Zidane, l’art de disparaître

Il y a maintenant presque trois semaines, Le Real Madrid officialisait le retour de Zinedine Zidane à la tête du triple champion d’Europe en titre, après l’élimination une semaine plus tôt du club, en huitième de finale de Champions League, face à l’Ajax. Ni Lopetegui ni Solari n’ayant réussi à imposer sa pâte dans la Maison blanche, Florentino Perez décide, contre toute attente, de réinvestir le Français à la tête d’une équipe en ruines. Son retour a provoqué autant d’émoi que son départ, 9 mois plus tôt, que ce soit de la part des joueurs, des consultants, ou des supporters. Comme à chaque fois que Zinedine Zidane revient sous les feux des projecteurs, le monde du football le regarde avec attention, car si l’homme est connu pour ses coups d’éclat, il l’est aussi pour ses absences, ses silences, ses disparitions de la scène médiatique. Ces moments de vide, il nous y a malheureusement habitué, plusieurs fois dans sa carrière, comme joueur ou comme entraîneur, pour à chaque fois revenir, et marquer l’histoire. 

La construction de la légende

Etant moi-même de la génération 98, née au moment de la première victoire française en coupe du monde, Zinedine Zidane a toujours eu une place dans le paysage socio-culturel qui a construit notre enfance, que ce soit par le spectre de la victoire de 1998, qui habite tous les jeunes fans de football du début des années 2000, mais aussi parce que nous commencions à peine à comprendre ce sport lorsqu’arriva la coupe du monde 2006, et le traumatisme qui suivit. Cette compétition fut le dernier événement marquant du football français pendant de nombreuses années, avant les échecs retentissants de 2010 et 2014, fruits d’une génération maudite et sacrifiée. Tout ça pour dire que Zidane est resté, dans les esprits des jeunes footballeurs, pendant de nombreuses années en tant que joueur, alors même qu’il avait arrêté sa carrière, faute de nouvelles légendes prêtes à reprendre le flambeau.

S‘il est devenu une légende de notre sport, ce n’est pas seulement grâce à sa régularité au haut niveau, mais aussi grâce à ses moments de grâce, des matchs parfaits où tout lui réussit, qui marquent les esprits pour  toujours. On pourrait citer sa masterclass contre le Brésil en finale de coupe du monde 1998, sa reprise de volley contre le Bayer Leverkusen, en finale de ligue des Champions 2002, son match contre l’Espagne en huitième de finale de coupe du monde 2006. Rien qu’en évoquant ces moments, chaque fan de football qui se respecte voit rejaillir des images, des dribbles, des passes, qui restent aujourd’hui mythiques. C’est ça la force de Zinedine Zidane, il est capable de rendre des prestations stratosphériques alors que le poids des événements ferait trembler la majorité des joueurs, des prestations qui restent gravées dans l’Histoire de ce sport pour des dizaines d’années.

Savoir créer le vide

 

Alors forcément, quand El Maestro disparaît, il laisse un vide derrière lui. Ses départs sont des déchirements pour tous ceux qui le suivent. Il laisse derrière lui des équipes orphelines, que ce soit dans son parcours de joueur ou d’entraîneur. Lorsqu’il quitte l’équipe de France en 2004, en même temps que d’autres cadres, Raymond Domenech se voit obligé de redémarrer un nouveau cycle, en lançant de jeunes joueurs, forcément inexpérimentés. Forcément, les résultats ne sont pas là et l’équipe est proche de ne pas se qualifier pour la Coupe du monde 2006. Alors, tel le Messie (le vrai), il décide de renfiler le maillot national, parce qu’il a l’impression qu’il peut encore apporter à cette sélection. “L’équipe de France m’a tellement donné que j’ai envie de l’aider“, disait-il en 2005. Accompagné à son retour par Claude Makélélé, ils vont remettre l’équipe sur de bons rails, et la qualifier pour la Coupe du monde, avec plus tard le parcours déchirant que l’on connaît.

Son départ du Real Madrid, en 2018 en tant que coach, eu le même effet, l’impression pour les supporters de perdre l’artisan majeur du succès madrilène. Il était respecté de tous, que ce soit les joueurs, le staff ou les supporters, parce qu’il était parti du bas de l’échelle pour arriver au sommet. Entraîneur novice, il prit en main la Castilla (équipe de jeunes du Real Madrid) entre 2014 et 2016, et se forgea une réputation, dans l’ombre, attendant son heure. Après l’échec Benitez, Florentino Perez décide de lui donner sa chance et lui fait coacher l’équipe première. S’en suivent alors 3 années de domination totale en Europe, brisant des records historiques chaque année pour le plus grand plaisir de leurs fans.

Alors que le Real vient de gagner sa troisième ligue des Champions d’affilée, Zinedine sent le vent tourner et décide de quitter le club. L’incompréhension est totale. L’équipe se retrouve orpheline de son tacticien, suivi quelques semaines plus tard par le départ de sa star, Cristiano Ronaldo, le quintuple Ballon d’Or et le symbole de ces années. Encore une fois, Zidane a créé le vide. 9 mois plus tard, le Real vit l’une de ses pires saisons de la décennie, largué en championnat, en coupe, et éliminé prématurément de la Champions League. Le vestiaire est désorganisé, les cadres ne répondent plus présents, et les nouveaux venus peinent à s’imposer. Isco, ancien chouchou, est devenu le paria, exclu du groupe par Solari et constamment raillé. Marcelo apparaît comme perdu, sans son entraîneur fétiche et son ami Cristiano parti à la Juve. Le retour de Zidane est une divine surprise pour ces joueurs, qui sont partis s’entraîner le lendemain de l’annonce officielle, alors qu’ils étaient au repos, pour montrer leur détermination. Et ils ont raison car ils vont démarrer un combat long et difficile.

En effet, comme à chaque fois qu’il revient sur une décision importante, ZZ le fait parce qu’il estime qu’il n’a pas fait tout ce qu’il avait à faire, parce qu’il est capable de faire mieux. Ainsi, si en 2005 il revient en équipe de France pour ne pas abandonner au pire moment une équipe qui a besoin de lui, il revient cette année au Real parce qu’il n’est pas pleinement satisfait de son parcours précédent. Comme il l’a dit dans sa conférence d’intronisation:“Je me souviens de ce que j’ai gagné ici, mais je me souviens aussi de ce que j’ai mal fait.“ Il fait référence ainsi à l’échec du Real sur la scène nationale durant son mandat, puisqu’ils n’ont remporté la Liga qu’une fois lors des 3 dernières années. Pareil pour la coupe du Roi, qui leur échappe depuis 2014. Ces échecs se font au profit du rival barcelonais qui accumule les titres nationaux. L’enjeu est donc maintenant de reconstruire un groupe qui sera capable de rivaliser sur toutes les scènes, dans toutes les compétitions, avec une régularité qui leur faisait cruellement défaut avant.

Comme toujours, Zinedine Zidane revient donc sur le devant de la scène avec un nouveau défi: rendre sa grandeur à l’équipe du Real Madrid. Cette fois, il n’arrive pas dans une équipe déjà formée, prête à amasser les trophées. Il est là pour redémarrer un cycle, remobiliser un vestiaire en perte de repères et amener ce club aux sommets nationaux et continentaux. Il est là pour un travail de l’ombre qui va sûrement durer plusieurs années, mais peu importe, l’ombre, il aime ça et il s’y sent comme chez lui.

Credit photo: Daily Post

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