Carlos Betancur : Un talent brut mais des erreurs de parcours

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Nombreux sont les coureurs cyclistes qui laissent entrevoir un fort potentiel dès leur plus jeune âge. Mais pour certains d’entre eux, si le début de carrière s’avère très prometteur, la suite ne répond pas toujours aux attentes. Retour sur le parcours de ceux que l’on peut appeler des « talents gâchés », avec aujourd’hui le portrait du Colombien Carlos Betancur.

 

De la Colombie à l’Italie

En 2009, le jeune Carlos Alberto Betancur Gomez s’illustre en remportant le Tour de Colombie espoirs. Alors qu’il n’a même pas soufflé ses vingt bougies, le natif du village d’El Manzanillo poursuit sur sa lancée et se voit sélectionné pour les Championnats du monde espoirs. Fin septembre à Mendrisio (Suisse), il décroche la médaille d’argent sur la course en ligne, derrière un certain Romain Sicard. Et comme le Français, Betancur est alors annoncé comme l’un des grands espoirs du cyclisme mondial. L’année suivante, ses qualités naturelles de grimpeur lui permettent de remporter le Tour d’Italie espoirs. De quoi forcément se faire remarquer par une équipe italienne.

C’est donc début 2011 que Carlos Betancur débarque sur la botte, et plus précisément dans l’équipe Acqua & Sapone. Grâce à une invitation, l’équipe et sa pépite colombienne peuvent participer au Giro. Pour son premier Grand Tour, Betancur décroche une belle quatrième place sur l’avant-dernière étape et termine 59e au classement général, dominé par Michele Scarponi (après déclassement d’Alberto Contador). En octobre, le Colombien obtient sa première victoire professionnelle sur le Tour d’Emilie, avant de terminer la saison avec une neuvième place sur le Tour de Lombardie.

Pour sa deuxième saison en Italie, Carlos Betancur découvre Tirreno-Adriatico et Milan-San Remo, avant de remporter le classement de meilleur jeune sur le Tour de Trentin. Il décroche ensuite quelques places d’honneur sur les 4 Jours de Dunkerque, Milan-Turin et le Gran Piemonte notamment. Sur l’ensemble de la saison, le Colombien monte sept fois sur le podium, dont trois fois sur la plus haute marche.

 

Des débuts convaincants de l’autre côté des Alpes

Début 2013, Betancur franchit un nouveau palier et s’engage avec l’équipe française AG2R La Mondiale. Aligné sur les classiques ardennaises, il abandonne d’abord sur l’Amstel Gold Race, mais se classe troisième de la Flèche Wallonne et quatrième sur Liège-Bastogne-Liège. Fort d’une bonne préparation sur le Tour de Romandie, il se présente sur le Giro avec ambition. Deuxième lors de quatre étapes, cinquième au classement général et meilleur jeune : le Colombien réalise tout simplement le Grand Tour le plus abouti de sa carrière.

Après son très bon Tour d’Italie, il faut attendre fin août et le départ de la Vuelta pour voir Carlos Betancur aligné sur une course cycliste. Arrivé évidemment hors de forme, et surtout en surpoids, il termine à une anecdotique 126e place.  Ce problème de surpoids n’est que le premier écart de conduite du Colombien. Il va malheureusement accumuler les erreurs de parcours dans la suite de sa carrière.

 

Le surpoids, un mal (trop) récurrent

En 2014, la saison débute pourtant de la meilleure des manières pour Betancur. En effet, il décroche sa première victoire sous les couleurs d’AG2R La Mondiale, lors de la première étape du Tour du Haut-Var. Il remporte également le classement général de cette course. Un mois plus tard, il fait de même sur Paris-Nice, grâce à des victoires lors des cinquième et sixième étapes. Mais la suite se complique, alors qu’on s’attend à une montée en puissance. Il est contraint à l’abandon sur le Tour de Catalogne et le Tour du Pays Basque, en raison d’une infection généralisée. Viennent ensuite les classiques ardennaises, lors desquelles il ne parvient pas à faire aussi bien que la saison passée, avec comme meilleur résultat une 36e place sur la Flèche Wallonne.

Carlos Betancur rentre finalement en Colombie pour se soigner d’un cytomégalovirus, virus à l’origine d’une fatigue intense. Mais avec ce retour dans son pays natal, des questions se posent concernant son hygiène de vie. Outre ce virus par lequel il aurait été touché, son problème de surpoids devient récurrent. Pire encore, le coureur de 24 ans ne donne plus aucune nouvelle en provenance d’Amérique du Sud. Il demeure introuvable et ne se présente pas au rendez-vous fixé par son équipe pour préparer le Tour de France.

Il n’est donc pas au départ de la Grande Boucle, ce qui crée des tensions avec sa direction. Le Colombien revient tout de même en Europe pour le Tour de Burgos, avant de prendre part à la Vuelta, mais apparaît une nouvelle fois en méforme et en surpoids. Conséquence, il termine avant-dernier au classement général et sa situation préoccupe au sein du staff d’AG2R La Mondiale. Que cachait ce surpoids ?  Un mal plus profond,  un manque de professionnalisme ?

 

Tentative de rebond en Espagne

Alors qu’il envisage de quitter la formation française avant la fin de son contrat, Carlos Betancur reste finalement une dernière saison dans l’équipe de Vincent Lavenu. Il espère réaliser de bonnes performances sur le Giro et la Vuelta. Mais de nouveau, le grimpeur n’est pas au meilleur de sa forme. Hormis une vingtième place sur le Tour d’Italie, réalise une saison quasi-blanche. Toujours en surpoids, il n’est pas sélectionné pour la Vuelta et quitte AG2R La Mondiale en août. Deux mois plus tard, il souhaite rebondir et traverse les Pyrénées pour s’engager avec l’équipe Movistar.

Il ne reprend la compétition qu’en mars 2016, lors de Milan-San Remo et décroche ensuite sa première victoire au sein de l’équipe espagnole, sur la première étape du Tour de Castille-et-Léon. Également vainqueur d’étape sur le Tour des Asturies, Betancur est choisit pour épauler Alejandro Valverde sur le Giro, mais abandonne lors de la 19e étape. La fin de saison du Colombien est quelconque, tout comme l’exercice suivant. En effet, en 2017, on peut simplement souligner sa première participation au Tour de France, qu’il termine à la 18e place au général. Il enchaîne ensuite avec la Vuelta, mais abandonne dès la septième étape.

Décidément loin de son meilleur niveau, Carlos Betancur réalise une saison 2018 vierge de victoires et de podiums. Rien à signaler donc, en dehors d’une participation au Giro, avec une 15e place finale. En 2019, il n’y a même pas de Grand Tour pour le Colombien, qui doit se contenter de quelques places d’honneur sur des courses de moindre importance.

 

Alors que son parcours s’annonçait prometteur, il pourrait s’achever sans la moindre victoire sur un Grand Tour ou une course majeure. Certes, Carlos Betancur a remporté Paris-Nice, mais on attendait bien plus de la part d’un garçon qui a démontré de réelles qualités de puncheur/grimpeur. A 30 ans, la carrière du Colombien se rapproche doucement de la fin, même s’il se dit capable de rouler encore quelques années.

 

Crédit photo : El Colombiano

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