À l'inverse du Tour de France destiné aux rouleurs, le Giro respecte sa tradition en offrant un parcours montagneux. Les meilleurs grimpeurs se sont donné rendez-vous en ce mois de mai pour s'affronter pendant trois semaines course intense. Le maillot rose se mérite, il ne faudra pas compter ses efforts pour graver son nom sur le “Trofeo senza fine”
Le parcours
Turin est désignée cette année pour donner le coup d'envoi du 104e Giro d'Italia, une édition qui s'achèvera comme souvent par un contre-la-montre en direction de Milan. Deux villes célèbres pour leurs équipes de football, mais en ce mois de mai, l'Italie vibre au rythme des coups de pédales, tout le pays voit la vie en rose. RCS, l'organisateur, reste dans un schéma habituel avec une première semaine pour “sprinters”, la suivante plus accidentée et enfin l'épilogue en montagne. Nous restons dans la tradition avec un premier contre-la-montre en guise d'antipasto, le second sera difficile à digérer pour certains si l'on réédite le scénario de 2020. Souvenez-vous de Tao Geoghegan Hart qui n'a jamais porté le maillot rose lors du précédent Giro. Le Britannique est venu coiffer au poteau Jai Hindley, pendant le dernier chrono vers la “Piazza del Duomo”, s'offrant ainsi un grand tour.

Objectif cyclamen
C'est pendant la première semaine de course que les sprinters devront engranger un maximum de points, en vue porter le maillot cyclamen jusqu'à Milan. RCS propose quatre arrivées qui leurs seront favorables, dès dimanche à Novara, puis à Cattolica, à Termoli et à Foligno. Arnaud Démare ne défendra pas son bien puisqu'il se focalise sur le Tour de France. Tim Merlier (Alpecin-Fenix), Dylan Groenewegen (Jumbo-Visma), Caleb Ewan (Lotto-Soudal) et Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) sont les principaux prétendants. Pour le Slovaque, il y aura un parfum de revanche, lui qui a échoué dans sa tentative l'an passé face au champion de France. Sagan revient en forme, sa victoire pendant le Tour de Romandie nous rassure.
Le Giro est aussi réputé pour favoriser les opportunistes. Cette épreuve, moins cadenassée que la Grande Boucle, voit souvent des coureurs échappés s'imposer. Quatre étapes peuvent inspirer les baroudeurs durant cette première partie de course. Et celle-ci sera longue ! Il faudra attendre l'issue de la 10e étape pour profiter de la première journée de repos. Nous aurons peut-être les premières indications concernant les ambitions au classement général avec l'étape du 9 mai. La ligne placée à Campo Felice, en haut d'une ascension de première catégorie, est un bon endroit pour afficher les premiers écarts entre favoris. Les derniers 1600 m se feront sur une route non goudronnée avec des passages à 14%.

Vers le nord, avec du relief
La deuxième partie de course est la plus explosive, hormis l'étape conduisant vers Verona (Vérone dans notre belle langue), toutes sont classées à minima trois étoiles. Deux étapes sont dites de moyenne montagne, deux autres de haute montagne. Nous retrouverons même un parfum de Strade Bianche le 19 mai, au lendemain de la première journée de repos. Le tracé reliant Perugia à Montalcino est ponctué de quatre portions non asphaltées.

RCS n'attend pas la dernière semaine pour donner l'occasion aux grimpeurs de s'offrir le maillot rose. Dès la quatorzième étape, un coureur en grande forme pourrait réduire le suspens concernant la victoire finale, en direction du Monte Zoncolan. Lors de son sacre en 2018, Chris Froome avait triomphé sur cette ascension, considérée comme l'une des plus difficiles en Europe. Avec une portion à 27 % dans le final, et trois derniers kilomètres atroces, le spectacle est garanti.

Avant la seconde journée de repos, les coureurs auront de nouveau cinq étoiles sur leur livre de route. L'étape reliant Sacile à Cortina d'Ampezzo donnera le vertige aux non-grimpeurs, avec trois cols au-dessus de 2000 m. Le gruppetto devra gérer les délais avec précision, certains sprinters pourraient passer à la trappe le cas échéant. Pas d'arrivée au sommet mais 5700 m de dénivelé sont promis. Cette étape distribue beaucoup de points pour le classement du meilleur grimpeur, l'attribution du maillot azzuro devrait se jouer ici. Culminant à 2239 m d'altitude, le Passo Pordoi est le toit de ce 104e Giro, appelé cima Coppi par les organisateurs.

