Dans une année où la pandémie mondiale de la Covid-19 a chamboulé les programmations sportives et autres évènements planétaires (J.O., Euro de football…), chaque sport à dû s'adapter pour survivre. Si 2020 restera une année morose pour bien des personnes, les douze mois qui la composent furent tout de même riches en émotions pour tout fan de sport. Du passage de la NBA à Paris aux records de Lewis Hamilton, en passant par les prouesses de Tadej Pogačar ou le Final 8 de la Ligue des champions, la rédaction de We Sport revient pour vous sur les trente moments marquants de 2020. Aujourd'hui, retour sur la victoire du XV de France au Pays de Galles dans le cadre du Tournoi des Six nations.

 

Des espoirs à confirmer en terre hostile

Quelques semaines après un 1/4 de finale de Coupe du monde et une élimination cruelle en fin de rencontre, le Bleus se rendent au Pays de Galles afin de confirmer les prémices d'un renouveau. Exit Jacques Brunel et les cadres vieillissants tels le capitaine Guilhem Guirado, le XV de France repart sur de nouvelles bases sous la houlette d'un nouveau sélectionneur : Fabien Galthié. Avec pour mission de sublimer un effectif au potentiel certain, le nouveau coach opère à un rajeunissement de son XV. Le Toulonnais Charles Ollivon prend le capitanat, l’atypique Anthony Boutier le poste d'arrière et le duo toulousain Dupont –  Ntamack l'animation de l’entrejeu.

Et le succès est immédiat ! Pour son entrée en lice dans le Tournoi, la France domine l’Angleterre au Stade de France puis l'Italie. Si le jeu proposé et l'engagement ont de quoi enthousiasmer les supporters, ces victoires ne lèvent pas tous les doutes des sceptiques. En effet, les succès sans lendemain ont souvent fait date dans le rugby tricolore. Si l'espoir en cette nouvelle génération demeure, ce déplacement face au tenant du titre dans un stade de 70 000 personnes hostiles a tout du crash-test.

 

Départ tonitruant et maitrise du jeu au pied

Après 10 ans de disette, “l'enfer” est promis au Bleus au Principality Stadium de Cardiff. Pourtant, après une pénalité de Biggar, ce sont bien les Français qui vont allumer le feu. Dès la 6e minute, Anthony Bouthier, de plus en plus à l'aise à son poste au niveau international, plante le décor. Profitant d'une faute de main d'Halfpenny suite à une chandelle de Ntamack, l'arrière du MHR file entre les perches. 3-7, un excellent départ qui voit les avants tricolores répondre au combat imposé par les Gallois.

Petit à petit, prenant le dessus sur leurs homologues, les hommes de Galthié commencent à développer leur jeu derrière jusqu'à cette merveille d'essai à la 26e minute. Après une prise d'intervalle de Bouthier puis Vakatawa, les Bleus multiplient le jeu en une main pour trouver de nouveau le stratège toulousain Ntamack qui d'un coup de pied magistral trouve Fickou à l'opposé pour le deuxième essai. Magnifique ! Mais pas pour monsieur l'arbitre qui revient sur l'en-avant en début d'action. Peu importe, les Français n'en ont cure et, deux minutes plus tard, après un énième touche bien maitrisée, Paul Willemse va à dame. Essai validé et 6-17 à la table de marque.

 

Défense héroïque

Les joueurs au maillot frappé du coq, dominent, sont entreprenants et en totale confiance. Pourtant, si il y a bien une équipe à ne jamais baisser les bras, c'est le Pays de Galles. Alors que l'on pense se diriger tranquillement vers la mi-temps, les Gallois vont prendre d'assaut la ligne d'essai française. Un pilonnage en règle de 8 minutes constitué de pick and go et de mêlées, fatal à Gregory Aldritt qui quitte ses partenaires pour 10 minutes. Au delà du temps réglementaire de plus de six minutes et même à 14, la défense ne flanche pas. Les barbelés sont de sortie avant cette pause bien méritée mais n'ont pas le temps d'être rangés.

Car, dès la reprise, la pression galloise redouble d'intensité. Le travail du nouveau coach de la défense française, Shawn Edwards, commence à porter réellement ses fruits et ses joueurs se montrent héroïques. Lui qui a bâti la réputation de la défense galloise durant 11 ans (coach défense de 2008 à 2019) est en train de réussir son pari avec les Bleus. Pourtant, à la 47e minute, la muraille se fissure et le pilier Dillon Lewis passe la ligne. 16-17 le plus dur commence.

 

Interception et confiance totale

L'écart se réduisant, la crainte de voir surgir les vieux démons resurgit fatalement. Maitriser totalement le sujet en première mi-temps pour se faire coiffer en deuxième, les Bleus ne l'ont que trop expérimenté face aux Gallois, que ce soit au Japon ou au Stade de France 1 an plus tôt (défaite 19-24 après avoir mené 19-0). La leçon a été comprise et Ntamack (encore lui !) nous le prouve en interceptant la gonfle sur l'aile en pleine offensive galloise. Une interception de filou dans la foulée de la réduction du score qui fait exulter tous les supporters français que ce soit dans le stade ou devant leur écran. Même au cœur des temps fort gallois, ces Bleus ont du répondant. 16-24 puis 16-27, après une pénalité de 45m du toulousain, les Français sont sûrs de leur force. En témoigne la puissance des avants Bleus qui, à 5 m de leur ligne et après le jaune du pillier Mohamed Houas, écrasent la mêlée adverse.

Pourtant Biggar réduit bien la marque à cinq minutes de la fin. Le suspens est à son paroxysme et ses partenaires se lancent dans un baroud d'honneur qui nous fait monter le palpitant. Mais cela ne changera rien. Un retour défensif sur une percée tonitruante de Tompkins et un contest efficace de Chat à la dernière seconde assure le succès à nos petits Bleus. Une victoire avec le cœur et les tripes dans un contexte des plus hostiles : un match fondateur dans la constitution d'un groupe pour le Mondial en France.

 

Après cette grande victoire, la France rate malheureusement le Grand Chelem en Écosse. Sa seule défaite de la saison qui, au vu du scénario, peut sembler anecdotique voire salvatrice. Après tout cette équipe est en apprentissage et 3 ans nous séparent encore de l'échéance mondiale. Une petite tape sur les doigts ne peut qu'être bénéfique pour progresser encore et toujours. Car victorieux des Anglais, des Gallois, des Irlandais ou des Écossais, cette année ces Bleus nous régalent. Ils sont audacieux, ont confiance en eux et en leur jeu, certains de leur potentiel et leurs possibilités. Et ça on en redemande.