L’année de la résurrection pour Daniel Bryan à la WWE – WrestleMania 35

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Ligue 1

Une année est passée depuis le retour de Daniel Bryan à la WWE. Ce dimanche à WrestleMania 35, le champion de la fédération affrontera Kofi Kingston sans le soutien du public et en tant que figure de l’autorité. Un personnage aux antipodes de l’image qu’il dégageait encore il y a quelques mois. Retour sur l’année extraordinaire de l’ancien favori des fans que ces derniers adorent détester aujourd’hui.

 

Un héros populaire à terre

Son histoire est peut-être l’une des plus belles de ces dernières années dans le monde du sport. Catcheur émérite de la WWE, Daniel Bryan a été jugé inapte à remonter sur un ring en mai 2015 après une nouvelle rechute. Touché au cou en 2014 et absent sept mois, ce qui l’avait contraint à laisser vacant son titre unifié de la WWE brillamment remporté à WrestleMania 30 face à Batista et Randy Orton, le sort s’acharnait de nouveau sur le natif d’Aberdeen une année plus tard, la faute cette fois à une commotion cérébrale. La commotion de trop. Le 8 février 2016, Daniel Bryan annonçait le cœur déchiré devoir prendre sa retraite.

« Il y a une semaine et demie, j’ai passé un test qui m’a dit que mon cerveau n’était peut-être pas en aussi bon état que je le croyais, et j’ai une famille à laquelle je dois penser. Alors, c’est avec le cœur lourd et la plus grande tristesse que j’annonce officiellement ma retraite. Mais il y a une chose : je suis passé par tous les stades émotionnels en ce peu de temps. J’ai été énervé, j’ai été triste, j’ai été frustré, j’ai été tout ça, mais aujourd’hui, lorsque je me suis réveillé ce matin, je ne ressentais rien d’autre que de la reconnaissance parce que j’ai eu tout ce que je voulais pendant près de seize ans », expliquait-il notamment à RAW. Un passage d’autant plus marquant que Bryan Danielson, de son vrai nom, est devenu le vrai héros populaire de la fédération à défaut d’être simplement un superhéros comme ont su le devenir John Cena et Roman Reigns. Quelle différence entre les deux ? La perception aux yeux du public. « Pour que le champion devienne le stéréotype du héros populaire, il a donc fallu que son image cristallise une histoire que chacun peut se raconter et un mode d’action auquel n’importe qui peut se référer : l’épopée idéale de l’homme ordinaire et anonyme qui, n’ayant aucun privilège de naissance, s’arrache au destin collectif de la masse indifférenciée de ses semblables pour se construire une histoire par lui-même. Sa supériorité est accessible à tous », explique le sociologue Alain Ehrenberg dans le Culte de la performance. Une définition dépeignant parfaitement l’ascension de Bryan à la WWE, et son épopée contre Triple H et la famille McMahon, propriétaire de la WWE, qui l’avait poussé dans le main-event de WrestleMania alors qu’il ne fut pas programmé pour cela du haut de son mètre 73. Un parcours du combattant dans lequel s’était identifié chaque fan et qui ne doit pas être oublié pour mesurer l’impact de son come-back.

Malgré ce discours sincère, celui qui fut retraité des rings plus de deux années n’a eu de cesse de se battre en rencontrant les plus grands experts en la matière pour réaliser son grand retour. Bryan, qui a suivi des traitements d’oxygénothérapie hyperbare durant ces vingt-quatre mois, a régulièrement affirmé que ses dommages au cerveau étaient guéris. Malgré le feu vert donné par plusieurs médecins extérieurs à la WWE au fil du temps, l’actuel champion du monde a mis du temps avant de convaincre une fédération traumatisée par les commotions depuis l’épisode Chris Benoit de le laisser faire son retour. Mais trois ans après ce qui devait être le dernier match de sa vie, Daniel Bryan reçut enfin l’aval de la compagnie et de Joseph Maroon, son médecin en chef. Sa catchphrase, « Fight for your dreams », devint alors plus qu’une simple accroche destinée à marquer un personnage.

 

 

L’annonce du retour de Bryan a fait l’effet d’une bombe, tant celui-ci semblait impossible. Après avoir brisé les barrières entre le réel et le fictif dans le catch en devenant une tête d’affiche de la WWE contre l’avis de ses dirigeants, Daniel Bryan est allé encore plus loin, en réalisant son rêve et celui de ses fans. Celui qu’espéraient pendant tant d’années ceux de Bret Hart ou d’Edge. La WWE avait évolué pendant ce court laps de temps, et les perspectives de son retour pouvaient faire saliver plus d’un fan. Alors que le Miz avait réussi à entrer en rivalité avec lui, l’arrivée de nouvelles superstars en provenance de NXT laissait imaginer de vrais Dream Match. Quatre ans après avoir marqué l’histoire de WrestleMania, Daniel Bryan entrait de nouveau dans l’histoire du Super Bowl catchesque en refoulant le ring, au côté de Shane McMahon, face à Kevin Owens et Sami Zayn. Ironie du sort, la 34e édition de WrestleMania a lieu au Mercedes-Benz Superdome de La Nouvelle-Orléans, stade qui l’avait vu vaincre les trois membres de l’Évolution. On remarque alors très rapidement que le Yes-Man n’a rien perdu de ses capacités sur le ring, et cela a même de quoi effrayer quand on observe ses diving headbutt. Car Daniel Bryan est un passionné, il ne sait rien faire à moitié. Prêt à prendre sa retraite pour préserver sa santé et rassurer sa famille, le lutteur ne relâche pas ses efforts sur les planches dès lors que ses résultats médicaux sont devenus positifs.

