien pour voir la tendance s’inverser

Le combiné pour digérer

Le combiné alpin (anciennement super-combiné) est voué à disparaître au profit du slalom parallèle. Il n’y en a plus que deux en Coupe du Monde, plus un en grand championnat. C’est pourquoi, il est peu nécessaire de s’étendre trop sur cette discipline. Une descente (ou Super-G) et une manche de slalom (les deux raccourcies). Si les as de la vitesse arrivent souvent en tête lors de la première épreuve, lors de la seconde, ils ont naturellement bien plus difficultés et offrent un exercice de style souvent peu académiques. Il est toutefois arrivé par le passé que des descendeurs ayant pris assez d’avance lors de la descente et avec un slalom pas très compliqué se soient imposés, mais il faut bien avouer que ces cas de figure furent rares et que ce sont en général les techniciens qui ont le dernier mot. Mais rares ne veut pas dire jamais et si Alexis Pinturault a triomphé, il a néanmoins été fortement bousculé par deux garçons que l’on attendait pas forcément sur la boite, à savoir Kjetil Jansrud, qui prend quelques nouveaux points intéressants au général et qui peut se trouver un nouvel objectif lors des JO et l’Italien Peter Fill, qui a a particularité d’être un petit modèle et d’être assez agile sur une manche de slalom.

Après ce programme bien chargé en Italie, certains de nos héros seront de retour dès le premier de l’an pour le parallèle d’Oslo. Viendra ensuite, le slalom de Zagreb et les deux week-ends suisses, là aussi, pour des courses mythiques.

A propos de l'auteur

Tout schuss et planté de bâton l'hiver, mais pas que. j'aime aussi les deux roues sans moteur (quoique maintenant, on n'est plus très sûrs :p), le ballon rond, la petite balle jaune, le tour de piste, les vroum vroum et un peu l'eau chlorée.

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