George Russell, qui aurait mérité tellement mieux que 3 petits points à Bahreïn, a réalisé une course splendide, gâchée par Mercedes, sa propre écurie. Tout au long du week-end, il a largement prouvé qu'il avait le niveau de son coéquipier Valtteri Bottas, le poussant parfois dans ses derniers retranchements. La course de ce dimanche a parachevé ce sentiment : le Finlandais a été complètement débordé, et Hamilton a beaucoup manqué.
Hamilton, un seul être vous manque…
Atteint de la Covid-19, le septuple champion du monde Lewis Hamilton a été contraint et forcé de s'isoler pour 10 jours après le premier GP à Bahreïn. Rapidement, le choix de son remplaçant a dû se faire. Russell était en pole, mais Vandoorne aurait également pu prétendre à ce baquet, lui qui est le pilote réserve de Mercedes. Le Belge, occupé à réaliser des tests pour la prochaine saison de Formule E, n'a donc pas été la piste privilégiée. Russell était donc l'heureux élu, celui qui aurait le droit de piloter la meilleure monoplace du plateau pendant au moins un week-end.
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Russell, haut d'1m85, a dû composer avec les installations fournies d'habitude à Lewis Hamilton, plus petit de 11cm. Le volant, le baquet, les pédales… tout était réglé pour son aîné. Il a donc fallu s'adapter, apprendre à grandes enjambées, progresser, pour être à la hauteur du standing Mercedes. Si Wolff martelait que l'on ne pouvait juger un pilote sur un week-end de course, nombreux sont les observateurs à l'avoir déjugé. Tout portait à croire que cette course sur un tracé inédit allait avoir comme protagonistes les deux pilotes Mercedes. L'actuel numéro 2 de l'équipe, et le futur (?) numéro 2 allaient se lancer dans une lutte intense. Hamilton, en spectateur assidu, a dû se régaler du haut de sa chambre d'hôtel, transformée en tour d'ivoire pour 10 jours.
0,026 seconde entre eux
Vendredi, Russell avait d'ores et déjà imprimé le rythme à son coéquipier. Plus rapide à chaque fois que Bottas, le Britannique semblait avoir pris la pleine mesure de sa nouvelle monoplace. Il signait à chaque fois le temps référence des deux premières séances d'essais libres. Si Bottas se rattrapait un peu lors des EL3, le doute était déjà installé dans sa tête. Réputé plus à l'aise en qualifications qu'en course, on lui promettait déjà l'enfer. Durant ses dernières sorties, il a toujours été relativement proche d'Hamilton, avant de souvent s'effondre en course. Pour un pilote qui connaît la voiture et l'équipe depuis presque 4 ans, c'en était presque vexant de voir un novice devant lui.
Heureusement, le Finlandais soufflait la pole à son jeune coéquipier pour seulement 26 millièmes. L'équivalent d'environ un mètre, sur un tracé long de plus de 3 kilomètres. Après cette séance, les observateurs étaient de plus en plus sceptiques quant au niveau réel de Bottas, bien trop proche d'un Russell qui n'avait eu que 2 jours de découverte en piste. La course allait confirmer tous ces questionnements autour de son avenir avec la firme allemande. Russell serait-il en train de chiper ce baquet tant convoité chez Mercedes, baquet qu'Ocon a notamment échoué à décrocher ?
Bottas
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Mercedes, carton rouge
Le rouge aurait pu être de bon augure. Couleur principale du casque de Russell, ce dernier aurait pu trôner sur la première marche du podium. Il n'en fut malheureusement rien. Alors que Mercedes avait course gagnée à 25 tours du but, un accident sans gravité d'Aitken contraignait la voiture de sécurité à sortir pour ramasser les débris de son aileron. À partir de là, le cauchemar de Mercedes débuta. L'écurie allemande, reine des doubles arrêts, se ratait totalement. Les pneus médiums de Bottas étaient chaussés sur la monoplace de Russell. Le numéro 77 héritait lui de pneus hards … vieux de 14 tours !
