Rétro 2017 : la folle épopée européenne du Stade Français

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Deux ans après un titre de champion de France pour le moins inattendu, le Stade Français a de nouveau réalisé un exploit dont il a le secret lors de la saison 2016-2017, en remportant la Challenge Cup à l’issue d’un parcours rocambolesque. Presque trois ans après, retour sur une épopée complètement folle qui a permise au club parisien de décrocher son tout premier titre européen.

 

L’histoire ne pouvait pas se terminer de plus belle manière. A l’issue d’une saison aux multiples rebondissements, lors de laquelle joueurs et supporters seront passés par toutes les émotions, le génération stadiste emmenée par des joueurs emblématiques du club tels que Sergio Parisse, Jules Plisson, Julien Dupuy ou encore Djibril Camara, est allée au bout de son rêve le soir du 12 mai 2017.

 

Une fusion avortée comme véritable point de départ

13 mars 2017. Le Stade Français Paris lutte toujours pour rentrer dans le Top 6 synonyme de barrages en Top 14, et s’est qualifié in-extremis pour les quarts de finale de la Challenge Cup en remportant ses trois derniers matches de poule face aux Harlequins (27-17) et à Edimbourg (26-20) à Jean Bouin, et chez les Roumains des Timisoara Saracens (28-0). Mais ce jour-là, l’important est ailleurs. Thomas Savare et Jacky Lorenzetti, présidents respectifs du Stade Français et du Racing 92, apparaissent en effet devant les médias, main dans la main, pour annoncer un projet de fusion entre les deux clubs. Alors que les amoureux du club parisien sont au bord du gouffre, la suite des événements s’annonce plus radieuse, avec un retrait de ce projet par les principaux intéressés devant les nombreuses manifestations liées à la sidération et au désaccord éprouvés par les joueurs et les supporters, profondément attachés à l’institution.

“Je ne sais pas si ce fût l’élément déclencheur, mais ce qui est sûr, c’est que cet épisode nous a ressoudé. On s’est dit qu’on voulait faire quelque chose de beau tous ensemble pour cette fin de saison et on a réussi ce pari, là où l’on ne nous attendait pas.” déclarera Jules Plisson à notre micro dans un entretien accordé début 2018.

 

Succès au Millennium : la victoire de tout un groupe 

En quarts de finale de la Challenge Cup, le Stade Français se prépare à un déplacement compliqué chez les Ospreys. Huitième et dernière équipe qualifiée de la phase de poules, les Parisiens doivent faire face à la meilleure équipe de la compétition jusque-là, avec six victoires bonifiées en autant de rencontres. Le club décide de jouer le coup à fond, en alignant une équipe type à Cardiff quitte à prendre le risque de jouer sur deux tableaux et donc de présenter des titulaires potentiellement moins frais la semaine suivante en championnat.

Lors de cette rencontre, ce sont les Gallois qui ouvrent le score peu avant le quart de jeu, par la botte de l’inévitable Dan Biggar (3-0, 13e). Mais les joueurs du club de la capitale font basculer cette rencontre à la demi-heure de jeu lorsqu’un des chouchous des fans parisiens, Zurabi Zhvania, dit “Zuzu”, s’en va inscrire le premier essai de la rencontre, en coin (3-8, 30e). Bien que Jules Plisson rate par la suite deux coups de pied importants en l’espace de quelques minutes, les Stadistes rentrent aux vestiaires avec l’avantage au score (8-6). Après un premier acte étriqué, les choses se décantent cependant en deuxième période. Moins de dix minutes après la reprise, Matavesi répond d’un essai à la pénalité de Plisson pour remettre les deux équipes à égalité (11-11, 47e). C’est alors qu’un premier tournant intervient, avec un deuxième carton jaune synonyme d’expulsion pour le fidjien Rasuqe (53e). Un coup dur en apparence pour les coéquipiers de Julien Arias.

Mais comme souvent, les Parisiens vont faire preuve d’une solidarité à tout épreuve, et faire le break en l’espace de cinq minutes. Après un essai de Lakafia venu d’une passe au pied lumineuse de Plisson, Pyle profite d’une erreur adverse pour intercepter le ballon et finir sa course à cinq mètres de l’en-but avec une passe décisive pour Arias, qui n’a plus qu’à plonger derrière la ligne. 25-14 à la 60e minute, Paris se rapproche de l’exploit.

