De retour en Ligue 1 après cinq ans d’attente, le Racing Club de Lens rayonne sous les ordres de Franck Haise. Arrivé en février dernier, le technicien artésien a transformé un effectif moyen en une formation des plus attractives du championnat. Retour sur une phase aller inespérée pour le peuple sang et or.
Cinq ans que le Racing attendait ça. Cinq ans que les Lensois ne connaissaient plus l’odeur de la Ligue 1. Cinq ans d’espoir puis de déceptions pour ce club partant chaque saison dans la peau d’un favori à la montée. Pourtant, le Racing restait toujours bloqué dans la zone d’embarquement, sans jamais parvenir à valider son billet pour l’élite.
En 2018/19, l’aventure s’arrête de la manière la plus cruelle qui soit, lors du match retour d’un barrage face à Dijon dans lequel Jérémy Vachoux n’a pas décidé de se mettre en valeur. À sa décharge, ces dernières années, les entraîneurs s’étant succédés sur le banc lensois ne sont pas les plus fiers emblèmes de réussite. Antoine Kombouaré, Alain Casanova, Philippe Montanier… Pour le jeu, on repassera.

En février dernier, après une nouvelle première partie de saison aux résultats tout juste en adéquation avec la qualité de l’effectif et une ribambelle de matchs sans saveur à Bollaert, Philippe Montanier est remercié et remplacé par Franck Haise. Peu connu du grand public, cet ancien joueur modeste est alors l’entraîneur de la réserve. Si les résultats sont moyens, Franck Haise conserve pourtant la totale confiance de ses dirigeants. Quelques jours après sa nomination à la tête de l'équipe première, la Covid entraîne l’arrêt du championnat de Ligue 2. Deuxième après vingt-huit journées, Lens est donc promu, pour la première fois depuis cinq ans !
Un début de saison bien au-delà des espérances
Cet été, alors que la nouvelle saison approche, tant chez le public lensois que chez la majorité des observateurs, on n’attend pas grand-chose des sang et or. Certes, des recrues telles que Gaël Kakuta, Seko Fofana ou Loïc Badé sont arrivées mais l’effectif demeure tout de même assez limité et destiné à se battre tant bien que mal pour ne pas redescendre. Formé au club, Gaël Kakuta fait son retour, quatorze ans après avoir quitté le nid. Il va être le centre du projet. Ignatius Ganago, Jonathan Clauss, Issiaga Sylla ou encore Arnaud Kalimuendo ont également rallié le Nord. Avec le matériel à sa disposition, Franck Haise va très vite mettre tout le monde d’accord. En quelques semaines, le technicien lensois parvient à fédérer ses joueurs autour d’un projet de jeu concret. Son groupe le suit. Match après match, Lens impressionne. Après une défaite encourageante à Nice lors de la première journée, la bande à Yannick Cahuzac s’offre le PSG à Bollaert lors de la deuxième journée ! De quoi booster tout le monde. Franck Haise tire déjà le maximum de son groupe.
Ganago, Sylla : potentiel optimisé
Parmi les symboles, Ignatius Ganago. Souvent à la peine à Nice, le Camerounais réalise un début de saison canon et compte déjà cinq buts au terme des quatre premiers matchs de championnat. S’il n’est pas devenu Robert Lewandowski, l’attaquant de 21 ans semble transformé et, comme plusieurs de ses partenaires, porté par le collectif.

Prenez Issiaga Sylla. Ces dernières années à Toulouse, le latéral gauche guinéen était au fond du trou, comme le reste de son équipe. À Lens, il revit. Pourquoi ? Il n’est pas devenu un joueur excellent du jour au lendemain et ne sera jamais une référence mondiale à son poste. Simplement, l’animation cohérente mise en place par son entraîneur lui permet de gommer une partie de ses lacunes. Ainsi, après quatre journées, Lens compte déjà neuf points. Le début de saison est inespéré. Autre fait notable sur la première partie de saison, l’effectif tourne beaucoup sans pour autant que cela ne modifie le visage de l’équipe. Seul Gaël Kakuta et dans une moindre mesure Loïc Badé semblent indispensables. Placé derrière les deux attaquants dans le 3-4-1-2 de Franck Haise, Gaël Kakuta s’éclate et enchaîne les performances de haut vol. Dans l’animation lensoise, l’ancien Amiénois rayonne par sa capacité à verticaliser le jeu de son équipe, tant par la course que par la passe comme sur les buts d’Arnaud Kalimuendo à Rennes et face à Angers.