 

 

Une fois cette courte rivalité achevée, tous les regards furent tournés vers le Miz. La période euphorisante du retour de Bryan étant passée, la vie pouvait reprendre son cours dans le petit monde de la WWE. Alors qu’il est dit que le catcheur dispose d’un emploi du temps allégé, celui-ci est visible à chaque épisode de Smackdown et dans tous les PPV. Étrangement, c’est face à Big Cass qu’il fait face pour sa première rivalité en solo depuis sa résurrection, avant d’enfin affronter The Miz à SummerSlam. Une rivalité qu’il remportera et qui lui permettra de remporter un match de championnat pour le titre de la WWE. Cette fois-ci, Daniel Bryan retrouvait officiellement la place qui était la sienne, et pour illustrer cela, il signe un nouveau contrat digne des plus grosses superstars de la compagnie. Outre une revalorisation salariale, le Triple Crown Champion se voit attribuer des garanties sur son utilisation à la télévision et une liberté créative qu’il utilisera à merveille quelques semaines plus tard pour tromper tout l’univers de la WWE.

 

Du YES Movement au Vegan Movement

En effet, en écartant son retour, le véritable fait marquant de cette année historique de Daniel Bryan reste le heel-turn réalisé le 13 novembre dernier à Smackdown. Après un coup bas sur AJ Styles, le lutteur est allé remporter le titre mondial en tournant le dos aux fans. Double surprise donc, avec la fin d’un règne historique de 371 jours, mais l’humiliation ne s’est pas arrêtée là puisque Bryan asséna ensuite de violents coups de pied au visage de l’ancien catcheur de la TNA. Un virage à 180 degrés nécessaire pour revigorer un personnage qui avait fait le tour de lui-même et qui lassait le principal intéressé. « C’est une histoire compliquée, mais Daniel Bryan a lui-même poussé l’idée d’être un vilain parce que son utilisation en tant que babyface avec le Miz était contreproductive », explique Dave Meltzer dans le Wrestling Observer Radio.

 

 

Adepte du buzz, Vince McMahon accepta donc l’idée, mais la métamorphose ne s’arrête pas là. Plus agressif, le plus célèbre des underdog  ne s’affiche plus comme le champion du monde mais comme le champion de la planète. Comme le veut le catch, Daniel Bryan pousse jusqu’à la caricature son nouveau personnage. Une image d’écologiste amplifiée rappelant là aussi CM Punk lorsque ce dernier donnait des leçons sur les dangers de l’alcool et de la drogue, les deux hommes ne cesseront donc jamais d’être associés. L’inventeur du Yes Movement, phénomène qui a dépassé le monde du catch, a une nouvelle fois utilisé le vrai monde pour tourner le dos aux fans. Végétarien et soucieux de l’environnement, Daniel Bryan vise directement le spectateur pour lui dicter la bonne conduite à adopter. « Je ne suis pas le champion du peuple, je suis le champion de la planète. Vous êtes les complices d’une société d’hyper consommation qui détruit la planète et maltraite les animaux », lance-t-il le 22 janvier. Bryan vise les baby-boomers et réprimande la masse, et ça marche. Son écologisme extrême retient l’attention des médias, jusqu’en France, où le magazine L’Équipe lui consacre un article publié le 9 février dernier, quelques jours après un bref portrait qui lui est consacré sur France Info, décrivant « un catcheur qui est très loin des clichés autour de sa discipline ». Le fait qu’un Américain s’en prenne à la société de consommation dans le pays de Donald Trump stupéfait.

 

Le « New Daniel Bryan » trouve même le luxe de se voir attribuer une ceinture à son effigie, 100% organique faite de chanvre et de bois recyclé au détriment du traditionnel cuire habituel, privilège extrême réservé aux figures de la compagnie (Stone Cold Steve Austin, John Cena, Edge…). Douze mois après être remonté sur un ring de la WWE, c’est finalement cela la grande victoire de Daniel Bryan. Le plus difficile pour lui n’était pas de réaliser son retour, mais se défaire de l’image qu’il s’était construite auprès du public pour se réinventer et entamer une deuxième carrière. Une année historique pour le Dragon Américain qui restera comme l’une des plus grandes de sa carrière : un retour impossible, une rivalité qui semblait irréelle avec le Miz, plusieurs Dream Match tant attendus et un duel brutal contre Brock Lesnar au Royal Rumble. Que nous réserve-t-il donc pour la suite ? Les perspectives sont nombreuses, mais tout commencera dimanche, à WrestleMania.

 

Un nouveau titre de la WWE pour le « Nouveau Daniel Bryan » (Image : WWE)

 

Le monde à l’envers, Daniel Bryan sera dans la peau du méchant ce dimanche au Showcase of Immortals, en affrontant le nouvel outsider élu par le peuple, Kofi Kingston. Combatif, méritant, ne disposant pas des caractéristiques privilégiées par Vince McMahon, le membre des New Day rappelle ironiquement le parcours de Daniel Bryan en 2014 lors de la route allant vers WrestleMania 30. Un underdog que Bryan critique et rabaisse aujourd’hui en lui rappelant qu’il n’est qu’un B+ Player, autrement dit un second rôle incapable de se hisser au sommet de la fédération, comme lui au final. Mais ça, l’univers de la WWE l’a oublié lorsqu’il le hue, et c’est bien ça la grande victoire du quintuple champion de la WWE.

 

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(Image principale : USA Network – WWE)
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