Vincent Poirier, l’envol

Si Baskonia s’est incliné mercredi, perdant l’avantage du terrain durement acquis la semaine dernière à Moscou face au CKSA en quart de finale de l’Euroleague, Vincent Poirier, l’international Français, ne cesse d’impressionner. Après avoir solidement commencé sa saison, il termine en boulet de canon et espère porter son équipe, pourquoi pas, jusqu’au final four de l’Euroleague. Avant un envol outre manche à l’automne prochain? Ce serait une juste récompense pour un garçon à la détermination de feu.

Des débuts difficiles

Rien n’aurait pu annoncer un tel destin tout petit. Très peu de choses lui auront été épargnées tout au long de son cursus. Il faut dire que lui même s’est déjà mis des bâtons dans les roues. Adolescent, et alors qu’il est déjà beaucoup plus grand que ses camarades, le natif des Hauts de Seine n’a que faire du basket, et ne jure que par le football. Culminant déjà à plus de 2m au lycée, lui qui était très complexé par sa taille, s’est alors progressivement tourné vers la balle orange à cette période, poussé par ses amis, qui pratiquaient tous le basket. Il faut dire qu’il était prédestiné à cela, lui dont le père mesurait 1.92m et dont la mère n’était pas tellement plus petite (1.88m).

Il intègre alors le Bussy Basket Club à (Région), et ne s’y éternisera pas. Car même si l’apprentissage peut paraître compliqué, il s’acclimate très rapidement à l’environnement et aux règles, toutes nouvelles pour lui. Après seulement une saison, il rejoint le Paris-Levallois, où il évoluera pendant 3 saisons avec les espoirs. Plutôt intéressant, il apparaîtra même quelques fois avec les pros lors de son ultime saison chez les jeunes, saison au cours de laquelle il se révéla (12pts, 10.8rbds de moyenne). Il signe alors son premier contrat pro, mais au sein du monde professionnel, le retard accusé par l’absence de formation aura raison de lui. Dans un premier temps. “Dramatique”, d’après les mots de Thomas Drouot, le pivot au mental d’acier décide de s’exiler pour la première fois de sa vie, et rejoint Hyères-Toulon, alors en Pro B, en prêt. Plutôt intéressant en début de saison, en tant que rotation du pivot titulaire Davante Gardner, il est de moins en moins utilisé et termine la saison régulière avec 14min de temps de jeu en moyenne, pour 3.9pts et 3.7rbds. Son club réalise pourtant une saison intéressante et jouera même les playoffs, se faisant éliminer au premier tour. Mais malheureusement, Poirier est complètement sorti de la rotation à ce moment là, ne jouant que 4min en moyenne. Forcément un peu décevant, lui qui était venu prouver qu’il avait le niveau pour intégrer définitivement l’effectif du PL. Il n’est pas usurpé de dire que sa saison en demie-teinte n’a pas eu l’effet escompté aux yeux des dirigeants franciliens. Très peu utilisé par Rigaudeau à son retour, le club décide alors de demander une dérogation afin qu’il puisse jouer au centre Fédéral, avec l’INSEP, en Nationale 1, et au PL. Une première qui vise à développer les qualités de Poirier. Car le club compte sur lui, pour l’avenir. D’ailleurs, après seulement 7 matchs et quelques cartons réalisés à un niveau où il n’avait pas grand-chose à faire, Poirier retrouve vite le Palais des Sports Marcel Cerdan et l’effectif professionnel, alors que Freddy Fauthoux arrive en remplacement de Rigaudeau. Lui qui n’était que très peu utilisé en début de saison prend alors de l’importance au sein de la rotation du PL, et grandit à vitesse grand V.

