L’abondance de biens nuit au XV de France

Alors que Jacques Brunel a annoncé, hier, sa liste pour la Coupe du Monde au Japon (20 sept.-2 nov.), cette dernière fait déjà jaser. L’absence de joueurs talentueux comme Vakatawa ou Thomas ou celle de joueurs d’expérience comme Bastareaud ou Parra interrogent.

 

 

C’est un secret de Polichinelle. Depuis l’annonce de Fabien Galthié comme le futur sélectionneur du XV de France, il est évident d’affirmer que Jacques Brunel n’est plus le seul maitre à bord. Cette prise de fonction sera effective après la Coupe du Monde. En attendant, l’ancien entraineur de Toulon va occuper la fonction d’adjoint de Brunel pendant le mondial. Une influence que l’on peut ressentir au moment d’évoquer cette liste de 31 joueurs et 6 réservistes.

Bastareaud sacrifié sur l’autel de la mobilité

 

Le cas de Mathieu Bastareaud est le plus significatif, mais aussi le plus épineux. Lorsque Fabien Galthié était l’entraineur du RCT (2016-17), il avait fait de « Basta » son homme de base, son relais sur le terrain, son capitaine. Il est alors difficile d’imaginer le puissant trois quart centre évincé du groupe France, lui qui a était nommé capitaine des Bleus lors de la tournée en Nouvelle Zélande, l’été dernier. Et pourtant, le futur joueur de New York en MLR a été sacrifié au profit de la vitesse, de la mobilité de Sofiane Guitoune. Galthié veut modifier le style de jeu du XV de France au profit d’un jeu de mouvement et de vitesse. Brunel l’a confirmé en conférence de presse : « Le critère fondamental (de sa non sélection) est lié à notre ambition de pratiquer un jeu sur lequel le déplacement est prioritaire ». Il poursuit : « On a pris en considération certains critères au niveau international, certaines données. On avait du retard sur le déplacement, la capacité à reproduire les charges. Le profil des joueurs qu’on a pris a été en fonction de cette dimension ». Se priver des qualités de perforateur et de leader de Bastareaud est un risque que le staff est prêt à prendre au profit d’une volonté de déplacer le ballon rapidement. Difficile aujourd’hui d’affirmer qu’il sera payant. Une décision lourde de sens, puisque « Basta » vient d’annoncer sa retraite internationale, surement déçu que personne ne les prévenu de sa mise à l’écart. Il est la première victime de la volonté de Brunel et Galthié de faire table rase du passé.

Le choix d’écarter Morgan Parra au profit de Maxime Machenaux tend aussi dans ce sens. Le Racingmen possède des qualités de vitesse et d’animation du jeu beaucoup plus en adéquation avec la nouvelle philosophie prôné par Galthié, que les qualités de gestionnaire du Clermontois.

Le talent comme principal absent

 

Les interrogations de cette liste se poursuivent avec les absences de Virimi Vakatawa et Teddy Thomas. Les deux Racingmens possèdent des qualités de vitesse et de puissance indéniables et font partie des rares joueurs à pouvoir faire basculer un match sur une action grâce à leur talent. Pour Vakatawa, il est difficile d’évoquer des raisons justifiant sa non présence dans la liste. Le centre parisien affiche des statistiques impressionnantes en Top 14. Avec 13 essais en 22 matchs, il est le meilleur marqueur du Top 14. Il fait aussi partie des tous meilleurs dans de nombreux domaines comme le nombre de mètres gagnés (1050), celui de défenseurs battus (73), le total d’offloads (27) ou encore le nombres de franchissements (31). Une réussite due en partie à son replacement au centre de l’attaque du Racing. Un changement voulu par Laurent Labit, son entraineur au Racing, qui a rejoint l’encadrement du XV de France pour préparer cette Coupe du Monde. Tous les voyants étaient au vert pour que Vakatawa voit le Japon en septembre prochain, mais Brunel et Galthié en ont décidé autrement. Il paye ses prestations décevantes passées sous le maillot frappé du coq. Cela peut paraitre injuste lorsque l’on voit que d’autres joueurs enchainent les échecs et les contres performances sous le maillot bleu et feront partie de l’aventure nippone.

L’explication de l’absence de Teddy Thomas semble plus claire mais tout aussi discutable. Le virevoltant ailier semble payer sa nonchalance et ses errances défensives de plus en plus pointées du doigt. Ses blessures à répétitions mais aussi sa participation à la nuit mouvementée d’Edimbourg (plusieurs joueurs visiblement alcoolisés ont été impliqués dans une bagarre et une jeune femme avait déposé une plainte pour agression sexuelle) ont semble t-il sonnées le glas de ses espoirs de Coupe du Monde. Se priver des fulgurances et du talent de Thomas, comme démontrés face à l’Irlande (13-15) ou face à L’Ecosse (32-26) en février 2018, peut être sujet à contestation vu son talent rare dans le rugby français. Avec seulement 10 matchs disputés avec le Racing cette saison, l’ailier français a inscrit 8 essais.

 

L’arrivée de Fabien Galthié en tant qu’adjoint avant de prendre les reines de l’équipe après la Coupe du Monde est le symbole d’une équipe chancelante, ne sachant pas sur quel pied danser. Entre le désir de Galthié de préparer la prochaine Coupe du Monde en France et celui de Brunel de finir son mandat sur une bonne note, les idées se mélangent. La volonté de changer de système de jeu, de remettre en cause un an et demi de travail, juste avant une échéance aussi importante qu’une Coupe du Monde provoque un énième sentiment de sacrifice de ce mondial 2019 au profit de celui de 2023 qui se disputera en France.

 

 

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Crédit photo : XV mondial

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"Il faut souffrir pour être beau"...Supporter de l'OM mais toujours moche In Russell Westbrook we trust #whynot

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