Véritable électron libre, le numéro 10 est aussi capable de gérer le tempo du match. Lorsque son équipe a le ballon, il n’est pas rare de le voir décrocher derrière les deux milieux de terrain plus travailleurs que sont Yannick Cahuzac, Cheick Doucouré ou Seko Fofana. Le triangle du milieu s’inverse alors. Franck Haise le dit lui-même : « Le système, c’est le mouvement. » Le mouvement, la force du Racing. Si Franck Haise parvient à tirer la quintessence de son groupe, ce n’est pas un hasard.
Pour autant, Gaël Kakuta ne fait pas la diva. Pas avare d’efforts, il s’inscrit également dans l’animation défensive de son équipe. L’action du but d’Igniatius Ganago à Nimes le montre. Alors qu’il vient de perdre le ballon, Gaël Kakuta se bat et le récupère tout de suite dans les pieds du Nîmois Lamine Fomba avant de distiller une merveille de centre pour son partenaire.
Une équipe bien à son Haise
Autre marque de fabrique de Franck Haise : la récupération rapide du ballon dès sa perte. L’animation défensive lensoise est calquée de celle de l’Atalanta de Gianpiero Gasperini. On harcèle l’adversaire dans ses trente premiers mètres. Si chaque joueur se trouve en situation de 1 contre 1, c’est tout le bloc qui court ensemble. Comme un symbole, l’action qui avait amené l’erreur de relance de Marcin Bulka et le but d’Ignatius Ganago face au PSG est le prototype de ce que Franck Haise demande à ses joueurs.
Marcin Bulka n’est d’ailleurs pas le seul gardien à avoir « offert » un but à Lens cette saison. Poussés dans leurs derniers retranchements par les attaquants nordistes, Jonas Omlin (Montpellier) et Anthony Racioppi (Dijon) se sont aussi trompés à la relance face à Lens. À chaque fois, cela a débouché sur un but sang et or.
Au-delà du très beau coup réalisé face au PSG, Lens performe dans « son » championnat. Les victoires devant Lorient, St-Étienne, Brest ou encore Dijon l’attestent. Toutefois, il est nécessaire de noter quelques difficultés contre certains adversaires refusant le jeu tels que Nantes ou Reims. Le Racing est avec 53% de possession de balle en moyenne la septième équipe du championnat dans le domaine. Pourtant, les Artésiens connaissent depuis quelques matchs des problèmes d’efficacité. À Metz ou contre Strasbourg mercredi, si les Nordistes ont eu le ballon plus de 60% du temps, ces deux matchs-là se sont clôturés par deux défaites dans lesquelles Lens n’a pas marqué. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir eu les occasions. On touche certainement à la limite du dispositif de Franck Haise. Si le technicien lensois assume le déséquilibre qu’il exige de son équipe, il sait aussi que cela devient plus difficile lorsqu’elle est un peu moins efficace. « On a besoin d'être très efficace. Quand on prend la possession, il faut aussi être plus solide et plus équilibré sur les transitions. On est un peu trop emporté par le jeu.” Souvent, le jeu en vaut la chandelle comme sur l’ouverture du score d’Issiaga Sylla à Monaco. Sur le centre de l’autre latéral Clément Michelin, cinq joueurs lensois sont présents dans la surface de réparation monégasque !
En effet, se projetant souvent en nombre dans la surface adverse, il n’est pas rare que les possessions lensoises se terminent par un centre, une frappe ou la tête d’un attaquant. À l’inverse, lorsque l’action n’aboutit pas, le danger est systématique sur la contre-attaque qui suit ! C'est le cas sur le but d’Opa Nguette lors de Metz-Lens (2-0) ou sur celui de Pierrick Capelle lors de Lens-Angers (1-3).
Après tout, heureusement que cette équipe initialement destinée au maintien présente encore quelques faiblesses. Début août, nous ne pensions pas tenir un discours aussi positif à son sujet. Aujourd’hui, avec 34 points glanés après seulement 22 matchs et au vu de ce qu’elle propose, la formation nordiste n’a pas à s’en faire, elle devrait à nouveau figurer en Ligue 1 la saison prochaine. En attendant, Franck Haise et ses joueurs ont encore 16 journées pour nous faire rêver car une chose est sûre, avec Brest, les Lensois sont de ces équipes qui font de cette Ligue 1 2020/21 un excellent millésime.