Rugby

Yoann Huget, l’Ariégeois vous salue bien !

De Pamiers à Toulouse, en passant par Agen et Bayonne, la carrière de Yoann Huget n’aura pas été un long fleuve tranquille dans le monde du rugby. Fort de 62 sélections en équipe de France (pour 14 essais), dont il a fait partie des cadres pendant de longues années, et de 148 matchs de Top 14 (en cours), l’ailier ariégeois aura connu le bonheur de soulever le bouclier de Brennus, s’offrant même un doublé lors de la finale 2019.
Retour sur les moments forts d’un joueur autant adulé que décrié, et au caractère bien trempé.

 

Le rugby dans la peau

Ayant grandi à Pamiers, capitale administrative du département de l’Ariège, Yoann Huget tombe amoureux du rugby alors qu’il voit son beau-père jouer pour l’équipe fanion de la ville, le Sporting Club Appaméen : très vite, le gamin se démarque par son caractère, mais aussi par ses aptitudes physiques et ballon en main.

A tel point d’ailleurs que le grand Stade Toulousain se décide à le faire venir en Haute-Garonne, pour qu’il puisse continuer son apprentissage et devenir pourquoi pas un professionnel : coup gagnant pour les recruteurs, puisque Yoann foule pour la première fois les pelouses du Top 14 en 2005, en enchaînant cependant les allers-retours entre l’équipe première et l’équipe Espoir.

Mais il était écrit que rien ne serait facile pour lui, et qu’il faudrait qu’il se mette en danger pour voir enfin sa carrière décoller : direction le Lot-et-Garonne et le SU Agen, alors en deuxième division, pour tenter de faire son trou dans le rugby pro français. Il y trouve rapidement son rythme, avec 53 matchs en deux saisons (16 essais), et surtout un titre de champion de France de Pro D2 décroché lors de sa seconde année au club.

Cela lui permet d’attirer les lumières sur lui, alors qu’il a tout juste 23 ans, et c’est Bayonne qui tire le gros lot en décrochant la signature du prometteur ailier, destiné à devenir international tôt ou tard.

Crédits photo : Sky Sport

 

Retour dans l’élite, premières sélections en Bleu mais…

Son retour en Top 14, Huget le marque au fer rouge, enchaînant les bonnes prestations et les essais. Marc Lièvremont, alors sélectionneur de l’équipe de France, se décide à lui donner sa chance lors de la Tournée de novembre 2010, face à l’Argentine et l’Australie, excusez du peu !

Se montrant à son avantage, il est ensuite sélectionné pour le Tournoi des 6 Nations qui suit (4 titularisations sur 5 rencontres), avec comme objectif ultime la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Hélas, trois faux-pas consécutifs vont lui coûter sa place dans le groupe France, place qui lui était pourtant promise…

En effet, le protocole de suivi anti-dopage aura raison de lui : 3 “no-shows”, et voici que l’ailier bayonnais se retrouve suspendu de toute compétition pendant trois mois, en plein cœur de la préparation pour le Mondial !

Crédits photo : Vosges Matin

Comme toujours, le joueur fera le dos rond, et attendra patiemment que son heure arrive : de retour en novembre face à Biarritz pour le derby, dans un match évidemment tendu, l’ailier foule à nouveau les pelouses du Top 14, avec la seule envie de prendre du plaisir et de tourner la page.

L’AFLD lui inflige cependant un mois de suspension de plus, ce qui l’empêche de réaliser une saison pleine, qu’il termine à 12 petits matchs pour 4 essais, ce qui ne l’empêche pas de retrouver les Bleus quelques mois plus tard, en juin 2012, pour une tournée en Argentine, où il inscrit deux essais en guise de revanche.

 

Toulouse, sa ville, son rugby… et les blessures

Dès l’été 2012, Yoann Huget retrouve son club de cœur, celui où tout a commencé ou presque : le Stade Toulousain. Commence alors une romance avec le club Rouge et Noir qui durera donc neuf années. Redécouvrant l’exigence d’un club de ce niveau, l’Ariégeois se met très vite au diapason, se rapprochant notamment de son compère de toujours, un certain Maxime Médard, avec qui il enchaîne les matchs tant à Ernest-Wallon qu’avec les Bleus.

