Une Coupe du Monde, dans n'importe quel sport, reste un moment à part dans sa mémoire. Des matchs à répétition, des oppositions qu'on n'a pas l'habitude de voir, et forcément des rencontres qui sont ancrées dans les têtes des supporters.

Le rugby n'y fait pas exception, même si la première compétition du genre n'est pas si vieille que cela : 33 ans exactement. 9 éditions depuis, et des moments inoubliables, conclus sur des victoires pleines de panache, ou au contraire des défaites les plus cruelles : chacun a évidemment sa propre vision et ses propres souvenirs.

Pour faire passer ce satané confinement un petit peu plus vite, la rédaction de We Sport FR a décidé de relater les 10 matchs historiques des Bleus en Coupe du Monde : plusieurs époques, des joueurs et équipes différentes, mais les émotions sont encore au rendez-vous…

Le contexte : 

Sortant de 2 Tournois des V nations terminés à une 3ème place à chaque fois, les Français ne font pas partie des favoris de cette Coupe du Monde 1995.

Malgré une équipe remplie de joueurs expérimentés et de jeunes loups, les Bleus de Pierre Berbizier ont du mal à faire valoir leur rugby, entre rugosité et impétuosité : la puissance, exprimée notamment par Benazzi ou Merle se partage à la vitesse de Sella ou Ntamack, et la précision au pied d'un Thierry Lacroix au sommet de son art.

Une poule abordable, composée de la Côte d'Ivoire (battue 54-18), du Tonga (battu 38-10) permettent au XV de France de jouer le dernier match face à l'Ecosse avec comme objectif d'attraper la 1ère place du groupe, pour avoir un 1/4 de finale a priori plus facile.

L'équipe face à l'Ecosse 

Le déroulé du match 

Alors que les Ecossais avaient battu les Bleus lors du Tournoi des V nations à Paris, les hommes de Pierre Berbizier ont donc une revanche à prendre sur les coéquipiers de la perle du XV du Chardon, un certain Gavin Hastings (le père de).

Le match, où doit se jouer la 1ère place du groupe, est loin d'être un match tranquille, car le vaincu devra affronter la Nouvelle-Zélande, tandis que le vainqueur jouera l'Irlande en 1/4 de finale.

Et ce sont les Britanniques qui prennent le jeu en main dès le début de la rencontre : les Français, trop indisciplinés, tombent dans le trop-plein d'agressivité et se font pénaliser par l'arbitre.

Et face à un maître-artificier de la trempe d'Hastings, il faut éviter de tomber dans ce petit jeu : l'arrière convertit une première pénalité pour ouvrir le score.

Peu de temps après, les Bleus se révoltent et obtiennent à leur tour une pénalité, que Thierry Lacroix se fait un plaisir de passer entre les pagailles : 3-3, et un match toujours autant engagé, notamment dans les rucks où c'est un véritable déchaînement de violence et de mauvais gestes (à l'ancienne nous direz-vous !).

Une nouvelle pénalité d'Hastings permet au XV du Chardon de reprendre l'avantage, avant que le premier coup d'éclat n'arrive toujours du côté des Ecossais : suite à une longue séquence, Sadourny dévisse son coup de pied, qui arrive dans les bras de Redpath côté adverse.

Sentant Hastings débouler le long de la touche, il lui transmet le cuir et lui permet de passer le premier rideau défensif français : le décalage est fait.

Face au dernier rempart bleu, Hastings fixe et donne à Wainwright qui se rue vers la terre promise : Ntamack tente malgré tout de l'arrêter, mais rien n'y fait, et les Ecossais prennent le large au score (13-3) après la transformation de Gavin Hastings.

Ce sera le score à la mi-temps, on ne peut plus logique au vu du déroulé du premier acte, dominé par le XV du Chardon.

Le réveil des Bleus

Piqués au vif, les hommes de Pierre Berbizier reviennent des vestiaires avec d'autres intentions : 2 pénalités consécutives de Lacroix leur permettent de revenir à 4 petits points de leurs adversaires.

Mais en bons Français, il leur est difficile de maîtriser leurs émotions et leur agressivité, il est vrai leur marque de fabrique, qui fait peur au monde du rugby, même les plus habitués du genre.

Ainsi, Hastings profite encore d'une faute bleue, faisant passer le score à 16-9 : Lacroix lui répond pour le 16-12, puis l'artificier des Highlands enquille encore 3 points (19-12).

Il reste 12 minutes à jouer, et les Français jettent évidemment toutes leurs forces dans la bataille : si pendant 10 minutes les Bleus ne trouvent pas la faille, la toute fin de rencontre sera irrespirable.

Lacroix redonne un dernier espoir à des coéquipiers avec une pénalité à la 78ème (19-15), puis vient alors l'heure de la dernière action…

Sur l'une des rares actions d'envergure des Français, le ballon vit et vole jusqu'à l'aile droite : si les Ecossais sont les premiers dans le regroupement, un joyeux bordel s'en suit et mr l'arbitre décide de siffler, devant l'ampleur des dégâts, une mêlée pour les Français.

Premier ouf de soulagement : la mêlée vacille côté bleu, mais heureusement la première ligne reprend l'avantage juste avant de s'écrouler, ce qui donne un bras cassé au XV de France.

Après ce deuxième ouf, Hueber joue rapidement le ballon, comptant évidemment sur l'énergie du désespoir : une combinaison 3/4-avant envoie Benazzi plein fer sur la ligne des 22m écossaise.

Le cuir sort après une grosse bataille, et Deylaud ouvre pour Sadourny sur la gauche, qui a vu le décalage : un dernier relai pour Ntamack, qui feinte la passe, et ce dernier va s'écrouler dans l'en-but pour sceller la victoire des Français au bout du bout de cette rencontre !

Et comme un symbole, c'est Thierry Lacroix qui parachève sa prestation de haute-volée en convertissant la dernière transformation, du bord de la touche s'il vous plaît !

Score final 22-19, et un 1/4 de finale décroché avec les tripes face à l'Irlande, qui mènera ainsi les Bleus de Pierre Berbizier face à l'Afrique du Sud pour la 1/2 finale, dans un match qui est resté dans les mémoires…

Mais c'est une autre histoire !

Le résumé vidéo