La légende raconte que le rugby a été inventé en 1823, lorsque William Webb Ellis, élève de la célèbre public school britannique, Rugby School, s’est emparé du ballon à la main lors d’un match de football. Cet homme a d’ailleurs donné son nom au trophée qui récompense tous les quatre ans, le vainqueur de la Coupe du monde. L'ovalie s'est ensuite répandue dans l'hexagone. Pourtant l'absence de rugby de haut niveau dans le Nord laisse penser que la région a été oubliée.

Le rugby n’est pas arrivé en France d’un coup. À l'image d'autres sports, il est l’héritage culturel que ses créateurs et ses participants nous ont donné. C'est dans un contexte de mondialisation que ces transmissions de pratiques sportives ont eu lieu. Elles se sont diffusées sur nos terres par la hausse des échanges commerciaux, notamment entre la France et la Grande-Bretagne. Si le football apparaît d’abord au Havre , la diffusion du football-rugby passe par le Sud-Ouest du pays grâce au commerce du vin.

Force est de constater que le rugby n'est pas aussi populaire que le football en France. Ce dernier, sport universel par excellence, est omniprésent dans notre pays ce qui est plus délicat pour son confrère. Le sud de la France est à n’en pas douter une terre d'ovalie. Mais qu’en est-il du Nord du pays ?

UNE PRATIQUE EXISTANTE DEPUIS LONGTEMPS

Il faut savoir que le rugby ne s’est professionnalisé qu’en 1995. Par conséquent, il se jouait en France de façon amateure. Pourtant cela n’a pas empêché la création en 1919 de la Fédération Française de Rugby. Dans la foulée apparaissent les premiers championnats nationaux où l’on retrouve des équipes autres que celles parisiennes. Effectivement, il y a eu des championnats de France avant 1919, mais ils ne concernaient qu’une infime partie de l’hexagone. Le premier a lieu en 1892 lorsque le Racing Club de France et le Stade Français s’affrontent pour déterminer qui sera le premier champion de France de Rugby. Le RCF l'emporte 4-3  lors de cette partie arbitrée par Pierre de Coubertin.

Rugby dans le Nord années 20
Lille dans les années 20 avec une affiche pour un match de rugby féminin

En fouillant les archives nordistes, il est alors possible de retrouver des journaux témoignant de l’existence d’un rugby régional dans les Hauts-de-France. Par l’exemple, le numéro du jeudi 11 août 1927 du Douai-Sportif contient le calendrier du championnat dans lequel on retrouve des clubs comme le Lille Rugby Ahtletic Club, l'Iris Club Lillois ou encore l'Union Racing Dunkerque-Malo. Or ce championnat régional témoigne du fait que ces clubs ne jouent pas encore dans le championnat de France de première série (équivalent du Top 14) . Alors si le rugby dans le Nord est bien présent depuis de nombreuses années, comment se fait-il qu’il ne soit pas sous le feu des projecteurs aujourd'hui ?

LE RUGBY  DANS LE NORD ET SES MOMENTS DE GLOIRE

En 1977, alors que l'ovalie est toujours amateure, Arras devient la première équipe de la région à accéder à la première division. Ils y affrontent des piliers du rugby national à l’image de Toulon et Biarritz avant de redescendre au début des années 90 à l’aube de la professionnalisation. Elle reste à ce jour la seule équipe des Hauts-de-France à avoir joué à un si haut niveau.

Depuis, les habitants de la région n’ont plus vraiment eu l’occasion de vibrer pour l’une de ses équipes. Pourtant, en 2015, le Lille Métropole Rugby, qui joue ses matchs à domicile au Stadium de Villeneuve d’Ascq, obtient son billet pour accéder à la Pro D2. Le monde pro semble alors tendre les mains à un club du Nord. Cependant, la fête tourne vite au cauchemar puisqu'ils sont privés de montée à cause de problèmes financiers datant des saisons précédentes. Le club finit même par mettre la clé sous la porte en mars 2016.

LA FUITE DES TALENTS VERS LE SUD

Oui, le sport moderne est avant tout une question économique. Si les résultats sportifs ne suffisent plus pour monter en grade, beaucoup estime que les institutions comme la FFR, devraient aider ces régions à se développer afin d’éviter d’autres épisodes comme celui du LMR. Selon Joris Vincent, maître de conférences à la faculté des Sciences du sport de Lille, cette aide au développement du rugby dans les régions où celui-ci était en difficulté, est évoquée depuis des dizaines d’années. Or « les moyens ne sont jamais arrivés ». C’est encore une fois la preuve que le sport de haut niveau peine à se développer sans soutien financier.

Ainsi, les clubs amateurs du Nord voient souvent partir leurs pépites vers les clubs du Sud. On ne peut pas garder un jeune joueur qui a un gros potentiel uniquement parce qu’il est natif de la région. Pour garder les jeunes espoirs du Nord, il faut qu’un club Nordiste s’installe sur la durée au haut niveau. C'est en tout cas l'ambition de l’Olympique Marcquois Rugby. Créé en 1971, l'OMR est un club financé par la métropole lilloise avec l'objectif de monter en Pro D2 d'ici 2023. Avec la décision de stopper les championnats lors du premier confinement, ils ont décroché leur ticket pour la Fédérale 1. Après une première année d'apprentissage, ils ont désormais deux ans pour gravir le dernier échelon et atteindre leur but. Le Nord peut de nouveau croire à un club de la région dans le monde des pros.

QU'EN EST-IL DU RUGBY FÉMININ ? 

Si le palmarès est vierge chez les clubs masculins de la région, il n’en est pas de même pour celui du Lille Métropole Rugby Club Villeneuvois. En effet, le club féminin fait taire les préjugés comme quoi le rugby dans le Nord est quasi inexistant. Le LMRCV évolue en première division depuis 1999 et dans le championnat élite depuis 2006. Elles ont d'ailleurs disputé quatre finales entre 2013 et 2017. En 2016, elles remportent ainsi le premier titre de la région des Hauts-de-France dans un championnat de France de rugby à XV.

Elles possèdent un centre de formation excellent et les performances des joueuses sur le terrain ont permis à certaines d’entre elles, à l’image de Shannon Izar, de se faire sélectionner en Équipe de France. Cependant, si elles ne sont pas mises en lumière comme elles devraient l’être, c’est surtout parce que le rugby féminin ne s’est pas encore professionnalisé comme celui des garçons. Les écarts de salaires et autres inégalités sont des problèmes qui vont au-delà de la différence entre rugby masculin et féminin. En effet, il est plutôt question d’un fossé entre pratique sportive professionnelle masculine et pratique sportive professionnelle  féminine (voire amateure).

Pour en revenir au point de départ, si le Nord a loupé le coche au moment du développement du rugby en France, nul doute que la région a désormais toutes les armes requises pour pallier petit à petit son retard. Elle peut d’ores et déjà compter sur les joueuses du LMRCV qui continuent leur aventure dans le championnat de France. De plus, elle a de belles enceintes sportives comme le Stade Pierre Mauroy qui accueille de temps en temps des matchs du Top 14 mais aussi des rencontres internationales. Cependant, il est certain qu’elle aurait besoin d’un coup de pouce de la fédé pour continuer à se financer, mais aussi pour attirer de nouveaux licenciés (le nombre de licenciés était en baisse ces dernières années, -3.68% entre 2017 et 2019). Cela est primordial pour continuer le développement de l’ovalie dans la région.

 

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