Tout part de la citation d’une célèbre philosophe du XXe siècle : « Et si je t’avais dit combien je t’aimais mon frère et si on t’avait dit ne baisse pas les bras sur cette Terre. Et si… Tout simplement si. ». On a coutume de dire qu’avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille. Avec une séries d’uchronies, Wesport vous propose de refaire l’histoire du football si un élément perturbateur du ballon rond avait été différent.
Nous sommes le 28 mars 2017. La France reçoit l’Espagne pour un match amical. En pleine campagne de qualification pour le Mondial 2018, les finalistes du dernier Euro veulent faire plaisir à leur public. L’objectif est de construire une équipe compétitive afin de faire une belle Coupe du Monde dans un peu plus d’un an. Qui sait ? Didier Deschamps teste de jeunes joueurs tels que Corentin Tolisso ou Kylian Mbappé. Nous jouons la 48e minute et Antoine Griezmann ouvre le score pour faire exploser le public qui a pleuré le décès de Raymond Kopa en début de rencontre.
Néanmoins, l’arbitre est alerté et fait un geste peu connu sur le sol français. Il demande l’assistance vidéo. Pour la première fois en France, une délibération est requêtée par l’homme en noir. Après plusieurs secondes de flottement, l’arbitre annule le but pour une position de hors-jeu. Si la décision est justifiée, l’ascenseur émotionnel est un peu perturbant dans les tribunes. Il va falloir s’y habituer car ce genre de situation risque d’être de plus en plus fréquent.
On appellera cela « VAR ». Alors avant toute chose, on dit « LE VAR » ou « LA VAR » ? Demandons à Jamy de « C’est pas sorcier ».
Tout d’abord, « VAR » est l’acronyme de « Video Assistant Referees ». Pour franciser le terme, on peut parler d’ « AVAR » pour « Assistance Vidéo A l’Arbitrage ». Alors « VAR » est-ce masculin ou féminin ? Comme ça vient d’un terme anglais, il n’y a rien de défini. C’est « une » assistance, de « la » vidéo, cela voudrait dire que « VAR » devrait être féminin. Mais on demande l’aide à « un » autre arbitre, ce n’est pas la vidéo qui donnera le verdict humain de la procédure. Cela devrait être « Le » VAR. Mais le site de la FIFA parle de « LA » VAR. Alors, si la FIFA le dit… Donc pour être clair : « Le » Var est un département, « La » VAR est une demande d’assistance vidéo et « Benjaminpa » Var a une frappe de bâtard.
Discutée depuis de nombreuses années, la VAR n’est apparue qu’en décembre 2016 et n’est en Ligue des Champions que depuis février 2019 (désolé Pep Guardiola) et en Ligue 1 depuis 2018. Aujourd’hui, elle n’est pas encore en marche dans le championnat Anglais. Et si l’assistance vidéo avait été mise en place depuis plus longtemps ?
Et si la VAR avait déjà 17 ans ?
Nous sommes le 28 mars 2017. La France reçoit l’Espagne pour un match amical. En pleine campagne de qualification pour le Mondial 2018, les finalistes du dernier Euro veulent faire plaisir à leur public. L’objectif est de construire une équipe compétitive afin de faire une belle Coupe du Monde dans un peu plus d’un an. Qui sait ? Didier Deschamps teste de jeunes joueurs tels que Corentin Tolisso ou Kylian Mbappé. Nous jouons la 48e minute et Antoine Griezmann ouvre le score mais le public et les joueurs regardent directement l’arbitre avant d’exulter. Doute fondé puisque l’arbitre demande la VAR. Le but est justement refusé. Le match reprend.
Cela fait désormais 15 ans que la demande d’assistance vidéo existe. Les premières années, les supporters avaient continué de célébrer les buts dès que le ballon traversait les filets. Les plus pointus continuaient de jeter un coup d’œil vers l’arbitre de touche et son drapeau pour un éventuel hors-jeu. Mais à force d’exulter pour un but refusé quelques minutes plus tard. Pire, à force d’exulter pour un but marqué et ré-exulter pour une validation de but. Les mentalités au football ont changé. Cela fait 17 ans et la VAR est devenu un fait de jeu « normal » dans le football. On n’exulte que quand le panneau d’affichage indique « but accepté ». On n’applaudit plus le cuir du ballon mais le souffle dans le sifflet de l’arbitre.
Les idées ovales
En 2001, le rugby met en place l’assistance vidéo pour l’arbitrage dans les compétitions internationales (puis dans le Top 14 5 ans plus tard). Très loin des régies multi écrans, l’assistance se résume à un arbitre isolé dans un Algeco à plusieurs mètres qui regarde des images proposées par un diffuseur TV (et donc potentiellement chauvin). Outre le côté industriel, le football trouve cette idée ingénieuse.
