“Et si …” : L’arrêt Bosman n’avait pas existé

 

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Tout part de la citation d’une célèbre philosophe du XXe siècle : « Et si je t’avais dit combien je t’aimais mon frère et si on t’avait dit ne baisse pas les bras sur cette Terre. Et si… Tout simplement si. ». On a coutume de dire qu’avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille. Avec une séries d’uchronies, Wesport vous propose de refaire l’histoire du football si un élément perturbateur du ballon rond avait été différent.

Nous sommes en juin 1990. Le contrat qui lie Jean-Marc Bosman, milieu offensif belge, au RFC Liège prend fin. Il décide alors de s’engager avec l’USL Dunkerque. Cependant, à l’époque, une indemnité de transfert peut être demandée au nouveau club même si le joueur est fin de contrat. Le club nordiste refuse de verser le moindre centime de franc belge. Jean-Marc Bosman décide alors d’entamer une action en justice contre le club de Liège. Bosman veut absolument aller à Dunkerque pour son climat tropical et son carnaval. 

Suite à cette action, deux points sont discutés : l’indemnité réclamée pour un joueur en fin de contrat et le quota de joueurs étrangers européens dans un club. A l’époque, les clubs ne pouvaient ne pas avoir plus de trois joueurs étrangers venant du vieux continent.

Ce litige va déboucher vers un séisme dans le monde du football. En 1995, la justice officialise l’ « arrêt Bosman ». Ce dernier conteste la réclamation d’indemnités pour un joueur en fin de contrat, mais surtout le point des quotas. La cour de justice de l’union européenne considère qu’il est contraire à l’article 48 du traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs entre les Etats membres. 

A partir de cet arrêt, les clubs européens peuvent compter un nombre illimité de joueurs de l’Union Européenne dans leurs effectifs. On pourra donc avoir, par exemple, une équipe anglaise (Chelsea, exemple choisi totalement au hasard) alignant onze titulaires sans le moindre anglais.

Conséquence : le marché des transferts a flambé. Là où des clubs étaient plutôt réticents à recruter « étranger » car un seul petit fiasco pouvait leur griller une place dans le trio, là on peut recruter à gogo. On a coutume de dire que le football, c’était mieux avant, comme le rap français.

Honneur aux riches

Les clubs qui brillent ne sont plus forcément ceux qui forment le mieux mais ceux qui paient le plus. Les premières conséquences de l’effet Bosman se font ressentir au mercato 1997. Le quota « étranger » peut être utilisé pour des extra-communautaires. A ce jeu, ce sont les brésiliens les plus prisés : Juninho Paulista signe à l’Atlético de Madrid pour un peu moins de vingt millions d’euros, Sony Anderson s’engage au FC Barcelone, Rivaldo le rejoint ensuite. Ronaldo part à l’Inter Milan pour 30 millions d’euros.

En France, le PSG signe l’italien Marco Simone de l’AC Milan ainsi que Florian Maurice de l’Olympique Lyonnais. Milan signe Ibrahim Ba de Bordeaux. Au-delà des transactions qui ressemblent à un jeu de chaises musicales, ce sont les gros prix qui choquent.

Le millionnaire Massimo Moratti aligne les billets et recrute Christian Vieri de la Lazio pour 46 millions d’euros. En deux ans, les interistes dépensent presque 80 millions d’euros sur deux joueurs. C’était inconcevable avant Bosman. Moratti sera imité par Abramovitch à Chelsea et Florentino Perez au Real Madrid. C’est la guerre des gros sous ! Le Real Madrid construit son équipe de Galactiques avec Luis Figo, Zinedine Zidane, Ronaldo, Roberto Carlos et David Beckham pour ne citer qu’eux.

Bien des années plus tard, le PSG voit le Qatar entrer dans ses comptes bancaires. Sans l’arrêt Bosman, tout ceci n’aurait pas pu être possible. Les clubs français seraient composés quasiment uniquement de joueurs français. Kostas Mitroglou aurait eu peu de chance de porter le maillot marseillais.

