Des cris de joie ou de rage. Nos larmes de bonheur ou de tristesse. Des heures passées devant des matchs. C'est ça le sport. La rédaction de WeSportFr revient pour vous sur les 30 événements sportifs qui ont fait l'année 2018. A consommer avec deux étoiles dans les yeux (et sur le maillot). Aujourd'hui, le numéro de Christopher Froome sur le Giro !

On n'en avait presque oublié qu'il n'est question que cela dans le cyclisme. Et qu'il était humain. A force de survoler le cyclisme mondial d'une domination presque sans partage, on ne se souvenait plus que l'histoire de ce sport n'est faite que de réaction d'orgueil, se sursauts époustouflants et de coups de pompe inattendus. 2

Ventoline et vieilles querelles

Quand il arrive sur le Giro, c'est en trainant derrière lui un nuage de suspicion et de salbutamol. La molécule de la Ventoline a joué un vilain tour au quadruple vainqueur du Tour de France et entache sa victoire sur la dernière Vuelta. Mais chez Sky, on n'est pas une accusation près : Chrissou prendra le départ du Tour d'Italie, foin des regards suspicieux !

Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que tout ne se passe pas comme prévu. Le coureur britannique est relégué plusieurs minutes derrière son compatriote Yates et le dernier vainqueur de l'épreuve Dumoulin. Même des coureurs aussi modestes que Pozzovivo, Lopez ou Carapaz ont osé lui tenir tête. Quand se profile, donc, l'étape reine de cette édition 2018, la pénultième. Trois cols mythiques : Finestre, Sestrière et Bardonecchia. La montée la plus sélective et spectaculaire étant, à n'en pas douter, la première. C'est là que se trouvent les pourcentages le plus difficiles, et une bonne partie de la route n'est pas carrossable. De quoi en mettre plein les mirettes et les musettes.

Elissonde dans les anales

Et c'est, précisément, dans cette montée que Christopher Froome a décidé de durcir le ton. D'abord bien aidé par son équipe, les premiers kilomètres en ont décramponné plus d'un. Le peloton est réduit à 17 coureurs, Simon Yates, maillot rose, est déjà à la masse. Il ne s'en relèvera jamais. La Sky serre une nouvelle fois la vis par l'entremise d'Elissonde, ils ne sont plus que quelques uns à pouvoir suivre le tempo, quand Froome porte l'estocade. A la force des cuisses, le Britannique, presque tout à gauche, en met une nouvelle couche et, cette fois-ci, il a partie gagnée. Personne ne peut suivre son rythme infernal. Pas plus dans le col des Finestre, qu'il passe en tête, que dans la descente qui suit. Technique, elle met en valeur les qualités exceptionnelles de descendeur du coureur Sky qui continue de creuser un écart qui ne descendra plus jamais.

Seul, dans Sestrière et Bardonnechia il ne lâchera rien et ne cèdera aucun terrain à ses adversaires, bien trop occupés à ne passer aucun relai et se jauger pour espérer revenir sur Christopher Froome. Le Britannique finira à trois minutes devant le groupe composé de Dumoulin, Pinot, Lopez et Carapaz. Seul, bien plus seul, Simon Yates finira quant à lui à quelques trente unités de son compatriote. Froome endosse le maillot rose à 40 secondes de son dauphin Dumoulin. Il ne le lâchera plus jusqu'à Rome.

Le cyclisme, c'est comme tout, ça dépend comment c'est fait

De cette victoire à la soudard, il ne reste, au fond, que ce que l'on veut bien en retenir. Qui le panache, le cyclisme de mouvement ; d'autres le soupçon généralisé d'une équipe décriée. Quand certains disent que les kilowatt/heure développés par Christopher Froome sont inhumains, les autres répondent qu'il a creusé l'écart dans la descente, qu'il n'a fait que conforter.

Il en va donc de cette 19è étape du Giro 2018 comme du cyclisme moderne : c'est une question de point de vue.

Crédit photo : Tim de Waele/Getty Image