Un final intense
L'ultime partie se jouera en cinq étapes. Celles-ci peuvent nous offrir quelques bouleversements car on le sait, la troisième semaine du Giro est souvent propice aux rebondissements. Elle débute, par un tracé allant de Canazei jusqu'à Sega di Ala. Pour effectuer les 193 km, il faudra avaler 3400 mètres de dénivelé avec un final à 1246 m d'altitude. L'arrivée à Stradella le dernier jeudi attribuera les ultimes points pour le maillot cyclamen, et devrait se jouer au sprint. La dix-neuvième étape offre de nouveau un terrain de jeu aux attaquants, la ligne étant située à Alpe di Mera, au sommet d'une belle ascension. La dernière difficulté du jour est longue de 9.7 km avec une moyenne à 9 %.

Avec le Passo San Bernardino et le Passo dello Spugla, les coureurs iront deux fois au-delà des 2000 m d'altitude, pendant l'ultime étape de montagne, prévue la veille du contre-la-montre final. Il n'est pas inscrit au road book, mais le virage Gug sera un point chaud du parcours. Encore une arrivée au sommet, celle-ci sera jugée à Valle Spluga – Alpe Motta, à l'issue d'une ascension de première catégorie

L'an passé, le chrono final proposait un duel à distance entre l'Australien Jai Hindley et le Britannique Tao Geoghegan Hart. Le premier nommé s'était élancé avec le maillot rose, subtilisé par le second. Avec autant de dénivelé cette année, il y aura de quoi faire des écarts conséquents. Les derniers kilomètres vers Milan devraient se faire en toute sérénité pour le futur vainqueur du Giro.
Les équipes engagées
WorldTeams : AG2R Citroën Team, Astana – Premier Tech, Bahrain Victorious, Bora – Hansgrohe, Cofidis, Deceunink – Quick Step, EF Education – Nippo, Groupama – FDJ, Ineos Grenadiers, Intermarché – Wanty – Gobert matériaux, Israël Start-up nation, Jumbo – Visma, Lotto – Soudal, Movistar Team, Team Bikeexchange, Team DSM, Team Qhubeka Assos, Trek – Segafredo, UAE Team Emirates.
Meilleure ProTeam 2020 : Alpecin – Fenix
Wild cards : Androni Giocattoli – Sidermec, Bardiani CSF Faizane, Eolo – Kometa cycling Team.
Le Giro en chiffres
104 – En 2021, RCS organise le 104e Giro d'Italia.
90 – Cette année, le maillot rose fête ses 90 ans. Fausto Coppi et Eddy Merckx ont ramené cinq fois chacun cette tunique. Alfredo Binda a également gagné cinq fois le Giro mais n'a que celui de l'édition 1933 dans sa collection, le maillot rose ayant vu le jour en 1931.
1989 – Année de la dernière victoire d'un coureur français. Laurent Fignon s'imposait devant Flavio Giupponi et Andrew Hampsten.
3479.9 – C'est le nombre de kilomètres qu'il faudra effectuer du 8 au 30 mai. Le tour de France ne fera “que” 3383 km.
47000 – Il y aura 47000 m de dénivelé positif durant ces trois semaines.
13 – Les cols hors catégorie n'existent pas dans la classification RCS. Treize cols de 1re catégorie sont répertoriés cette année sur le livre de route. Parmi eux, cinq culminent au dessus de 2000 m d'altitude.
23 – Une nouvelle règle de l'UCI permet aux organisateurs de grands tours d'inscrire une vingt-troisième équipe, Avec l'exclusion de Vini Zabù, Androni Giocattoli-Sidermec bénéficie de la dernière Wild card.
Le palmarès récent
Le Giro d'Italia offre toujours son lot de surprises. Ce premier grand tour de l'année est plein de promesses, les tifosi vont vibrer pendant trois semaines.
Crédit photos et profils : RCS