Cette année nous fêtons les 100 ans des championnats du monde de cyclisme sur route. Depuis 1921, le palmarès comporte des noms prestigieux, l'occasion pour We Sport de revenir sur les champions de légende

Eddy Merckx, le “cannibale”

La Belgique nous accueille pour l'édition 2021, commençons par son meilleur ambassadeur. L'ensemble de la profession reconnait Eddy Merckx comme étant le plus grand champion cycliste de tous les temps. Le “cannibale” fut d'ailleurs titré à trois reprises. En 1967, l'année de son premier sacre, le Belge n'a pas encore gagné de grand tour. Cependant il est double lauréat et tenant du titre de la “Primavera”. C'est à 22 ans qu'il reçoit son premier maillot arc-en-ciel, le tissant à Herleen aux Pays-Bas.

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Il faudra attendre 1971 pour qu'Eddy Merckx remporte de nouveau les championnats du monde. Entre ces deux sacres, le natif de Meensel-Kiezegem a remporté deux Tours d'Italie et trois Tours de France. Surtout, lors du Giro 68 et du Tour 69, il rafle tous les maillots (général, points et montagne). Niveau monuments, il continue sa moisson. Vêtu du maillot irisé, il triomphe à Roubaix en 1968, puis gagne son troisième Milan-San Remo en 1969, le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège.

Merckx excelle partout, même sur les pavés du nord © DR

L'année suivante il brille de nouveau à Roubaix, puis gagne une quatrième fois sur la Via Roma en 1971. Durant cette saison, il gagne le monument manquant à son tableau de chasse : le Tour de Lombardie, après son deuxième succès dans les mondiaux. Assoiffé de victoires, le champion du monde s'impose une cinquième fois à San-Remo en 1972, réalise le doublé Giro-Tour, regagne à Liège entre-temps. En fin d'année à Gap, il cède le titre mondial à Marino Basso mais s'offre un second Tour de Lombardie.

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S'il n'est plus champion du monde, il reste intraitable lors des grands tours. En 1973, il réalise le difficile doublé Giro-Vuelta. Auparavant, ces deux épreuves n'étaient espacées que de cinq jours. Merckx rentre encore un peu plus dans la légende, et fait désormais partie des vainqueurs des trois grands tours. En parallèle, 73 lui apporte deux nouveaux monuments avec Paris-Roubaix et Liège-Bastogne-Liège.

Parmi tous ses grands tours, Merckx a remporté cinq fois le Giro © DR

Étonnamment, en 1974, il échoue sur les grandes classiques, mais réussit un dernier doublé Giro-Tour. En fin de saison, c'est à Montréal qu'il obtient sa troisième distinction mondiale devant les Français Raymond Poulidor et Mariano Martinez. Le champion du monde devient enfin vulnérable sur les grands tours, mais gagne une dernière fois à Liège en 1975, et remporte Milan-San Remo cette même année puis en 1976. Sur ses 19 monuments, le “cannibale” a remporté sept fois la “Primavera”. Avec onze grands tours, c'est l'homme de tous les records.

Bernard Thévenet est celui qui mettra fin au règne du “cannibale” © DR

Fausto Coppi, la classe à l'Italienne

En Italie, Fausto Coppi est un mythe, une légende. D'ailleurs, le plus haut col franchi lors du Giro est toujours renommé “Cima Coppi”. Bien qu'à l'inverse de Vincenzo Nibali, il n'ait pas réussi à vaincre lors des trois grands tours, il s'agit là d'un quintuple lauréat du Giro. 1953 est l'année de son dernier succès dans la course au maillot rose, et l'année de son unique sacre mondial. C'est en Suisse, à Lugano qu'il triomphe devant les Belges Germain Derijcke et Stan Ockers. Ce jour là il est intraitable, s'imposant avec 6 min 22 s d'avance sur son dauphin.

