ENTRETIEN – Florian Brunet (responsable des Ultramarines) : “Nous savons que nous influons sur l’histoire de notre club et de notre tribune”

Récemment, Florian Brunet (responsable des Ultramarines) s’est exprimé sur la situation conflictuelle opposant les ultras bordelais à deux membres de la Direction girondine. Dans un podcast de plus de 40 minutes, il décrit le contexte et reproche un ensemble d’actions effectuées par ces deux personnes. Aujourd’hui, dans un entretien, il se confie de manière précise sur ses propos et nous livre les coulisses de ce conflit.

 


POUR CEUX QUI N’ONT PAS SUIVI – CONTEXTE

Ambiance conflictuelle entre le groupe des Ultramarines et deux membres de la Direction des Girondins de Bordeaux : Frédéric Longuépée, président délégué, et Antony Thiodet, directeur de la stratégie commerciale. 

Le groupe Ultramarines reproche très clairement une vision « trop commerciale et non centrée sur le sportif » de la part de ces deux membres de la Direction. Ces derniers auraient la volonté de développer une activité commerciale parallèle pour renforcer « la marque » des Girondins de Bordeaux. Une philosophie court-termiste qui ne convient pas aux UB87.

Frédéric Longuépée et Antony Thiodet sont deux membres intronisés par le fond américain GACP et King Street (sans tête ni nom) qui a pour objectif de rentabiliser rapidement

→ L’affaire de la billetterie accuse Antony Thiodet d’avoir volontairement bloqué l’achat de places au Virage Sud, dans le but de vendre des places plus chères, ailleurs.


 

« Est-ce que depuis le podcast enregistré, un contact a été intenté par Frédéric Longuépée, Antony Thiodet, ou les deux ?

Non. Aucun contact n’a été intenté par Frédéric Longuépée et Antony Thiodet depuis le podcast. Quand nous avions décidé de monter au créneau, après l’affaire de la billetterie, F.Longuépée a décidé de m’appeler à ce moment-là, un peu paniqué. Mais c’était trop tard. Il m’a appelé une fois, je n’ai pas répondu. Il m’a également envoyé un message, je n’y ai pas répondu non plus. Au final, il s’est réveillé quand nous avions décidé de rentrer en “guerre”. Mot qui, évidemment, est une métaphore, car visiblement beaucoup de gens ont du mal à le comprendre. Pour A.Thiodet, nous le connaissons peu. Nous avions eu une réunion avec lui, très houleuse, où il avait osé dire que les gens ne venaient pas au stade pour 40€ mais pour 100€… Les contacts avec lui ont été rares et cela s’est très mal passé à chaque fois.

Est-ce que Joe Da Grosa, Hugo Varela, Eduardo Marcia ou encore Paulo Sousa ont personnellement réagi à vos propos ?

Paulo Sousa nous a longuement écouté. Pour Joe DaGrosa, Hugo Varela et Eduardo Macia, il n’y a pas eu de contact depuis Saint-Etienne. Ils ne sont visiblement pas à Bordeaux. D’ailleurs, ils n’étaient pas là au match, mise à part Eduardo Macia. Pour l’instant, c’est le calme plat.

« Ce sont des gens qui ne connaissent pas vraiment le football, et qui gèrent le football comme on gère n’importe quelle entreprise »

Connaissez-vous l’état d’esprit de Paulo Sousa à propos de ce contexte tendu entre Frédéric Longuépée, Antony Thiodet et vous, le groupe Ultramarines ?

Concernant Paulo Sousa, nous avons discuté avec lui par l’intermédiaire d’un interlocuteur. En réalité, il se situe entre les deux. Il comprend tout à fait notre problématique mais c’est compliqué pour lui de s’en mêler. De toute façon, dans ses déclarations, ce n’est pas nous qu’il incrimine. Il regrette la situation, et nous sommes totalement d’accords avec lui. Ce n’est pas normal d’en arriver là. Mais après il ne fait aucun jugement. Il espère juste que l’on va rapidement repousser l’équipe.