Et si… Dunkerque s’était fait racketter ?

Et si Dunkerque avait payé la centaine de milliers d’euros à Liège et que l’arrêt Bosman n’avait été acté ? Alors, oui, on part sur un truc totalement surréaliste. Si la sonnette d’alarme n’avait pas été émise par Jean-Marc Bosman en 1990, il est fort à parier qu’elle l’aurait été par un autre joueur durant les vingt années qui nous sépare de cette révolution. Il est inconcevable de se dire qu’en 2018, on en serait encore à des règles moyenâgeuses. Mais admettons…

L’arrêt Bosman a donc pris effet en 1995. A l’époque, dans le top 20 du Ballon d’Or, onze jouaient dans un club de leur pays. L’année suivante, cette stat retombe à 5 sur 20. 6 sur 20 en 1997. 4 sur 20 en 1998. Lors du dernier Ballon d’Or, dans le top 20 seuls Isco (Real), Kane (Tottenham), Mbappé (PSG), Sergio Ramos (Real) et Buffon (Juventus) faisaient partie de ces exceptions.

Sans l’arrêt Bosman, Cristiano Ronaldo pourrait encore jouer au Sporting, Lionel Messi au River Plate, Neymar à Sao Paulo ou encore Lukas Modric au Dinamo Zagreb.

Des coups d’éclat plus risqués

Alors, ce n’est pas totalement vrai. Puisqu’avant l’arrêt Bosman, des joueurs brésiliens et argentins pouvaient jouer en Europe, mais il fallait entrer dans les quotas. Un jour ou l’autre, Messi serait venu sur le vieux continent, tout comme Neymar, mais pas aussi jeunes. Ou bien, ils auraient opté pour un long séjour dès le plus jeune âge pour une naturalisation européenne.

Cependant, sans Bosman il y aurait moins d’écarts entre « gros » clubs acheteurs et « petits » clubs formateurs. En novembre dernier, le CIES publiait un classement dénombrant le total de joueurs évoluant dans le Top 5 des championnats européens selon leur clubs formateurs. Le Real Madrid arrive en tête avec trente six joueurs, suivi par l’Olympique Lyonnais avec 35 joueurs. Le Stade Rennais est également très bien classé.

Ce révélateur peut éventuellement montrer quelles équipes auraient pu se débrouiller sans transfert, juste en se servant de leur centre de formation. On peut donc imaginer une grosse équipe lyonnaise avec Hugo Lloris, Samuel Umtiti, Corentin Tolisso, Alexandre Lacazette, Anthony Martial, Nabil Fékir ou encore Karim Benzema.

Alors, oui, le centre de formation du Real, du FC Barcelone deviennent performants selon les masterclass de l’équipe fanion. Il est difficile d’imaginer quel aurait été l’avenir des Merengues sans leurs Galactiques. L’avenir des Blaugrana sans Messi. Les deux clubs ont connu de grandes heures avant ces périodes et l’auraient surement été sans.

Il est presque sûr que des clubs comme Manchester City ou encore Chelsea n’en seraient pas à ce niveau sans l’arrêt Bosman. Au contraire, on peut imaginer que des équipes comme Bilbao, le Sporting Portugal, le Dinamo Zagreb, l’Ajax, le Dynamo Kiev, le Partizan Belgrade ou encore le Sparta Prague pourraient avoir une meilleure place dans le top européen.

CR7 à l’OL ?

Imaginons le destin de certains joueurs sans cet arrêt Bosman. Il aurait difficilement imaginable que David Beckham quitte l’Angleterre, surtout pour un Real Madrid Galactique en 2003. Il est donc concevable de penser qu’il fasse une carrière à Manchester United à la Francesco Totti. Mais pour cela, le Spice Boy aurait dû régler ses problèmes avec Sir Alex Ferguson en 2003. Après vingt années chez les Red Devils, David Beckham aurait pris sa retraite en 2013. Mais aurait-il pu cohabiter avec un autre numéro 7 star de MU arrivé IRL en 2003, Cristiano Ronaldo.