Pendant trois années, l’ailier est incontournable à Toulouse comme en équipe de France, disputant pas moins de 30 rencontres (sur 31 possibles) sous la bannière du coq, tandis qu’il empile les matchs en Haute-Garonne.

Logiquement, il est alors sélectionné pour sa première Coupe du monde, en 2015. Mais, titulaire lors du match d’ouverture face à l’Italie, son ligament du genou droit lâche, et il doit déclarer forfait pour le reste de la compétition.

Crédits photo : Ouest France

Un gros coup dur pour lui, qui avait déjà dû passer à côté d’un premier Mondial 4 ans auparavant. Cette déception le pousse à redoubler d’efforts d’une part pour guérir de sa blessure, mais surtout pour rejouer au rugby, sport qui lui colle à la peau !

Il retrouve les sensations d’un match de championnat en 2016, et semble revenir encore plus fort que précédemment. En effet, entre 2016 et 2019, l’ailier marquera la bagatelle de 23 essais en 48 rencontres, soit presque un essai tous les deux matchs ! La concurrence en équipe de France fait qu’il doit batailler pour retrouver une place de titulaire, mais il le fait avec panache.

Lors du Tournoi 2019, il plante 4 essais en 5 matchs, prouvant bien qu’à 32 ans, il pouvait encore rendre de sacrés services. C’est d’ailleurs certainement le sommet de sa carrière, car il est à la fois champion de France avec le Stade Toulousain, où il plante un doublé en finale, et sélectionné pour la Coupe du monde la même année, où il prend part à trois rencontres.

Crédits photo : Sud Ouest

La saison 2019/2020 contrariée par la Covid, avec en prime des petites blessures à répétition au talon d’Achille notamment, le poussent alors à annoncer sa retraite, qu’il prendra à la fin du championnat version 2020/2021, après plus de 15 années de rugby professionnel.

 

Que restera-t-il de Yoann Huget ? 

Connu pour son caractère en béton armé, ainsi que pour son mental d’acier, Yoann Huget aura fait partie des cadres dans quasiment toutes les équipes avec lesquelles il aura joué, marquant de son empreinte les clubs qu’il a fréquentés. Si le joueur a beaucoup travaillé certains aspects de son jeu et que son talent n’est pas à démentir, il n’aura connu la consécration qu’en toute fin de carrière, avec ce titre de champion de France après lequel il aura tant couru.

Des blessures, un peu de malchance et des effectifs pas forcément à la hauteur ne lui auront pas permis de gagner autant qu’il aurait pu ou dû : que ce soit avec le Stade Toulousain, qui a connu des années noires entre 2012 et 2019 en championnat et des désillusions en coupe d’Europe, ou avec les Bleus et leurs éternelles turbulences en interne. L’Ariégeois n’aura pas eu un palmarès à la hauteur de son talent.

Pourtant, il aura réussi à tirer son épingle du jeu, et a fait réagir les passionnés, qui n’auront eu de cesse de l’encenser comme de le descendre, comme par exemple après sa bourde face au pays de Galles lors du Tournoi 2019. Preuve que son profil de joueur ne laisse personne indifférent.

Solide au plaquage mais parfois plus léger sur le placement défensif, puissant, véloce ballon en main et jamais avare d’efforts, l’ailier qu’il était au départ aura même découvert les joies des relances en tant qu’arrière, poste où il aura été titulaire en club ou en sélection.

Pendant 15 ans, et malgré des blessures graves ou des événements hors rugby, Yoann Huget sera resté fidèle à lui-même, donnant des leçons de volonté et d’envie de se dépasser même avec des vents contraires : son caractère de compétiteur est un véritable exemple à prendre pour tous les jeunes joueurs qui souhaitent perdurer au plus haut niveau.

Si une nouvelle génération a émergé depuis 2019, il faudra se souvenir d’Huget comme un leader sur et en-dehors du terrain, capable de secouer les siens par une action, une parole ou un geste : il ne s’est jamais caché, même pendant les périodes sombres.

Crédits photo : Tell Report

Enfin, c’est surtout une gravure de mode qui prendra sa retraite à la fin de la saison (on se souvient notamment de ses apparitions dans le calendrier des Dieux du Stade), avec ses éternelles bouclettes !

 

Bon vent l’artiste, et merci pour tout !



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