Au terme du premier week-end sprint de l’histoire du championnat du monde de vitesse, le format n’a pas fait l’unanimité. Si les fans ont apprécié le spectacle supplémentaire et l’intérêt constant de chaque roulage, les pilotes sont plus mitigés. Certains alertent déjà sur la dangerosité de la course sprint.

 

Au Portugal, une nouvelle page de l’histoire du MotoGP s’est ouverte. Pour la première fois depuis la création de la catégorie, une course sprint s’est déroulée lors d’un week-end du championnat du monde de vitesse. Au-delà de ce moment historique, le format a beaucoup fait parler. Dans les gradins ou sur les réseaux sociaux, les fans ont énormément apprécié le spectacle. Mais dans le paddock, les pilotes sont partagés. Certains aiment avoir deux fois la pression de la course alors que d’autres trouvent cela beaucoup trop dangereux. Retour sur le déroulé de ce premier Grand Prix au format sprint.

Un vendredi capital

Fabio Quartararo a du attaquer dès le premier jour. © Icon Sport.

D’ordinaire, la première journée était évidemment importante car finir dans le top-10 permettait d’entrevoir la qualification. Mais la dernière FP3 du samedi matin pouvait tout faire basculer et personne n’était à l’abri de passer en Q2.

Or maintenant, cette ultime séance libre ne compte plus pour la qualif’ qui se déroule le samedi matin. Il faut donc se classer dans les dix premiers dès le vendredi ! Après une session de “rodage” le matin, la FP2 a été un combat de tous les instants. Dans les dernières minutes, cela ressemblait même à des runs de qualification car chaque pilote enchaînait les gros tours. 

Si les essais libres étaient déjà bien plus intéressants que dans d’autres compétitions, à l’image de la Formule 1, ce nouveau concept amène encore plus d’adrénaline. La deuxième séance est presque devenue un rendez-vous immanquable.

Samedi sous très haute tension

A la limite, certains en ont fait les frais comme Enea Bastianini, forfait pour le GP après une chute lors de la sprint race. © Icon Sport.

Une séance de qualification est tout le temps très attendue. Quand elle se déroule le matin et que ce n’est pas l’évènement de la journée, cela la rend quand même immanquable. Car la position au classement ne détermine pas la place du départ d’une course, mais de deux ! Auteur de la pole position, Marc Marquez a eu le privilège d’occuper la première place lors du sprint et du Grand Prix. 

La course sprint s’est transformée en une lutte acharnée. Pendant douze tours, les pilotes sont devenus des gladiateurs. Agressifs, ils ont enchaîné les dépassements, pris des risques et eu un rythme de course semblable à celui d’une qualification. De quoi offrir aux fans un plaisir nouveau. Il faut dire que le gain final n’est pas négligeable. Avec douze points distribués au vainqueur, ces unités peuvent complètement faire basculer un championnat. Premier à remporter une sprint race, le champion du monde en titre Francesco Bagnaia en est pleinement conscient. 

Avec une telle vitesse, le Grand Prix du dimanche a même paru « un peu long » pour le pilote Ducati. Cela ne l’a pas empêché d’empocher aussi les vingt-cinq points de la victoire. 

Quartararo trouve ça dangereux, Zarco apprécie

En conférence de presse au soir de la première course sprint, la question la plus posée était : quel est votre avis sur ce nouveau format ? Il y a ceux qui ont beaucoup apprécié le fait de devoir être constant pendant tout un week-end, sous peine de voir des résultats en baisse. C’est notamment l’avis de Johann Zarco, quatrième du Grand Prix. « Le week-end me plaît, chaque journée est intéressante. C’est un peu dur physiquement car il faut être performant tous les jours. Le samedi est plus agréable car il y a la pression de la course, en plus de celle de la qualif. Nous avons deux chances de prendre des points et je suis content d’avoir réussi à le faire. » 

Parmi les critiques envers la course sprint, les pilotes doivent être trop à la limite pour performer. Il faut dire que pour doubler : prendre des risques est inévitable, au vu des performances des motos mais aussi du talent des engagés. Fabio Quartararo était presque énervé au moment d’évoquer sa première course sprint : « Le format est trop dangereux, il va se passer quelque chose de grave. C’est la jungle ! Nous sommes obligés d’être agressifs sinon on perd des places et on termine loin. Je ne vois pas comment nous allons faire vingt courses de ce type. »

Touché par Joan Mir dans le premier tour, à cause de l’optimisme trop élevé du pilote Honda Repsol, le pensionnaire de Yamaha est reparti en fond de peloton et a pu analyser le comportement de ses adversaires. « Nous étions tous proches de la limite. Il y a déjà des blessés mais malheureusement, je crains que ce ne soit que le début. » Réputé pour son franc-parler, Aleix Espargaro n’a lui-même pas voulu évoquer le sujet. « Je donnerai mon opinion une prochaine fois, je veux attendre les prochaines courses. Nous verrons si nous sommes plus prudents, s’il y a moins d’accident etc. Si les fans ont aimé tant mieux car c’est ce que la Dorna souhaite. Mais en tant que pilote, je n’ai pas trop aimé ce que j’ai vu en piste. » 

Déjà critiqué lors de l’annonce, le format sprint est loin d’avoir convaincu tout le monde. Si les courses suivantes ressemblent à celle-ci, pas sûr que les pilotes ne mettent longtemps à se révolter contre ce concept. Le Grand Prix d’Argentine, disputé dès cette semaine, donnera une nouvelle opportunité d’analyser ce type de week-end.