Wonderful Grass #2 : Le jeu, les joueurs et le gazon


A l’occasion de Wimbledon et de la saison sur herbe, WeSport vous propose de vous initier au gazon, cette surface naturelle si particulière, première spectatrice des plus beaux exploits de l’histoire du tennis. Seconde partie : Le jeu sur gazon et la découverte des spécialistes de la pelouse.

Comme précédemment mentionné dans le premier volet, le tennis sur gazon implique un changement total de son jeu, une volonté de création et une précision d’improvisation vue nulle part ailleurs. Le tout sur fond de jeu d’attaque et de prise d’assaut du filet le plus rapidement possible. Le « service-volée » est l’arme n°1 à maîtriser si l’on veut réussir sur cette surface, mais pas seulement.

Gros service, jeu à plat et volée précise : comment avoir la main verte

Dans les années 70, il était quasiment impossible de tenir un échange de plus de 5 coups, tant l’herbe était rapide. Ajoutez à cela, une raquette aussi lourde qu’un gourdin préhistorique et vous obtenez des joueurs aux avant-bras aussi gros que leurs cuisses, comme ce fut le cas pour Rod Laver ou Ken Rosewall, par exemple. Le rebond très bas, le slice accélérant et le lift très peu efficace favorisent les gros frappeurs à plat et obligent les relanceurs à jouer quasiment tout le match fléchi sur les jambes, voire parfois un genou à terre. L’improvisation est aussi de mise : il n’est pas rare de voir des demi-volées à mi-court, des volées réflexes ou encore des passing-shots d’une précision redoutable. Le service-volée est une des spécialités techniques de Roger Federer sur herbe. Mais il n’est pas le seul à le réaliser à la perfection : parmi les joueurs du 21ème siècle, Michaël Llodra en était le maître incontesté au détriment de son jeu de fond court, très friable dans l’échange. On peut aussi citer Gilles Muller, Feliciano Lopez, Lukasz Kubot, ou encore Mischa Zverev. Enfin, l’herbe est le seul revêtement où l’on peut voir des joueurs exécuter de superbes plongeons au filet. Dustin Brown en est d’ailleurs très friand.

Les gros serveurs prennent un malin plaisir à viser toutes les zones en puissance. On peut voir des matchs à plus de 15-20 aces voire 42 sur un match au meilleur des 5 sets comme Nick Kyrgios l’a réalisé lors de cette édition 2018 de Wimbledon face à Denis Istomin. Mieux : Jan-Lennard Struff a encaissé 61 aces mais est quand même à bout d’Ivo Karlovic, considéré comme le meilleur serveur de l’histoire. Pour rappel, le Croate de 2,12m, plus grand joueur de l’histoire, a passé le cap des 10 000 aces en 2015, devenant le 2nd joueur à passer ce seuil symbolique si cher à son jeu devant Goran Ivanisevic et ses 10 237 aces. Autant dire que le gazon est la surface parfaite pour laisser s’exprimer son arme favorite. Mais celui qui a le plus marqué son époque sur le gazon anglais, en plus de Roger Federer, c’est Pete Sampras. 6 fois vainqueur au Centre Court, l’Américain a développé un jeu d’attaque que personne n’arrivait à suivre lors de ses meilleures années sur cette surface. Un service illisible, une volée ultra-précise et efficiente, des passing-shots sur commande et une présence au filet digne d’un mur. Les amateurs apprécieront à leur juste valeur ce match digne d’une professeur face à son élève : Roger Federer.

Et chez les Dames ?

Si la transition terre battue-gazon démarque visiblement les spécialistes, chez les messieurs, il n’en est pas tout à fait de même chez ces Dames. En effet, elles ont été les plus touchées par le ralentissement de la surface. Elles étaient pourtant adeptes du jeu agressif et porté vers l’avant à l’instar des hommes, mais aujourd’hui, il est quasiment impossible de distinguer une véritable adepte du gazon, dans le plus pur sens technique du terme. Martina Navratilova, Jana Novotna, Hana Mandlikova, Steffi Graf, Nathalie Tauziat, Justine Hénin, Amélie Mauresmo … tous ces grands noms du tennis féminin ont un point commun : une palette technique si large qu’elles s’en servaient à merveille sur gazon.

Aujourd’hui, la puissance et les coups gagnants à foison ont primé sur la large palette technique. Mais il subsiste encore des joueuses usant du jeu vers l’avant, comme Garbine Muguruza ou Venus Williams, particulièrement habile à la volée. D’autres joueuses tentent de miser sur des atouts techniques différents : les contres comme Angelique Kerber ; les zones courtes croisées comme Magdalena Rybarikova ou Daria Kasatkina ; le service comme Karolina Pliskova. Mais aucune d’entre elles ne s’est vraiment affirmé comme une véritable spécialiste de l’herbe. Cela dit, une grande capacité d’adaptation est réalisée par la plupart des joueuses, supérieure à celle des hommes : il n’est pas rare de voir des spécialistes de la terre battue faire un gros coup sur gazon, et vice-versa. C’est le cas des joueuses « toutes surfaces » comme Garbine Muguruza, Maria Sharapova, Agnieszka Radwanska ou encore Kristina Mladenovic.

Le gazon, même ralenti ces derniers temps, reste une surface rapide, traumatisante pour les articulations, et nécessite une capacité d’adaptation jamais vue sur les autres surfaces. Si aujourd’hui, le fond de court est piétiné, il n’en n’est pas moins difficile à appréhender, d’où la présence de « serveurs-volleyeurs » sur le circuit masculin. La finale 2002 opposant Lleyton Hewitt à David Nalbandian a donné le coup d’envoi d’une ère de cogneurs de fond de court nous procurant de superbes finales sur le Centre Court, quasiment toutes dominées par le Big 4 à tour de rôle. A la prochaine génération d’écrire la suite de l’histoire sur le gazon, londonien ou non.

A propos de l'auteur

23 ans et toutes mes dents, né avec une balle de tennis dans la main gauche, un gant de gardien de but dans la main droite et un moteur V6 à la place du cerveau, je mange du sport à grandes bouchées, H24 et 365 jours/an. Comme Elie Baup et sa casquette, je garde toujours mon chapeau sur la tête.

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