L’explosion

A tel point qu’il finira par entrer dans le 5 majeur en fin de saison, et sera même MVP de la 29ème journée de Pro A, lors d’un match contre Gravelines (23pts à 10/14, 12rbds, 2asts, 2blks, en 25min !). Malheureusement, Paris-Levallois ne disputera pas les playoffs, au terme d’une saison terminée à la 14ème place avec seulement 12 succès. Ses performances en fin de saison ont alors créé une hype, et l’intérêt venu d’outre-Atlantique a alors été grandissant. Il est alors invité par le Magic d’Orlando a participé à la Summer League 2016 où il disputera 5 rencontres, toutes comme titulaire. S’il n’a pas été sensationnel, il a au moins eu le mérite de prendre date. Car il reviendra encore plus fort lors de la saison 2016-2017. Formant une raquette détonante avec Louis Labeyrie, il portera le PL tout en haut du classement, alors que Paris ne faisait pas forcément parti des favoris. Mais lui était sûr de sa force. Et il a emmener avec lui tout un groupe, toujours drivé par l’excellent Fauthoux, véritable meneur d’homme. Terminant à une intéressante 6ème place, le PL a alors affronté Nanterre dans un duel Franciliens en quart de final, où ce sont finalement les Levalloisiens qui se sont imposés.

Crédit photo : Le Parisien

Finalement battus par le futur champion de France l’Elan Chalon, les hommes du Président Aubry n’ont pas a rougir de leur excellente saison. Et Vincent Poirier en tête, lui qui a tourné à 11.2pts et 8.1rbds par match tout au long de la saison. Un petit peu moins décisif en playoffs (8pts, 4.2rbds), il a tout de même marqué les esprits, au point que son avenir suscite énormément d’intérêt, que ce soit en Europe, mais aussi aux Etats-Unis.

La consécration

Car après sa magnifique campagne 2016/2017, les Nets l’ont invité à participer à une nouvelle Summer League, durant laquelle il a de nouveau fait parler de lui. Mais le bonhomme avait son idée en tête : rejoindre un solide club Européen, afin de ne pas sauter les étapes. Car il sait pertinemment d’où il vient, et comment il en est arrivé là. Disputer l’Euroleague est un step incontournable de sa progression. D’ailleurs Vitoria va y réaliser une campagne absolument magnifique terminant à une confortable 7ème place, devant des clubs comme le FC Barcelone, Le Maccabi Tel-Aviv, l’Etoile Rouge de Belgrade ou encore Milan. Et ce, grâce à une attaque de feu, la 3ème de la saison régulière, qui lui a valu de belles performances comme les fessés infligées au Réal Madrid, à l’Etoile Rouge ou encore à l’Olympiakos. Éliminés en 4 manches par le futur finaliste Fenerbahce, les Espagnols n’ont pas à rougir de leur campagne. Et Poirier n’ont plus. Pour sa première saison au sein de l’élite Européenne, le Français a terminé avec plus de 8pts de moyenne et 5.2rbds, dont quelques coups d’éclat: 16pts à 70%, 12rbds, 3asts et 5blks lors d’une victoire à Istanbul contre l’Efes, 15pts à 7/10 au shoot, 8rbds, 5 asts lors d’un succès tout aussi précieux à Barcelone contre le grand Barca. Une première avec les félicitations. Et, cerise sur le gâteau, Baskonia a atteint la finale du championnat d’Espagne, la Liga ACB où la aussi son intérieur a montré de belles choses (8.5pts à 62%, 5.4rbds, 1blk en seulement 18min en moyenne).

