C’est l’une des attractions cette saison en Serie A. Jeremie Boga illumine le championnat italien par ses prestations. Une saison époustouflante de l’international Ivoirien qui est tout sauf une surprise. Retour sur le conte de fée de l’éléphant en Emilie-Romagne.

Un diamant poli par De Zerbi

Lors de son arrivée en 2018, Boga est encore méconnue de l’autre côté des Alpes. Formé à Chelsea, club qu’il a rejoint à 12 ans, le natif de Marseille n’a pas su s’y imposer et a été contraint d’enchaîner trois prêts en trois saisons: Rennes (2015-2016), Granada (2016-2017) et enfin Birmingham (2017-2018). Recruté pour 3,5 millions d’euros avec un contrat jusqu’en 2022, Jeremie Boga découvre un nouveau championnat et doit s’adapter.  Une adaptation freinée par une blessure, quelques semaines seulement après son arrivée, qui l’éloignera des pelouses durant près de deux mois. Mais, l’ancien rennais ne désespère pas et son retour sur les pelouses est encourageant. Il inscrira un total de trois buts pour sa première saison en Italie.

À Sassuolo, Boga se trouve dans un environnement idéal. Le club est stable avec un projet cohérent. Évoluant dans l’élite depuis neuf saisons, Sassuolo assure chaque année son maintien aisément. Et les Neroverdi ont même obtenu une historique 6e place synonyme de Ligue Europa lors de l’exercice 2015-2016. Actuellement, ils sont 12e avec douze points d’avance sur la zone rouge. Autre critère important, le club met la jeunesse au cœur de son projet. Pour ses jeunes talents, Sassuolo est un véritable tremplin. De nombreux exemples viennent en témoigner : Sensi, Politano, Lirola ou encore Acerbi.

Pour Boga, l'élément essentiel est surtout Roberto De Zerbi. Le tacticien italien prône comme philosophie de jeu un football offensif, peu importe l’adversaire. Un dessein qui correspond parfaitement au style de jeu de l’ancien londonien. En intronisant Boga dans le couloir gauche (433 ou 4231), De Zerbi en a fait le véritable leader technique de Sassuolo. Tout en gardant son ADN de dribbleur, le franco-ivoirien se montre plus efficace et donc décisif aussi bien à la construction que dans le dernier geste. Dans une équipe joueuse qui procède aussi bien en attaques rapides qu'en attaques placées, Boga régale et surtout prend du plaisir.

D’autres progrès sont observables notamment tactiquement. Boga se montre plus intelligent dans son placement et son pressing. Le numéro 7 est très reconnaissant envers son coach: «C'est grâce à lui que j'ai autant mûri. Il me fait confiance, me laisse beaucoup de libertés offensives, mais il m'aide aussi beaucoup tactiquement».

La saison de l'explosion

À 23 ans, Jeremie Boga réalise sans contestation son meilleur exercice de sa jeune carrière. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : en 27 matches de Serie A, l’ancien Blues est à dix buts pour quatre passes décisives. Joueur qui tente le plus de dribbles cette saison en Italie (4,1/match), Boga terrorise les défenses adverses par sa fougue et sa facilité technique.

Il a clairement franchi un cap en se montrant régulier et performant peu importe l’adversaire et le contexte. Véritable leader technique de son équipe, le droitier Neroverde a inscrit de nombreux buts importants cette saison. Son plus marquant reste celui sur la pelouse de l’Allianz Stadium contre la Juve (2-2). Boga inscrira le but du 1-1 d’une sublime balle piquée sur la légende Buffon, rien que ça. Son dernier exploit remonte au week-end dernier contre l’Hellas (3-3). Débutant le match sur le banc, il rentre au retour des vestiaires et inscrira un doublé. Un mélange d’élégance et d’efficacité qui en fait l’un si ce n’est le meilleur ailier d’Italie cette saison.

Il y a quelques semaines, Sassuolo a racheté sa clause de rachat que détenait son club formateur. Un rachat estimé à environ 2,5 millions. Les offres pour Boga sont nombreuses et viennent en grande majorité d’Italie : la Roma, la Juve, l’Atalanta, les deux Milan, le Napoli. Justement, c’est le club de Campanie qui montre le plus grand intérêt. Les dirigeants napolitains souhaitent recruter l’Ivoirien pour l’après Callejon. Un profil qui plaît énormément à Giuntoli (directeur sportif) et surtout à Gennaro Gattuso. Des négociations qui tournent actuellement au ralenti. La raison principale est que le Napoli propose environ 20 millions d’euros et que Sassuolo trouve cette proposition insuffisante. Le club d’Emilie-Romagne demande au moins 30 millions d’euros.

Rester à Sassuolo est une hypothèse plausible. Le principal concerné n’est d’ailleurs pas contre cette idée. Dans un football où tout va vite, il est indispensable de confirmer sur plusieurs saisons. Sous contrat avec Sassuolo jusqu’en 2022, Boga ne doit pas brûler les étapes. Rester en Emilie-Romagne encore une saison est gage de sécurité. D’autant plus que Giovanni Carnevali, administrateur délégué du club, a déclaré au sujet des nombreuses rumeurs concernant des possibles départs : « Nous voulons construire, pas détruire ». Véritable ambition ou stratégie pour faire hausser les enchères?

Une chose est sûre, Boga ne doit surtout pas se précipiter. Et comme le disait si bien le célèbre groupe de sa ville natale “Petit frère veut grandir trop vite,  mais il a oublié que rien ne sert de courir”.