On diffuse de plus en plus de football à la TV, alors pourquoi ne pas se servir de ces images et des avancées technologiques pour réduire le nombre d’erreurs des arbitres ? Président de la FIFA, Sepp Blatter demande officiellement à ses équipes de prendre en charge un projet pour la mise en place d’un tel dispositif. Un peu réticent, Blatter sonde les différents directeurs des fédérations continentales. Président de l’UEFA, Lennart Johansson, son ancien rival à la présidence de la FIFA en 1998 et futur président du comité de l’organisation du prochain Mondial, donne son feu vert. Un proche de Blatter continue de lui dire qu’il s’agit d’une très mauvaise idée. Dans le même temps, l’ancien international français, Michel Platini fait une sortie médiatique remarquée organisant une fronde contre le « bricolage vidéo ».
Le prochain Mondial se jouera au Japon et en Corée du Sud et sera le bijou de Johansson. Quitte à expérimenter autant le faire sur la plus grande scène mondiale. Si cela devient un fiasco, cela aurait un effet couperet pour Lennart Johansson. C’est donc décidé, la Coupe du Monde 2002 sera guidée par l’assistance vidéo. La FIFA décide de nommer ce disposition « VAR » et indique que le terme est féminin.
Premier test concluant
L’incompréhension est totale durant la compétition mais les observateurs se rangent de plus en plus du côté de la VAR. L’utilisation la plus marquante fût lors du huitième de finale entre la Corée du Sud (l’un des hôtes) et l’Italie. Lors de la prolongation, Francesco Totti entre dans la surface et tombe. Dans un premier temps, l’arbitre Byron Moreno donne un second carton jaune à l’italien pour simulation. Cependant, dans l’oreillette on lui demande faire un arrêt de jeu pour le processus de la VAR. Après re visionnage des images, l’arbitre rappelle Totti et annule son carton. Ça discute énormément. Totti ne plonge pas mais il ne semble pas y avoir faute… Il n’y a donc pas penalty mais pas de simulation. L’Italie peut terminer le match à onze.
C’est pour ce genre d’erreur que la VAR a été adopté et la mission vidéo 2002 est un succès. Elle sera étendue aux campagnes européennes comme la Ligue des Champions dès 2004 puis la Ligue 1 en 2005. La présence de ce dispositif permet à plusieurs erreurs d’être évitées. Durant la Ligue des Champions 2004/2005, l’arbitre de PSV-Lyon a un doute sur une action litigieuse sur le lyonnais Nilmar…
Et donc, avec la VAR pendant la Coupe du Monde 2006 elle est une nouvelle fois utilisée lors d’un huitième de finale mettant en jeu l’Italie. Opposés à l’Australie, les italiens pensent obtenir un penalty à la dernière minute évitant une éventuelle séance de prolongation. La VAR permet à Monsieur Cantaejo de revenir sur sa décision et annuler le penalty. N’imaginons pas l’issue de ce match si l’Australie avait réussi à faire chuter le futur bourreau des Bleus en finale quelques jours plus tard…
Le scandale d’Henry et 2010
Le 18 novembre 2009, la France affronte l’Irlande en barrage retour pour la Coupe du Monde 2010. Vainqueur 1-0 à l’aller grâce à un but de Nicolas Anelka, les français sont menés sur le même score par les irlandais et vont jusqu’aux prolongations. Durant cette séance, Thierry Henry remet le ballon sur le terrain à l’aide de la main, passe le ballon à William Gallas qui égalise et qualifie l’Equipe de France pour le Mondial sud-africain.
Nous jouons la 103e minute et le public du Stade de France est en feu ! Les Bleus vont aller à la Coupe du Monde. Mais l’arbitre fait un signe rectangulaire et demande la consultation du VAR… euh de la VAR. Le public retient son souffle. Devant leur TV, les français le savent, le ralenti passe une vingtaine de fois, la main est incontestable, le but va être annulé. La VAR fête sa septième année de présence mais le public dans les stades ne se méfie toujours pas…
L’arbitre revient sur sa décision et annule le but marqué par Gallas. Il reste une poignée de minutes à jouer et la qualification pourrait se jouer aux tirs au but… Une qualification pour un Mondial qui fera également grand bruit avec l’utilisation de cette VAR. A la 44e minute, Frank Lampard lobbe Manuel Neuer, le ballon frappe la barre et tape apparemment la ligne. Dans un premier temps, l’arbitre ne siffle pas but. Les supporters anglais ont l’impression de revivre le « scandale de Hurst » en 1966. Mais, l’arbitre est alerté dans l’oreillette que le ballon a franchi totalement la ligne de but. Les allemands menaient 1-0, les anglais égalisent donc.
Cela éviterait une cinglante défaite des anglais face aux futurs troisièmes de la compétition. Dans la vie réelle, les allemands iront jusqu’en demi-finale après avoir battu l’Angleterre (4-1) et l’Argentine (4-0). Mais avec ce but de Lampard tout aurait été différent. Nous sommes donc aujourd’hui en 2019 et l’assistance vidéo souffle sa dix-septième bougie dans le football.
Mais tout ceci n’est qu’uchronie. La VAR n’a « que » 3 ans. On dit toujours « La » VAR et « petit pain » (au diable « chocolatine » ou « pain au chocolat »)… Mais tout aurait été différent si la VAR avait aujourd’hui 17 ans d’existence.
(Crédit photo : L'Equipe)