Crédit photo: basket Europe

International Français depuis sa dernière saison Parisienne, le natif de Clamart profite par ailleurs de l’absence des joueurs NBA pour se faire une place au sein du groupe de Vincent Collet. Même s’il est parfois difficile, voire impossible, de se libérer, Euroleague oblige. Mais il a pris date, et la coupe du monde 2019 en Chine est dans un coin de sa tête. Mais avant cela, il doit accomplir une mission : emmener Baskonia au final four de l’Euroleague qui se disputera à Vitoria. Un rêve pour toute une région. On le sent d’ailleurs depuis le début de saison. Et Poirier l’a très vite compris. Le Français a activé le mode MVP. Baskonia a une nouvelle fois terminé à la 7ème place, difficilement (même nombre de victoire que l’Olympiakos, 9ème) mais l’essentiel est assuré. Surtout, Poirier a franchi un palier, devenant un joueur majeur de la compétition européenne reine. Déjà très à l’aise en saison régulière, il est devenu, jeudi dernier, le recordman de rebond pris en une saison avec 262, devançant Tyler Honeycutt et ses 256 prises ! Il faut dire que le pivot de 2.13 a atteint le très très haut niveau cette saison. Meilleur rebondeur de la saison régulière (8.7rbds), en plus de ses 11.7pts par rencontre,6ème en terme d’évaluation (17.3), très créatif dans la raquette, il a atteint les sommets, faisant étalage de son talent à plusieurs reprises. Demandez donc au grand Réal Madrid, a qui il a fait la chanson en saison régulière, collant 19pts et captant 16 rebonds, son record en carrière. Ou encore au Bayern, qui se souvient encore de sa venue fin octobre, où il avait claqué 24pts et pris 11rbds, en plus de ses 2blks. Mais avec 15victoires et 15 défaites, la campagne fut moyennement aboutie. D’autant plus que se présentait désormais le grand CSKA Moscou en quart de finale, l’un des favoris de l’épreuve, deuxième de la saison régulière. Mais rien n’effraie Poirier en ce moment. Il va alors littéralement porter son équipe à bout de bras. Après un premier match dominé de la tête et des épaules par les Russes, où le Français n’a pas non plus été transcendant (12pts, 5rbds), il a alors décidé de passer la seconde, lors du fabuleux succès Espagnol à Moscou, où il termina avec 14pts à 7/7 au shoot, et surtout avec 15rbds, lui permettant de devenir officiellement le meilleur rebondeur sur une saison d’Euroleague. Mieux, il a remis ça lors du match 3, avec 19pts à 70% au shoot et 15rbds ! Malheureusement, cela n’a pas empêché la défaite des siens, qui se retrouvent désormais dos au mur. Il n’empêche, Vincent Poirier ne cesse de marquer les esprits, et ce même en championnat espagnol où Baskonia occupe la troisième marche du podium, derrière le Barcelone et le Réal Madrid. Avec 8.7pts, 6.2rbds (6ème total de l’ACB), 1.1asts et 1.4blks de moyenne (meilleur moyenne du championnat), le Français n’y est pas étranger. On pourrait citer quelques unes de ses récentes performances, comme à Zaragoza (11pts, 13rbds, 2asts), ou encore son carton lors de la balade contre Malaga (18pts, 8rbds, 2asts), des stats équivalente au match au match précédent contre Joventut (15pts, 8rbds, 2asts), malgré la défaite. Même si un doublé semble être une douce utopie, Baskonia est encore bien placé en championnat et en Euroleague, dotant que l’organisation du final four à la maison suscite un intérêt encore plus important.

Maintenant, il faudra cravacher, et ce notamment en Euroleague dès ce soir, pour éviter une sortie de route face au CSKA. Mais Vitoria pourra compter sur son international Français, véritable révélation cette saison, et qui commence d’ailleurs a réellement attirer les convoitises venues d’outre Atlantique. En effet, Boston, en manque de présence athlétique dans la raquette pour les playoffs, s’est penché sur son cas. Mais lui a préféré rester en Europe et bien terminé ce qu’il avait entrepris. Et pour le moment, bien lui en a pris. Il ne fait d’ailleurs pas une fixette sur la NBA, préférant jouer un rôle majeur en Europe plutôt que de cirer un banc aux Etats-Unis. Le dilemme à l’inter-saison se posera forcément au vue de son rendement cette année : rester? Peu probable. Partir ? Oui, mais reste à savoir si ce sera dans un top club Européen ou en NBA. En tout cas, une chose est sûr il ne manquera pas de susciter les convoitises.

 

 

A propos de l'auteur

Supporter inconditionnel de l'Olympique de Marseille mais aussi du football en général. Fan des Houston Rockets mais surtout de The Beard.

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