Le portugais avait été recruté à MU pour remplacer Becks. Dans cette réalité alternative, il serait compromis de voir Manchester mettre une option sur le portugais alors qu’ils ont encore Beckham. Le non-arrêt Bosman pourrait donner une toute autre trajectoire à Ronaldo. Cela ne veut pas dire qu’il fera toute sa carrière au Portugal, mais il aurait pu signer dans un club en dehors du Portugal un peu moins huppé mais qui détenait une place d’étranger libre. L’Olympique Lyonnais qui le suivait et qui avait failli le faire signer IRL mais qui avait préféré Tony Vairelles aurait pu tenter le coup. Après, on sait tous que la nuque longue de Tony Goal est largement supérieure à la dentition du CR7 de l’époque.

Pensons également à des joueurs comme Andreï Chevchenko qui aurait pu faire la totalité de sa carrière en Ukraine, Thierry Henry à Monaco, Pavel Nedved au Sparta Prague, Ruud van Nistelrooy aux Pays Bas, Deco au Portugal, Zlatan Ibrahimovic en Suède, Fernando Torres en Espagne, Camel Meriem au FC Sochaux (ça, c’est pour le boss de WeSportFR), Edin Dzeko en Bosnie, Wesley Sneijder aux Pays-Bas, Marquinhos au Maroc etc…

Une Ligue des vrais Champions

Une compétition aurait également été différente sans cet arrêt Bosman : la Ligue des Champions. Sans club « riche », il est donc inutile de reformer la Coupe des Clubs Champions afin d’englober quatre clubs anglais, quatre clubs espagnols etc… Les clubs de « petits pays » seraient, au jeu de le formation de jeune, au même niveau que les cadors actuels.

Dans ce monde sans arrêt Bosman, Lukas Modric pourrait être l’élément clé du Dinamo Zagreb avec Mario Mandzukic et Ivan Rakitic. Imaginez un club belge comme le FC Bruges avec Kevin De Bruyne, Eden Hazard ou Thibaut Courtois. Imaginez une équipe slovène avec un Jan Oblak aux buts. Ou encore une très surprenante équipe de Cardiff avec Gareth Bale… Les remontada d’une certaine équipe n’auraient plus lieu face au Real ou Manchester mais contre le Slovan Liberec et le FC Sheriff Tiraspol.

Peut-être qu’en France, Antoine Griezmann ou Paul Pogba ne se serait pas exilés rapidement…Imaginons le maconais Griezmann rejoindre le centre de formation de l’OL. Imaginons les franciliens Paul Pogba et N’Golo Kanté porter le maillot du PSG. Imaginons si un joueur comme Abou Diaby avait continué à occuper les infirmeries auxerroises… 

Excepté pour l’édition 2004, depuis 1997 les finalistes et vainqueurs de la Ligue des Champions viennent des mêmes pays : Allemagne, Italie, Angleterre, Espagne. Avant cela, des clubs hollandais, serbes, roumains, portugais, suédois ou encore belge pouvaient se hisser en finale, voire soulever la coupe aux grandes oreilles.

L’arrêt Bosman a mis fin à ces belles épopées et a ouvert le bal du club select réservé aux riches clubs. Tout ceci n’est qu’uchronie. L’arrêt Bosman est passé. Nous avons droit des transferts qui dépassent l’entendement, des clubs acheteurs pillant des clubs formateurs, les mêmes équipes en Ligue des Champions. On parle même d’une Super Ligue Européenne qui annonce de plus en plus le fantasme d’une ligue européenne fermée. Apparemment, 2050 a énormément d’avance… Mais tout aurait été différent si l’arrêt Bosman n’avait jamais été prononcé.

(Crédit photo : La-Croix)

 

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