Le 15 mai à Lyon, l’Atletico Madrid et l’Olympique de Marseille s’affrontent en finale de C3. Premier volet de deux articles qui leur sont consacrés.

2004. L’Espagne n’a pas encore remporté de Coupe du Monde, Messi portait le numéro 30 et déjà, Cristiano perçait sous Ronaldo. Les Italiens et Anglais trustaient les Ligues des Champions et les places d’honneur. C’était il y a 14 ans, autant dire une éternité en années football. A Göteborg, le 19 mai, 40000 spectateurs sont venus assister au sacre du Valence de Benitez en C3 et à la dernière finale européenne d’un club français. Pas aidé par la sortie hasardeuse d’un Barthez mal inspiré ni par les adducteurs qui sifflent de Didier Drogba, l’OM s’était logiquement incliné 2-0. Logiquement car ce Valence-là finira Champion d’Espagne quelque jours plus tard. Logiquement car, malgré ses performances successives contre Liverpool, l’Inter et Newcastle, on imaginait mal le club phocéen mettre en difficulté la rigueur valencienne.

Les mêmes, en pire

A Lyon, ce n’est pas une équipe championne domestique qui affrontera l’OM. C’est pire que ça. C’est un Atletico Madrid qui n’a plus rien à jouer, certain d’être qualifié via la Liga pour la Champions League et qui s’est offert un luxe qui n’est pas dans les moyens actuels de son concurrent marseillais : faire tourner contre l’Espanyol Barcelone, quitte à perdre. Conscient de l’arduité de la finale qui l’attend vu l’écart sur le papier entre les deux équipes, et dans l’obligation économique de se qualifier pour la C1 mais toujours au pied du podium, coach Roudi se trouve là dans une aporie qui pourrait lui être fatale.

Rétrospectivement, on ne peut pas dire que l’Olympique de Marseille s’est facilité la tâche en accumulant en début de saison les contre-performances, la gifle monégasque en climax : le projet Eyrand-Mc Court prenait cher. Il aura fallu un match référence contre le PSG au Vélodrome et le réveil d’un 12è homme à qui on ne la fait pas pour que le projet Eyraud-Mc Court prenne chair. L’équipe s’est remise à l’endroit, consciente que sans solidarité point de salut, et si les résultats contre le top 5 du championnat plombent aujourd’hui son classement, le podium reste à sa portée. Plus soucieux de bien figurer dans un championnat où il rencontrait toutes les peines du monde l’Europa League était aussi loin des priorités de Garcia que l’usage des règles de comptabilité analytique d’une poule, lors on pouvait douter de la sincérité avec laquelle il abordait les rencontres de C3. Qualifié poussivement au sortir de la phase de groupe, le résultat contre le FC Braga (3-1 sur l’ensemble des deux matchs) et l’étonnante faiblesse d’un Athletic Bilbao habitué à mieux figurer, a réactivé l’ADN européen d’un club qui a longtemps été le seul français à jouer à fond la C3.

Le 12è homme de Garcia

S’en sont suivis les matchs contre Leipzig et Salzbourg qui donneront des ailes encore longtemps aux supporters marseillais. Stylistiquement, on était loin des grandes parties proposées en contrepoint en C1, mais l’irrationnel, spécialité reptilienne marseillaise, est venue remplacer le contenu. Et c’est peut-être le meilleur coaching de Garcia cette saison. Il n’aurait pas pu trouver meilleur remplaçant à ses hommes fatigués (l’OM est l’équipe qui a disputé le plus de matchs cette saison en Europe, toutes compétitions confondues) que cette foule marseillaise qu’une nouvelle épopée européenne galvanise. Emportés, les joueurs se sont transcendés pour remonter le résultat négatif rapporté le Leipzig (0-1 puis 5-2), et ont compté sur le sort et la magnanimité de l’arbitre pour venir à bout des Autrichiens (2-0 au Vél’ puis 1-2 au bout des prolongations à Salzbourg).

Une équipe de coupe

Tout laisse à croire que cette équipe de Marseille est LA parfaite équipe de coupe. De la baraka, du courage, des scenarii à rebondissement, on est loin d’une équipe facile. Ce n’est pas un hasard si Gustavo est l’homme de la saison phocéenne car s’il serait injuste de le réduire aux basses besognes nécessaires à son poste devant la défense (et parfois dedans), il n’en demeure pas moins que sa hargne, son sens de l’anticipation et sa lecture du jeu ont souvent fait la différence cette saison. N’attendez pas de tiki-taka, de football romantique de cet OM, ici c’est attaques rapides, engagement maximal et coups de pied arrêtés.