Il est devenu une légende au Mexique, pays où il évolue depuis 2015 avec les Tigres. À 35 ans, le Français André-Pierre Gignac a soulevé la Ligue des champions CONCACAF avec son club dans la nuit du 22 décembre 2020. Ce sacre permet à son équipe de remporter cette compétition pour la première fois de son histoire. Toutefois, la route a été parsemée d'embuches : finales perdues, arbitres corrompus, les faits ne manquent pas. De la réserve de Lorient jusqu'au Mexique en passant par l'Olympique de Marseille, gros plan sur celui qui ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. 

 

Gignac et l'OM, une belle histoire d'amour 

Il n’y a pas d’histoire d’amour sans un Roméo et une Juliette. Pas d’histoire de cœur sans sentiment. En signant à l’Olympique de Marseille le 20 août 2010, André-Pierre Gignac ne s’attend sûrement pas à faire naître un amour indélébile entre la ville, le club phocéen et ses supporters. Celui qui en parle le mieux est d’ailleurs un de ses entraîneurs de l’époque : Marcelo Bielsa. « Il ressemble à la ville et l’Olympique de Marseille se reconnaît en lui et l’aime. Ils sont de la même race, ils transforment la rébellion en grandeur. » lançait Bielsa dans une lettre destinée à son attaquant et rapportée dans un épisode d’Intérieur Sport dédié à André-Pierre Gignac. Surtout que personne ne pouvait s’imaginer un tel succès.

Et pour preuve, avant de s’imposer au plus haut niveau, le natif de Martigues est passé par des clubs de plus petite envergure. Il enchaine des piges à Lorient (son club formateur) Pau puis Toulouse avant de rejoindre la cité phocéenne. Son contrat de cinq ans lui permet alors de découvrir les compétitions européennes et le haut de tableau du championnat.

En 2012-2013, ses huit buts en première partie de saison permettent à Marseille de réaliser son meilleur début de championnat. Les Phocéens termineront à la deuxième place et “Dédé” meilleur buteur du club. Les supporters commencent à l'adouber, ses buts sont de plus en plus ovationnés. La saison suivante, rien ne va plus pour l'OM. Un zéro pointé en Ligue des champions, une sixième place en Ligue 1 et aucun ticket européen décroché pour l'année suivante. Une première dans l'histoire du club. Pour autant, Gignac devient un cadre du vestiaire, inscrit toujours plus de buts et voit son nom scandé de plus en plus fort au Vélodrome. Les deux ans qui suivront seront identiques : un joueur décisif, aimé de tous et qui est fier de porter le maillot olympien. Comme prévu dans son contrat, son aventure s'arrête en 2015 et sa future destination est très exotique.

Foot OM - Gignac estime que Gignac vaut l'équipe de France ...
Sous les couleurs olympiennes, Gignac s'est fait connaitre à l'international. (Crédits : Foot01)

Destination les UANL Tigres 

Une fois son contrat expiré à l'OM, plusieurs cadors européens ont voulu attirer Gignac. “Des tops clubs allemands et anglais” révèle-t-il dans l'émission Intérieur Sport de Canal+. Finalement, son choix se porte vers le Mexique et le club de UANL Tigres. Il devient alors le premier Français à évoluer dans ce championnat depuis Amara Simba en 1996. “Je ne sais pas pourquoi, dès que j'ai rencontré les dirigeants, j'ai été attiré” renchérit André-Pierre Gignac. Son premier match est déjà une réussite. En demi-finale de Copa Libertadores 2015 face aux Brésiliens de l'Internacional, Gignac inscrit son premier but sous ses nouvelles couleurs et envoie les Tigres en finale. Malheureusement, son équipe s'inclinera en finale face à River Plate (0-0, 3-0).

Gignac ne se cache pas. Après cinq années passées dans son club de cœur, l'Olympique de Marseille, un renouveau était nécessaire. L'envie de découvrir un nouveau pays, un nouveau championnat devenait trop forte. “Je serais capable d'aller au pôle nord pour jouer au football” annonce-t-il à la chaine cryptée qui lui a dédié un reportage. Les vidéos vues sur Internet l'ont convaincu : l'ambiance en Amérique du Sud est trop tentante, Gignac s'envole alors au Mexique, sans se douter qu'en quelques mois, il en deviendra une icône absolue.