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Le “campionissimo” est le premier coureur à réussir le doublé Giro-Tour, exploit réalisé en 1949, puis réédité en 1952. Bien qu'ayant un profil de grimpeur, il s'offre Paris-Roubaix en 1950. “L'enfer du nord” n'est pas le seul monument, de 1946 à 1953, Coppi remporte trois Milan- San Remo et cinq Tours de Lombardie. L'Italien est le héros d'après-guerre, adulé par tout un peuple. C'est une véritable icone dans son pays. La fin est moins glorieuse, en participant à un critérium en Afrique, il contracte la malaria en décembre 1959. La maladie l'emporte à 40 ans quelques semaines plus tard.

Sagan, le coup du chapeau

Encore en activité, Peter Sagan est le coureur qui a marqué la dernière décennie. Le Slovaque est à ce jour l'unique cycliste à remporter trois fois de suite les championnats du monde sur route. L'histoire commence en 2015 à Richmond aux États-Unis. En Virginie, c'est un tracé technique en centre-ville qui sert de terrain de jeu. Lorsque Sagan l'emporte, il est déjà connu du grand public. C'est un vainqueur d'étapes du Tour et de la Vuelta, il a conquis quatre maillots verts consécutifs.

Tour des Flandres 2016, succès de prestige pour le nouveau champion du monde © Bettini

Lorsqu'il arrive à Doha l'année suivante pour défendre son titre, c'est un coureur au sommet de son art. Avec le maillot arc-en-ciel, il gagne son premier monument, le Tour de Flandres. Son Tour de France est une réussite, il ajoute trois à étapes à son palmarès, plus le prix de la combativité. Sagan porte pendant trois jours le maillot jaune, et ramène un cinquième maillot vert à Paris. Titré champion d'Europe en septembre à Plumelec, conserve la couronne mondiale un mois plus tard, devant Mark Cavendish, qu'il règle au sprint. Le double champion du monde conclut la saison au premier rang du classement UCI WorldTour devant Nairo Quintana et Chris Froome.

Sa façon de faire le show contribue à sa popularité © DR

À Bergen en Norvège, la France se focalise sur Julian Alaphilippe, Benoît Cosnefroy s'impose chez les espoirs. Dans la course élites, Alaf attaque à un moment opportun, et la retransmission s'interrompt. Lorsque les images reviennent, Sagan qui s'est fait oublier coupe la ligne en vainqueur. Avec trois succès consécutifs, il réalise un incroyable coup du chapeau.

Peter Sagan a toujours une façon particulière de monter ses émotions © Getty images

À l'instar de Merckx et Hinault, Peter Sagan lève les bras à son tour sur la piste du vélodrome de Roubaix, avec la tenue arc-en-ciel. Pour l'emporter, le Slovaque a réalisé un numéro exceptionnel, digne d'un triple champion du monde.

2018, une victoire à Roubaix qui inscrit un peu plus Sagan dans la légende © AFP

 

La France avec Magne et Hinault

Entre les deux Guerres mondiales, Antonin Magne fut l'un des premiers Français à conquérir le maillot arc-en-ciel. L'auvergnat échoue à la deuxième place en 1933 derrière un autre Français, Georges Speicher. À ce moment, il a déjà un Tour de France dans sa musette. Il en ajoute un second en 1934. C'est à Berne qu'il remporte les mondiaux, en 1936, devançant Aldo Bini de 9 min 27 s. Après une belle carrière, “Tonin le sage” est mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Une fois le conflit terminé, il dirige pendant vingt-cinq ans l'équipe Mercier. Il a notamment encadré Raymond Poulidor et Louison Bobet. C'est pendant cette période qu'il est fait Chevalier de la Légion d'honneur. Bien qu'étant né dans le Cantal, Antonin Magne est lié à la ville d'Arcachon, où il avait l'habitude de se préparer en début de saison, puis de profiter de la période estivale.

