De Wengen à Kitzbühel: d’une Légende à un Mythe

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Ligue 1

En l’espace d’une semaine en plein mois de janvier, les fans de ski alpin ont le droit à deux grands rendez-vous d’affilée, Wengen et Kitzbühel. L’un, dans un petite village perché entre des falaises abruptes où l’accès ne se fait que par un train à crémaillère au milieu de  d’un des plus grands massifs de la Suisse et d’Europe. L’autre, dans une des plus grandes station de ski du continent, également haut-lieu festif, de shopping et de la jet-set. Si tout semble séparé ces deux lieux, une chose commune les lie. Celle d’avoir les deux pistes et descentes les plus mythiques du circuit qui leur ont apporté la notoriété et créer leur histoire… Mais pourquoi ces deux pistes sont-elles devenues aussi prisées, célèbres et médiatiques??? Qu’ont-elles de plus que les autres??? On vous dit tout (ou presque)!!!

Le Lauberhorn, l’Interminable

Commençons tout d’abord par Wengen. Créée en 1930, au bas de l’Eiger, et également entouré du Monch et de la Jungfrau, les trois grands sommets du Massif, il s’agit de la plus vieille course “officielle” du Monde. Ou plutôt des courses, puisque déjà à l’époque, s’y disputer, descente, slalom et super-combiné. L’idée était de montrer aux nombreux Britanniques passant leurs vacances dans la région que les meilleurs skieurs étaient suisses. Ce qui n’empêcha pas néanmoins un des sujets de sa majesté de s’imposer lors du super combiné. En plus de son ancienneté, le Lauberhorn est aussi et surtout, la piste la plus longue du circuit et a le départ le plus haut. Partant à 2315 mètres, la descente fait près de 4500 mètres sur un peu plus de 1000 mètres de dénivelé sur une durée d’environ 2’30. A l’arrivée, les concurrents finissent totalement épuisés et ont bien du mal à s’arrêter. Il n’y est pas rare d’en voir quelques-uns s’effondrer littéralement sur les bâches de délimitation de l’aire finale.

Mais si le public se se masse en nombre à l’arrivée, il est aussi installé plus haut au bord de la piste, en bas de la célèbre Tête de Chien, là où les coureurs réalisent un saut impressionnant de près de 45 mètres entre deux rochers séparé de moins de dix mètres de largeur. L’ambiance y est là aussi présente et très conviviale, avec cloches, fondue, saucisson et breuvages à consommer avec modération. On y accède par le train qui s’arrête en contre-bas, entre la piste et la butte d’observation. En parlant d’observation, de la cabane de départ, on peut apercevoir, par beau temps, l’arrivée, quatre kilomètres plus bas. Deux lieux assez uniques sur le circuit, qui ont également forgé la Légende du Lauberhorn.

Vue sur la Tête de Chien (en haut à gauche) et de la foule amassée avec la voie de chemin au milieu (crédit photo: lauberhorn.ch)

Autres spécificités du parcours, le Brückli-S (ou Kernen-S, vainqueur en 2003 après une gamelle mémorable quelques années plus tôt à cet endroit), qui est composé de deux virages à angle droit en à peine trente mètres, où l’on arrive à un peu plus de 100km/h et que l’on négocie à plus de 75km/h pour les plus rapides et qui se sont le mieux débrouillées. A la sortie, ils passent sous un petit pont de chemin de fer où passe la ligne à crémaillère. Là aussi, ce côté insolite de cette partie de la piste fait de Wengen, une course à part. Et pour compléter l’ensemble, c’est aussi la piste la plus rapide avec un record de vitesse réalisé en 2013 par le Français Johan Clarey, flashé à… 162km/h!!! Ce qui n’a pas été sans dommages pour certains coureurs. En effet, on a assisté, certaines années, à de nombreuses chutes, certaines fois, au même endroit pour plusieurs coureurs d’une même nationalité, ce qui a entraîné une “nomination” du lieu de ces chutes, comme la Minschkante (en rapport avec la grave chute de Josef Minsch en 1965) le Canadian Corner (où deux Canadiens s’étaient retrouvé au tapis en 1976) ou le Trou des Autrichiens (où trois d’entre eux, favoris, y mangèrent la neige en 1953). Et cette année, la Suisse a été la fete, puisque c’est le local de l’étape, Champion Olympique, Beat Feuz qui s’est imposé.