 

Une légende au pays d'El Chapo 

Au fil des années, André-Pierre Gignac s'aguerrit et gagne le cœur des supporters. Dès sa première saison, il inscrit 35 buts en 62 matchs toutes compétitions confondues. Rapidement, il enchaine les performances de haute volée, sa place de titulaire est incontestable. L'année suivante n'avait même pas commencé que Gignac se prenait la tête à deux mains. Lors de l'Euro 2016 en France, il rentre en jeu lors de la finale à 10 minutes du terme. Et l'ancien Marseillais venait toucher le poteau en toute fin de match avant de voir les Portugais inscrire un but. Toutefois, cet évènement ne le traumatise pas et Gignac se reconcentre sur le championnat mexicain.

Ses performances s'améliorent lors de sa deuxième saison, Gignac commence à se faire un nom. Le Français devient alors le joueur le mieux payé du championnat mexicain, devant les stars locales. Sa précision devant le but fait lever les foules. Sans conteste, Gignac est le meilleur buteur des Tigres avec 145 réalisations en cinq ans, soit une moyenne de 29 buts par saison. À 35 ans, ses performances méritent d'être mises en avant.

Dans l'antre de l'Estadio Universitario, le stade des Tigres de Monterrey, André-Pierre Gignac est adoré de tous. À chaque frappe, chaque but ou chaque remplacement, son nom est scandé par les 40 000 spectateurs qui affluent en moyenne lors des rencontres. Ses gestes spectaculaires font lever les foules. En témoigne ce but face au Pumas en championnat. Déjà buteur sur penalty, le Français tente avec audace un retourné acrobatique qui termine au fond des filets. La foule est en extase. Les commentateurs aussi d'ailleurs. Et pour remercier ce public, Gignac se laisse facilement approcher par les supporters. Souvent qualifié de “Dieu“, il fait désormais vibrer toute une ville, et même tout un pays.

 

 

Un titre conquis avec envie et abnégation 

En cette fin d'année 2020, la consécration arrive enfin pour les Tigres et André-Pierre Gignac. Après trois échecs consécutifs, le club soulève pour la première fois de son histoire la Ligue des champions CONCACAF. La finale de Copa Libertadores perdue en 2015 a marqué les esprits. En effet, l'année suivante, les Tigres atteignent de nouveau la finale et sont opposés à un autre club mexicain : le Club América. L'équipe de Gignac s'inclinera lors des deux matchs (la finale se jouant sur deux rencontres) mais le Français inscrira toutefois un but. Simple coïncidence ou réelle influence mais lors des deux affrontements, Gignac affrontera un certain Dario Benedetto, alors joueur au Club América et qui évolue aujourd'hui… à l'Olympique de Marseille !

Et le malheur ne s'arrête pas là. En 2019, les Tigres seront dominés en finale par leurs rivaux de Monterrey. Une nouvelle fois, Gignac échoue au pied du graal. Mais sa force, son courage, son abnégation et le soutien indéfectible du public finiront par porter ses fruits. Mardi 22 décembre 2020, face au Los Angeles FC, les Mexicains vont enfin soulever le trophée grâce à André-Pierre Gignac. Le Français, buteur en fin de match permet aux siens de remporter cette compétition pour la première fois. Une véritable leçon de vie nous est donnée : ne jamais abandonner et toujours travailler. Parce que le travail paye. Gignac nous l'a prouvé et à 35 ans, il compte encore rester dans le monde du football quelques années.

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André-Pierre Gignac a inscrit le but décisif en finale de Ligue des Champions CONCACAF. (Crédits : Twitter CONCACAF)

 

Même compliqué et caillouteux, le chemin qu’a choisi André Pierre Gignac ressemble plus à l’autoroute des rêves. Les étapes n’ont pas toujours été simples mais force est de constater que partir au Mexique, est une décision excellente. Sommes nous au bout de nos surprises ? Ce qui est indéniable c’est que le tigre n’a jamais cessé de rugir…