“Tous contre Sagan”, le mauvais combat…

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Ligue 1

Milan-San Remo, GP E3 Harelbeke, Tour des Flandres. Trois courses prestigieuses sur lesquelles Peter Sagan s’est cassé les dents. Non pas à cause de sa méforme, mais à cause de l’envie de ses adversaires de le voir échouer, quitte à perdre eux-même… Et à laisser la Quick-Step dominer implacablement cette période qui lui est si chère… Pourquoi donc une telle attitude? Et quel en est l’intérêt? Pas celui de la course, en tout cas.

Tout commença lors de Milan-San Remo. Suite à l’attaque de Nibali dans le Poggio, Sagan s’extirpa à son tour du peloton afin de revenir sur le Sicilien. S’il fut suivi par plusieurs coureurs, d’aucun n’avait pour but de l’accompagner dans son entreprise. Mais plutôt de l’empêcher de leur disputer l’arrivée, se pensant vaincus d’avance. Ils le laissèrent donc faire, alors qu’il était isolé, et préférèrent voir le Requin de Messine plonger vers la Via Roma et nager vers la victoire. Cette impression du “Tout sauf Sagan” n’était pas un fait exceptionnel et le scénario allait se reproduire la semaine suivante.

Le triomphe de Vincenzo Nibali à Milan-San Remo (crédit photo: Eurosport/Getty Images)

Deuxième acte à Harelbeke, donc, lors du GP E3. Ralenti par une chute, le Slovaque se retrouva attardé avec d’autres piégés. S’il était toujours possible de raccrocher les wagons du peloton principal, là aussi, aucun des compagnons d’infortune du natif de Zilina, ne prit un relais, ou du moins, assez appuyé pour revenir. Y compris venant d’équipes ayant des intérêts à réintégrer le groupe des favoris. Ce nouveau “bashing” démoralisa le Slovaque qui se releva et permit à la Quick-Step, sur-représentée devant, de répéter un show dont elle a le secret, sans que personne ne puisse lutter avec elle.

Troisième épisode au Tour des Flandres. Alors que la Quick-Step entamait une nouvelle démonstration avec l’attaque de Niki Terpstra dès le Vieux-Quaremont, le Champion du Monde décida de lancer la chasse dans le Patterberg, mais une fois de plus, personne ne prit sa roue. Désabusé par ce scénario redondant et dont il devait s’accommoder, il renonça une nouvelle fois à la poursuite, d’autant que l’écart était de 50″. Les coureurs, la plupart belges, qui étaient avec lui avant son attaque, se justifièrent par la fatigue, alors qu’il était clair, là aussi, que personne ne voulait collaborer avec lui.

Terpstra bisse au Ronde (crédit photo: cyclingpro.net/Sirotti)

Burghardt le “Sauveur”

Au milieu de cette campagne de mise à perte, Super Peter a néanmoins réussi à s’imposer. C’était à Gand-Wevelgem. Et avec la particularité d’avoir été accompagné, pour une fois, d’un coéquipier, en la personne de Markus Burghardt. La présence de l’Allemand aux côtés de son leader permit la coopération des autres équipes et individualités de ce groupe d’une vingtaine de coureurs, sprinteurs et favoris, qui s’était détaché. Pourtant, certains d’entre eux étaient seuls, comme Sagan lors des trois autres épreuves… Cette collaboration dura jusqu’à l’arrivée où le Slovaque régla ses collègues d’échappées au sprint.

Peter Sagan victorieux sur Gand-Wevelgem (crédit photo: Bora Hansgrohe/Bettini)

Malgré tout, on peut se demander le véritable intérêt de marquer autant le Peter solitaire. En effet, rien ne prouve qu’au final, il s’imposerait. Ni qu’il soit si fort que ça. Et surtout, au lieu de s’allier contre un seul homme, pourquoi ne pas s’allier contre la Quick-Step??? En effet, en marquant Sagan, on laisse l’équipe belge dans ses démonstrations de plus en plus impétueuses, écrasantes et donc, peu divertissantes à force. Voir la même formation lever les bras épreuve après épreuve peut tout autant lasser que de voir des coureurs se liguer à plusieurs face à Peter Sagan. Mais il est toujours plus facile de ne pas s’attaquer aux plus forts.

Pourtant, une alliance totale entre les principales équipes actrices de ces classiques printanières, que ce soit Lotto, BMC, EF-Cannondale, Michelton, Lotto-Jumbo, Bora (ou plutôt Sagan, donc), voire FDJ ou Wanty, semblerait tout à fait envisageable et solide pour lutter contre l’armada de Patrick Lefévère. Armada qui brille donc, par le marquage à la culotte de l’Arc-en-Ciel et qui en profite, sachant que se battre contre elle est plutôt un souci secondaire de ses adversaires. Et c’est bien là le problème. Les autres formations se trompent clairement de combat et atténuent un peu les performances de la bande à Gilbert.

La domination Quick-Step au Tour des Flandres (crédt photo: sport TV5 Monde)

Un nouveau pas dans l’aseptisation du cyclisme

Comme dit l’adage, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Nibali n’était pas forcément le plus fort, mais on lui a offert la victoire. La Quick-Step, l’est par contre, mais lui mâcher le travail en ne l’attaquant pas ne rend malheureusement pas sa force, ses envolées et ses victoires à leur juste valeur. Et d’un autre côté, se priver d’une éventuelle grosse performance, uniquement pour ne pas qu’untel ou untel gagne pour des questions d’égos ou de vengeance personnelle, au détriment d’un palmarès et d’une mise en lumière montre également un des vices actuels du cyclisme. Celui du gagne-petit sur un malentendu.

Qu’en pense Peter Sagan? Son tweet après Milan- San Remo était évocateur et est toujours d’actualité. Il disait crûment que seul Nibali en avait eu. On peut aussi y rajouter les Quick-Step. Avec une nuance toutefois. La moitié de leur équipe des flandriennes au moins serait leader ailleurs. C’est leur force collective qui est le mérite de leur succès. Si la configuration de course ne change pas dimanche, avec une prise en étau concertée de leurs adversaires sur Peter Sagan, il y a fort à parier que l’équipe flamande étouffe de nouveau tous ceux qui ont décidé de se battre contre des moulins.

Voir ces immenses courses galvaudées par des tactiques collectives de neutralisation d’un élément avec, pour conséquence, une archi-domination d’une seule équipe qui n’a pas besoin de ce genre de choses pour être déjà au-dessus des autres, est scandaleux. Déjà aseptisé, le cyclisme n’a plus le temps pour ces états d’âme et ces batailles mal dirigées. La domination des Quick-Step va finir par lasser, mais la faute à qui? Messieurs, réglez vos comptes à la pédale et faites que dimanche nous fasse mentir en nous offrant enfin le spectacle que l’on attend. 

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