Ne craignez-vous pas que, finalement, au-delà de F.Longuépée et A.Thiodet, le réel problème se situerait plus largement sur cette « nébuleuse financière » (GACP et King Street), partie intégrante majeure du board girondin ?

Alors déjà… le « board girondin », je ne vois pas trop ce qu’il a de girondin ce board…! Il y a un problème qui va au-delà de la philosophie de F.Longuépée et A.Thiodet. C’est la raison pour laquelle nous avions très mal accueilli l’arrivée de GACP et King Street. Il y a un énorme endettement et il n’y a pas de fond propre. Ils veulent seulement un rendement à court terme. Et pour cela, ils sont allés chercher des personnes avec ce profil (ndlr, Frédéric Longuépée et Antony Thiodet). Car en réalité, ces deux personnes ont eu de bons résultats financiers au cours de leur carrière. Mais le board n’a pas analysé que, derrière, ce n’était pas forcément des gens qui avaient laissé de très bons souvenirs. Ce qui ressort énormément des gens qui les ont côtoyés, c’est qu’ils sont très bons pour les chiffres mais beaucoup moins pour les relations humaines. Or, dans le football, les relations humaines sont très importantes. Notre rôle consiste à leur expliquer que leur philosophie n’est pas payante à moyen et long terme. Mais la vraie question c’est : est-ce qu’ils sont là pour du moyen et long terme ? Car aujourd’hui, F.Longuépée et A.Thiodet vendent un projet court-termiste qui se résume à développer les loges, faire venir les entreprises et faire du chiffre rapidement sans penser à la tribune populaire. Ils se sont complètement coupés de leurs racines. Alors cela, est-ce que le board l’avait vu venir ? J’en doute. Ce sont des gens qui ne connaissent pas vraiment le football, et qui gèrent le football comme on gère n’importe quelle entreprise. Mais il y a aussi la nécessité de connaitre les girondins, son contexte. Sauf qu’ils ne connaissent ni le football, ni l’histoire bordelaise. Ils ont fait une grande erreur : ne pas écouter ceux qui connaissent très bien le contexte bordelais et ceux qui connaissent aussi pas trop mal le football. A savoir, nous, par exemple.

« Ils se sont comportés comme des Parisiens avec leur complexe de supériorité qui prennent de haut les petits provinciaux écervelés »

Imaginons que vos actions aboutissent à un licenciement de F.Longuépée et A.Thiodet. Comment s’assurer que leurs successeurs ne soient pas également nommés en fonction, justement, de cette stratégie et philosophie commerciale « court-termiste » ?

On ose espérer qu’ils auront compris ! La caractéristique d’un président des Girondins de Bordeaux doit être dans la lignée de ce que l’on a connu jusqu’à présent. Il faut incarner la fonction, porter l’histoire sur ses épaules, avoir un minimum de caractère. Soit on est déjà un amoureux des Girondins, soit on le devient très rapidement et on l’exprime bien et avec force. Il doit parfaitement respecter la tribune populaire. On est central dans la vie du club, que cela plaise ou non. Nous avons 32 ans d’histoire. Nous sommes partie prenante de la vie du club. Nous sommes aussi importants que n’importe quel joueur : on rapporte des points, on crée un spectacle, on représente le club aux 4 coins de l’Europe. On se doit d’être pleinement respecté et écouté, et c’est la grossière erreur qu’ont fait F.Longuépée et A.Thiodet. Ils se sont comportés comme des Parisiens avec leur complexe de supériorité, qui prennent de haut les petits provinciaux écervelés. De toute façon, ce sera difficile de faire pire que ces deux personnages-là. On veut quelqu’un qui incarne pleinement les Girondins de Bordeaux.

Avez-vous pris votre décision concernant la suite des actions menées par les Ultramarines ? A quoi doit-on s’attendre ? Est-ce que le Virage Sud sera de nouveau fermé face à Dijon, ce soir ?