Un exploit que les Soldats Roses ne lâcheront plus, malgré un dernier essai d’Ardron pour les Ospreys. Le Stade Français s’impose 25-21 à Cardiff, et attend Bath à Jean Bouin pour une place en finale, trois semaines plus tard.

 

Une dramaturgie à domicile

En demi-finale, les hommes de Gonzalo Quesada reçoivent les Anglais de Bath avec comme objectif de voir Edimbourg et la finale de la Challenge Cup. Un rendez-vous majeur que les Parisiens abordent de la meilleure des manières devant leur public, en marquant le premier essai du match par Doumayrou à l’issue d’un bon travail de la ligne arrière, et notamment d’Hugo Bonneval. Les locaux dominent, mais ne rentrent aux vestiaires qu’avec cinq petits points d’avance (11-6). Une nouvelle fois, la face du match change en deuxième période. Alors que Plisson croit permettre aux siens de faire le break huit minutes après le retour sur la pelouse en inscrivant le deuxième essai de son équipe (18-6, 49e), Paris va poser un pied à terre en à peine dix minutes. Trois essais presque coup sur coup en moins de dix minutes, une défense mystifiée et des joueurs sonnés : le Stade Français se retrouve mené 23-18 à la 71e minute, et voit ses rêves de finale s’éloigner peu à peu.

Mais fidèle à sa réputation, le “Stade” ne rompt toujours pas, et va s’arracher pour valider son ticket pour l’Ecosse. Trois dernières minutes de pure folie, lors desquelles Camara dépose tout d’abord Watson pour servir Pyle sur un plateau, qui n’a plus qu’à aller au bout de sa course pour permettre au Stade Français de recoller à 25-25 (78e), avant que Jules Plisson n’assène un drop de 40 mètres sur l’action suivante pour permettre aux Parisiens de prendre l’avantage (28-25, 80e). Le Stade Français s’en est une nouvelle fois remis à sa bonne étoile, d’autant plus que les Anglais ont eu l’occasion d’emmener le match en prolongation dans le temps additionnel par Ford, qui a à la surprise générale manqué son coup de pied. Le ballon est expédié en tribunes, et c’est tout un stade qui est ivre de bonheur, à l’issue d’une après-midi renversante qui aura marqué les esprits.

 

Un match maîtrisé en guise d’aboutissement

Le Stade Français, tout comme Gloucester, débarque à Murrayfield avec un seul objectif : le titre. Si les Soldats roses ne s’attendaient peut-être pas à atteindre ce stade six mois plus tôt, l’opportunité est belle pour les enfants du club annoncés partants de finir idéalement dans leur club de cœur.

La finale commence cependant bien mal, puisque c’est Johnny May qui débloque le tableau d’affichage pour Gloucester suite à une interception salvatrice (0-7, 14e). Après une pénalité de Billy Burns, les Anglais mènent même 10-0 après 22 minutes de jeu. Les Parisiens ne tardent pas à réagir, puisque Sergio Parisse se rattrape de sa bévue initiale à l’origine de l’essai de May, en étant à la conclusion d’un bel effort collectif pour permettre aux siens de recoller avant la pause (10-10, 32e). Les Anglais sont menaçants grâce à un Billy Burns remuant qui dynamise le jeu de son équipe, mais Paris fait bloc.

Les deux équipes se rendent coup pour coup, et à ce jeu là, ce sont les Parisiens qui vont s’en tirer le mieux, frappant à deux reprises par Danty puis suite à un exploit individuel de Doumayrou, qui slalom dans la défense adverse, bat plusieurs vis-à-vis et finit dans l’en-but. Morné Steyn ne tremble pas pour transformer et rajoute une pénalité à cinq minutes du terme. 25-10, la messe est dite. Un dernier essai de Moriarty n’y changera rien. Le Stade Français Paris s’impose 25-17 et remporte le premier titre européen de son histoire !

Papé (dans son nouveau rôle), Burban, Parisse, Plisson, Camara, Bonneval, Sinzelle, Doumayrou et toute cette bande encadrée par Gonzalo Quesada, qui avait déjà marqué l’histoire du club avec le titre en Top 14 deux ans auparavant, aura donc su se ressouder suffisamment autour d’un objectif commun pour compléter son tour de force. Une campagne qui restera assurément dans les mémoires, d’autant plus quand on sait que s’en suivront des mois bien plus compliqués pour le club de la capitale.

 

Crédit photo de l’image en Une : Sud Radio

 

Grégoire Allain

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