Allégorie de l’élégance : Raï & Socrates #3

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Le football est avant tout un mélange d’émotions, un sport qui s’apprécie avec les yeux, parce qu’un contrôle, un dribble, peut faire lever tout un stade. La beauté de ce jeu n’est que le reflet des personnes qui le pratiquent. C’est pourquoi nous vous présentons, toute la semaine à 18h, quelques esthètes, des ambassadeurs d’un football élégant. Comme si le temps s’arrêtait à chaque ballon touché. Pour ce troisième portrait, on change les règles avec une fratrie, celle des brésiliens Raï & Socrates.


Que des numéros 10

Issus d’une famille de classe moyenne au Brésil, les frères Souza Vieira de Oliveira ont connu un environnement familial très équilibré. Leurs parents accordaient beaucoup d’importance aux études dans cette famille de cinq garçons dont Socrates était l’aîné et Raï le cadet. Lorsque ce dernier prit sa première licence de football à quinze ans, le grand frère avait déjà joué 300 matchs avec le club de Botafogo. Avec un différentiel d’âge de neuf ans, les carrières sont quelques peu éloignées. Les deux frangins n’ont pu se croiser qu’au crépuscule de la carrière de Socrates et son retour au Brésil.

Tous deux milieux offensifs voire même attaquant à certains moments pour Socrates, les deux brésiliens représentent un football élégant. Longiligne (1m89 et 1m93), à la course élancée qui les rendaient magnifique sur un terrain. Plus intelligent dans le jeu et plus technique que la moyenne, Socrates et Raï partage les mêmes traits de caractère : altruiste, humble et engagé politiquement à des périodes différentes de leurs carrières. Les deux frères n’ont jamais eu peur de revendiquer leurs idées et de s’opposer au parti politique en place, notamment Socrates pendant la dictature brésilienne.

Socrates le docteur 

Pourquoi le docteur ? Et bien parce que l’aîné de la famille est diplômé d’un doctorat en médecine, rien que ça. Une vraie personnalité publique qui a su montrer l’exemple et faire face à l’oppression. Avec sa barbe et son port altier, Socrates illuminait le jeu et les terrains brésiliens de sa classe. Un talent qui l’a amené à devenir une légende de Botafogo puis des Corinthians. Capitaine de la Seleção lors du Mondial lors de la Coupe du Monde 1982, Socrates ne connaîtra pas de grands succès avec son pays.

Grande gueule et charismatique, Socrates avait l’art de la punchline et un style de vie très brésilien, à base d”alcool et de femmes. Ses deux années en Europe à la Fiorentina en ont été la parfaite illustration avec des prestations relativement médiocres. Le foot n’était qu’un jeu pour Socrates, un art comme la peinture ou la musique. Ce n’était pas son métier, mais plutôt un moyen d’exprimer son talent artistique selon lui. Décédé à cause de son alcoolisme, Socrates garde l’image d’un génial barbu au franc parler mais à la richesse humaine ultra développée.

Raï le capitaine

Après des débuts timides à Botafogo et Ponte Preta, Raï rejoint São Paulo et devient une pièce maîtresse du club paulista. Il restera six ans et 300 matchs avant de rejoindre la France et le PSG. Dans la ville lumière, le brésilien connaît une première saison timide dans l’ombre de Valdo avant de venir “Captain Raï”. Le meneur de jeu technique, intelligent, élégant fait son effet et sa classe naturelle fera de lui l’un des chouchous du Parc. Exemplaire de professionnalisme, ce qui n’était pas le cas plus jeune, Raï inspirait ses coéquipiers et surnageait quand les autres coulaient. Champion du monde avec le Brésil en 1994, il commença la compétition titulaire avant de céder sa place à Dunga pour la suite du Mondial.

Désormais naturalisé français, Raï s’est imprégné de la culture française qu’il admire. Fervent défenseur de la justice sociale et amoureux du style de vie français, Raï avait trouvé en notre pays son rêve parfait. Entre l’atmosphère culturelle, la gastronomie et l’art, Paris a permit au numéro 10 de mûrir et de s’enrichir intellectuellement. Cette expérience française à son sommet ainsi que les antécédents de son frère Socrates le pousseront à s’engager lui aussi dans des œuvres pour l’éducation des enfants.

Modèle de société

Cumulant plus de 500 buts à deux, Raï et Socrates sont deux personnalités du football brésilien. Des meneurs de jeu magnifiques, deux artistes du ballon rond mais surtout deux personnes à l’humanité très développée. Des exemples de professionnalisme se battant pour l’équité sociale et les droits de chacun. Leurs diverses expériences au cours de leurs carrières ont façonné ses deux personnages qui ne se sont pas cachés à la fin de leurs activités sportives. Il est très rare de voir un footballeur s’impliquer politiquement, mais lorsqu’il s’agit d’une fratrie, le combat est encore plus grand. Une histoire pleine de romantisme, digne d’un livre, pour deux joueurs au lien de sang et aux similarités dingues. Ils avaient dix ans d’écart mais au final, n’avaient-ils pas dix ans d’avance sur leurs temps respectifs ?

Retrouvez l’article d’hier en cliquant ici.

Crédit photo / The Mirror



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