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Incontestablement, Bernard Hinault reste le meilleur de nos représentants. C'est d'ailleurs sur notre sol qu'il devient à son tour champion du monde. Il faut un parcours sélectif pour sacrer un grand champion, la Savoie était le cadre idéal. Au départ à Sallanches, le “blaireau” est attendu de pied ferme. À 25 ans, c'est un vainqueur des trois grands tours qui s'élance à l'assaut de “ses” mondiaux. Il peine à se débarrasser de l'Italien Baronchelli, mais parvient à le déposer dans la dernière ascension de la côte de Domancy. Il déteste Paris-Roubaix, mais gagne pourtant cette classique la saison suivante avec le maillot arc-en-ciel.

Victoire à Sallanches, Hinault est champion du monde © Le Dauphiné libéré

À l'issue de sa carrière, il compte dix grands tours. Il fait partie des quatre quintuples vainqueurs du Tour de France, il a remporté trois fois le Giro et deux fois la Vuelta. Enfin, cinq monuments sont parmi ses trophées avec deux Tours de Lombardie, deux Liège-Bastogne-Liège et une victoire à Roubaix.

Un maillot de champion pour une légende © Le Télégramme

God bless America

Les États-Unis ne comptent que deux champions du monde. Mais à eux deux, ils ont totalisé dix Tours de France si l'on occulte la mise à jour du tableau des vainqueurs. Le Californien Greg LeMond fait partie de la redoutable équipe Renault au début des années 80. Bernard Hinault et Laurent Fignon sont ses leaders, mais avec la sélection nationale, à 22 ans, c'est bien lui qui devient champion du monde. Au bout de sept heures de course, à Altenrhein en Suisse, LeMond s'impose devant deux autres grands champions. En effet, lors de cette édition 83, Adrie van der Poel (père de Mathieu) est deuxième, Stephen Roche troisième.

S'ils furent rivaux en 89, LeMond et Fignon ont fait leurs armes ensemble © DR

Pour la saison 85, il s'engage aux côtés d'Hinault dans l'équipe La vie claire de Bernard Tapie. Si le Breton gagne cette année-là son dernier Tour, il annonce que 1986 sera l'année de Greg LeMond. Ceci s'avère exact, l'Américain est en jaune sur les Champs. On se souvient d'ailleurs de l'arrivée à l'Alpe d'Huez. Hinault et LeMond franchissent la ligne en tête, main dans la main. En 89 il gagne son deuxième Tour de France, subtilisant le jaune à Laurent Fignon. Les huit secondes les plus célèbres de l'histoire séparent les deux premiers. LeMond aime les routes françaises, c'est à Chambéry, qu'un mois plus tard il remporte son second titre mondial. Avec la tunique arc-en-ciel il gagne son troisième Tour de France. Comme en 89, il prend le jaune durant l'ultime contre-la-montre. Cette fois, c'est Claudio Chiappucci qui en fait les frais.

1990, Greg LeMond file vers son 3e Tour de France © DR

Qui se souvient de l'édition 1993 ? Un jeune Texan s'impose devant Miguel Indurain, son nom : Lance Armstrong. Il n'a pas encore 22 ans lorsqu'il succède à Gianni Bugno, double tenant du titre. La suite est moins glorieuse. Armstrong est le seul à avoir ramené sept fois (consécutives) le maillot jaune à Paris. Mais ces sept Tours de France font partie des lignes effacées de son palmarès. Officiellement, il ne compte plus que deux victoires d'étapes durant le Tour. Celle de 95 fut émouvante, en hommage à son équipier Fabio Casartelli. Atteint d'un cancer qu'il parvient à vaincre, il revient dans le peloton avec de grosses ambitions. Lance Armstrong élabore un système de dopage qui le propulse au sommet de sa profession. Une fois l'affaire révélée, l'UCI retire tous ses titres acquis depuis août 1998.

Le “Roi” Miguel battu par le jeune Armstrong © Getty images

Le parcours atypique proposé cette année, offre les conditions idéales pour sacrer un autre champion de légende. Wout van Aert mérite amplement cette distinction, mais Julian Alaphilippe sera sur sa route pour défendre son titre.

Crédit photo en une : AFP