LAP 63/87
Full ⚠️ SAFETY CAR ⚠️ deployed
Mercedes call both drivers into the pits for new tyres but there's a problem putting on Bottas' fresh set #SakhirGP 🇧🇭 #F1 pic.twitter.com/sGC1KYFsBO
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Russell devait donc repasser une seconde fois aux stands, pour en chausser de nouveaux. Il ressortait alors derrière son coéquipier, toujours sous voiture de sécurité. À la relance, Bottas se loupait en sortie de courbe, se retrouvant alors sur la mauvaise trajectoire pour l'enchaînement technique de virages 6, 7 et 8. Russell, qui n'avait osé jusqu'alors le dépasser, lui faisait l'extérieur, de la plus belle des manières. L'humiliation était totale pour l'ancien pilote Williams, qui se faisait également sauter par Sainz, Ricciardo et Albon.
Qui avec Hamilton ?
Un temps, on pensa Russell capable de revenir sur Pérez. Mais après avoir dépassé successivement Stroll et Ocon, une crevaison lente parachevait son calvaire. Son cri de rage, de désespoir, à l'annonce de ce fait de course par “Bono” (l'ingénieur de course d'Hamilton), témoignait de toute sa frustration. La finalité immédiate n'était donc pas vraiment celle attendue. En revanche, les conséquences à moyen et long terme risquent bien de lui être favorables.
D'abord, il faut constater que le week-end où le septuple champion du monde est absent est devenu au fil des tours cauchemardesque. Comme si la présence du Britannique apportait à Mercedes une certaine sérénité. La stratégie, complètement loupée, est un fait tellement rare qu'il faut vraiment le souligner. Ferrari nous avait bien plus habitués à ce genre d'erreur, alors que la rigueur allemande faisait parfois presque froid dans le dos. Comment une écurie de ce standing a pu se dérégler de cette manière ? Russell n'a-t-il pas pu assumer ses choix, faute de crédits suffisants ? Bottas a presque paru négligé dans cette affaire, patientant d'abord derrière son coéquipier dans la pit-lane, avant d'être immobilisé de longues secondes durant. Ses freins, quasiment en feu, n'ont pas apprécié l'opération.
La nuit sera longue chez Mercedes
D'ailleurs, ce même Bottas a-t-il perdu sa place de numéro 2 ? Il a semblé complètement dépassé, absent, emprunté…bref, pas du tout concerné par la victoire. Son ingénieur lui annonçant qu'il allait se battre avec Pérez pour la victoire fut un trompe l'œil. Il n'a jamais été question que Valtteri remporte cette course. Souvent, il a répété son envie d'être titré, d'aller chercher Hamilton. Mais à 127 points de lui, plus personne n'arrive à le prendre au sérieux. Avant, lui et son écurie pouvaient se réfugier derrière le fait qu'Hamilton soit un monstre des pistes, un champion hors norme. Maintenant, Wolff ne pourra plus se cacher. Bottas n'est tout simplement pas au niveau. Ce n'est pas un gamin de 22 ans qui a pu lui mettre autant de pression, comme avait pu le faire Hamilton sur Rosberg à l'époque.
De plus, Mercedes va se sentir redevable auprès de Russell. L'Anglais a tout bien fait, du vendredi au dimanche, sans fausse note. Il s'est adapté, il a su ranger son mètre 85 dans un baquet qui n'était pas le sien. Il a appris si vite et aurait mérité cette victoire, finalement revenue à Pérez. Sans cet arrêt au stand presque inutile tant la gestion des pneus de Mercedes était bonne, les lauriers lui auraient été revenus. Russell avait faim tout le week-end, et ça s'est vu. La victoire lui revenait donc de droit.
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En conclusion, cette excellente course de Russell n'est pas une bonne nouvelle pour Mercedes. D'abord parce que le principal intéressé, qui a goûté aux joies du haut de tableau, ne voudra plus aller batifoler longtemps avec les Haas et les Alfa Romeo pour une place en Q2. Supérieur à Bottas, il va sûrement faire comprendre à ses dirigeants que cela devrait être lui et non le Finlandais aux côtés d'Hamilton. Ce n'est enfin pas une bonne nouvelle parce que le team a re-signé Bottas pour l'année prochaine, avant de prolonger son joyau de champion du monde. Ce dernier est un pilier de la firme allemande, cela s'est gravement vu aujourd'hui. Un pan s'effrite chez Mercedes, il va vite falloir trouver la solution.
Crédits photo Une : LAT Images for Mercedes-Benz Grand Prix Ltd