La Streif, l’Impitoyable

Parce que l’Autriche se revendique comme le Pays de Ski, elle répondit à la Suisse en lançant l’année suivante son épreuve sur les pentes du Hahnenkamm, dont d’ailleurs on utilise toujours aujourd’hui le nom pour appeler les courses qui s’y déroulent car, en effet, si la descente et le super-G (à partir de 1995) se déroulent sur la célèbre Streif, le slalom, lui, a lieu sur une piste adjacente, le Ganslernhang. Mais c’est bien de la première dont nous parleront. Si elle est moins longue que son homologue helvète (3300m), elle est la plus technique et difficile du circuit, avec une pente moyenne de 15% et un degré maximum de 85% à la fameuse “Souricière” (Mausefalle). Elle offre également des sauts de plus de 60 voire de 70 mètres, directement suivies, à peine atterri de passages très difficiles à négocier et des virages non moins coriaces. Notons aussi d’autres sections connues comme le Caroussel (Karusel), le “Brückenschuss”, l'”Hausberg” ou le “Zielschuss”, une compression suivi d’un saut où la vitesse y est la plus élevée de la course, dépassant les 140km/h, malgré toute la dureté de la descente.

Vue du bas de l’impresionnante Streif (crédit photo: ludwigs.nl)

Mais si la descente de Kitzbühel est devenue mythique par son exigence, elle est aussi devenue “The Place To Be”, pour les personnalités autrichiennes, la Jet-Set germanique et le monde du sport en général. Chaque année, on y voit Arnold Schwarzeneger, sénateur de Californie, ancien héros de Terminator et Champion du Monde de body-building, il est surtout autrichien, parti aux USA à 20 ans et donc, forcément, passionné de ski. Autres figures, Niki Lauda, triple Champion du Monde de F1, lui aussi Autrichien et Bernie Ecclestone, ancien patron de la F1. Cette année, on a aussi pu voir l’Allemand Félix Neureuther, forfait pour toute la saison, qui est venu assister à l’événement (et on verra par la suite qu’il a bien fait). Il faut également savoir que les places en tribunes sont réservées au moins un an à l’avance et coûtent extrêmement cher (il est néanmoins possible d’assister debout à la course sur les côtés de la piste). Autre symbole de côté médiatique et (show)-business de l’épreuve, ce grand arche à l’Hausbergkante, sponsorisé par une grande marque de boisson énergisante nationale connu dans le monde entier. Sans compter le prize-money, le plus important du circuit (75000€).

Toutefois, si le côté bling-bling de la Streif est la partie brillante, le profil infernal de la piste engendre souvent des accidents toujours spectaculaires, mais rarement dangereux. Néanmoins, en 2017, trois skieurs se sont retrouvés à l’hôpital pour des blessures assez importantes, dont le Norvégien Aksel Lund Svindal qui y a laissé un genou. Même les plus grands peuvent ne pas sortir du piège tyrolien… Qui se refuse d’ailleurs, toujours au Norvégien… Mais la grande majorité des grands s’y est imposée. Car il faut de l’expérience pour vaincre cet ogre. Avoir la bonne trajectoire ne suffit pas. Il faut également à la fois de la technique, du toucher et de la vitesse et énormément de courage d’où un palmarès fait de noms tous les plus prestigieux les uns des autres. Mais il peut arriver que des outsiders, voire de quasi inconnus viennent damer le pion aux favoris. Si ces dernières années, cela est arrivé pour le podium (comme es deuxième et troisième places des Français Johan Clarey et Valentin Giraud Moine en 2017), samedi, ce fut enfin le jour de défiance de tous les pronostics. L’Allemand Thomas Dressen, déjà troisième à Lake Louise, a créé la surprise en devançant les monstres que sont Beat Feuz (toujours lui) et Hannes Reichelt. Finalement, la Streif peut aussi nous réserver de très belles surprises…

Le ski alpin est, comme tout sport fait d’Histoire. Et ces deux pistes en font partie. On peut même dire qu’elles sont deux morceaux du Patrimoine non seulement des Sports d’Hiver, mais du Sport en général. Elles sont peu sur le circuit à être aussi célèbres et reconnues et on comprend pourquoi… 

 

 

 

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