Oui, nous avons pris notre décision. Pour le reste… ce sera la surprise. Ce sont des stratégies qui sont très compliquées à mettre en place. Nous y sommes parfaitement habitués. C’est la vie d’une association d’ultras, d’être continuellement dans ce genre de combats. Aujourd’hui c’est contre F.Longuépée, et il y a un an, c’était pour montrer les dangers de la reprise du club. Ce qu’il se passera face à Dijon et Nantes a été mûrement réfléchi. Nous sommes arrivés à une unanimité. Nous sommes bénévoles et uniquement intéressés par l’intérêt du club et celui de la tribune populaire. Nous avons totalement conscience de notre responsabilité. Nous savons que nous influons sur l’histoire de notre club et de notre tribune. Toutes nos décisions ont des conséquences importantes et sont observées. Ces stratégies prennent énormément de temps et malheureusement les gens sont assez durs avec nous. Mais il faut faire confiance à notre sincérité et notre expérience.

« Ce que je veux leur dire, c'est de nous faire confiance, de nous suivre »

Au sein du groupe des Ultramarines, concrètement, comment se déroule une prise de décision telle qu’une fermeture du Virage Sud ? Comment s’effectue ce genre de choix ?

Il y a des réunions régulières suivant l’actualité. Le groupe est dirigé par un directoire de 30 personnes, qui représente toutes les générations du groupe. Ainsi, lors d’une réunion, on débat, on argumente, on analyse, on anticipe. On essaye d’arriver à une unanimité. Et ça a été le cas à propos de F.Longuépée. Nous nous sommes rendus compte que sa philosophie devenait dangereuse pour le club, et qu’il fallait intervenir.

Dans son communiqué de samedi dernier, le Club affirme être « ouvert au dialogue et ne peut que regretter le refus de certaines personnes de le poursuivre ». Comment réagissez-vous à cette déclaration ?

On rit jaune… De toute façon, F.Longuépée m’a appelé ou envoyé un message pour me voir uniquement lorsqu’il y avait le feu au lac. Quand il s’est réveillé, c’était trop tard. On ne discute pas avec quelqu’un dont on est déterminé à le faire partir du club. C’est fini pour nous. Nous n’accepterons plus jamais de reparler avec lui. Pour A.Thiodet, il a refusé de m’expliquer l’affaire de la billetterie et il m’a snobé. C’est désormais impossible de parler ou travailler avec lui.

Pour finir, qu’avez-vous à dire à la minorité de supporters qui considèrent que vos actions pénalisent l’équipe et nuisent au sportif ?

Qu’ils nous fassent confiance. Nous savons parfaitement que cela a handicapé l’équipe face à Saint-Etienne, et que ça va peut-être l’handicaper pour Dijon et Nantes. Mais là on parle de 130 ans d’Histoire, d’un club légendaire, de son âme, sa mentalité, son avenir, sa philosophie. Cela va bien au-delà de quelques matches. Nous sommes à une croisée des chemins : notre club deviendra-t-il un lieu de rencontre autour de petits fours pour peut-être voir un peu de football? Un club qui ne respecte pas son logo, son histoire, ses emblèmes, sa tribune populaire? Ou alors, est-ce que l’on continuera d’avoir un club qui a compris que sa tribune populaire fait partie de l’âme des Girondins? Le club des Girondins de Bordeaux est un vrai club populaire. Les gens qui aiment le club ne viennent pas des quartiers riches de la ville. D’ailleurs, nous avons pu le constater récemment. Les plus grosses ambiances se manifestaient lorsque les tarifs étaient très bas. L’essence-même des Girondins de Bordeaux, c’est ce peuple, cette modestie, ces étudiants, ces ouvriers qui aiment le club mais qui n’ont pas d’argent à mettre dans les places. Finalement, ce que je veux leur dire, c’est de nous faire confiance, de nous suivre. Et de faire attention aux critiques car elles font mal. »

 

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