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Tout part de la citation d’une célèbre philosophe du XXe siècle : « Et si je t’avais dit combien je t’aimais mon frère et si on t’avait dit ne baisse pas les bras sur cette Terre. Et si… Tout simplement si. ». On a coutume de dire qu’avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille. Avec une séries d’uchronies, Wesport vous propose de refaire l’histoire du football si un élément perturbateur du ballon rond avait été différent.

Nous sommes le 17 décembre 2001. Le board du CS Sedan Ardennes est en pleine discussion. Doté d’un nouveau centre de formation, le CSSA veut miser sur la jeunesse. Le recrutement de joueurs « laissés sur le carreau » afin d’aligner une équipe première performante n’est pas une solution pérenne. Les Sangliers veulent s’appuyer sur de jeunes joueurs formés dans les Ardennes. Ils ne le savent pas encore mais quelques années plus tard, ils formeront des joueurs comme Ismael Traoré (aujourd’hui à Angers, passé par Brest), Damien Tiberi (passé par Ajaccio, Laval, Bastia et Grenoble) ou encore Stanislas Oliveira (aujourd’hui à Quevilly, passé par Boulogne et Strasbourg).

Le board se focalise sur plusieurs profils et décide de ne pas miser sur certains jeunes. Parmi les jeunes pousses passées au crible, un jeune milieu gauche venu de Schiltigheim. Fils d’un ancien professionnel, le jeune Matthieu ne fait pas l’unanimité. Ce dernier apprendra la mauvaise nouvelle quelques jours plus tard. Il en faudra plus pour décourager le jeune lycéen qui choisira une autre « voix ».  

Un an plus tard, il décide de se présenter à un casting de télé-croché ouvert uniquement aux majeurs. Agé de dix-sept ans, il falsifie sa carte d’identité, et ça passe crême. Le jeune milieu gauche se nomme Matthieu Tota. Il se fera connaitre quelques années plus tard en tant que « Matt Pokora » puis « M. Pokora ». Il engrangera des disques d’or, de platine, de diamant, des NRJ Music Awards à gogo et même un Ch’ti Award (alors là, ça se passe de commentaire…). On ne va pas énumérer la carrière du chanteur, pour cela Wikipedia ou votre petite sœur peut s’en charger (ou petit frère ou frère/sœur non-binaire).

Et si.. M. Pokora avait été footballeur ?

On a tous en tête le nom d’un ami qui nous a dit un jour « j’ai failli être professionnel, mais je me suis fait les croisés (t’es sûr que tu ne parles pas de la marque de fromage ??) ». A l’époque, ils pensaient être comme Ronaldo, aujourd’hui ils ont atteint leur objectif car ils ressemblent physiquement au brésilien Ronaldo de 2019. On a tous également en tête le nom d’un artiste qui se pavane dans la presse en indiquant qu’il avait un bon niveau de footballeur mais qu’une blessure ou qu’un choix de carrière les a éloignés du ballon rond (coucou Sefyu et Koolshen). M Pokora fait partie des artistes qui auraient pu avoir un autre avenir si leur destin footballistique avait été différent. Alors imaginons…

Nous sommes donc le 17 décembre 2001. Le board du CS Sedan Ardennes est en pleine discussion. Doté d’un nouveau centre de formation, le CSSA veut miser sur la jeunesse. Le recrutement de joueurs « laissés sur le carreau » afin d’aligner une équipe première performante n’est pas une solution pérenne. Les Sangliers veulent s’appuyer sur de jeunes joueurs formés dans les Ardennes. Ils sont posés juste devant la photo de Matthieu Tota. A l’époque, Matthieu n’a pas encore les cheveux blonds et la barbe. Il a le collier (pas comme Robert Hue) et ressemble à un membre du groupe Nsync (ou 2be3 pour les français). Le board réfléchit longuement. Le directeur du centre de formation veut lui laisser une chance.

Il est milieu de terrain, il joue à gauche. Il pourrait devenir le remplaçant de Philippe Celdran d’ici quelques années. Le CSSA décide de lui laisser une chance afin qu’il puisse vivre le jour qui se rêve. L’année suivante, Matthieu Tota poursuivra sa formation et participera à une rencontre de Gambardella face à Arras (défaite 1-0). Les observateurs voient en lui un bon joueur. Il ne sera pas forcément titulaire en équipe première les prochains mois mais il peut rendre de bons services.

L’équipe première, justement, pointe à une dangereuse dix-huitième place de Ligue 1 après trente journées et pourrait retourner en Ligue 2… Dans le cadre de la trente-et-unième journée, les Sangliers se déplacent au Parc des Princes pour y affronter le PSG. A la surprise générale, Dominique Bathenay décide de convoquer le jeune Tota.

Matthieu verra les siens s’incliner 2-0 avec des buts de Mauricio Pochettino et Stéphane Pedron mais connaîtra une magnifique expérience. Il était là pour mener la danse. Il a voyagé aux côtés de David Ducourtioux, Modeste Mbami, Pius Ndiefi ou encore le capitaine Eddy Capron. Tota retournera en équipe réserve et vivra, de loin, la descente du CSSA en Ligue 2.

La saison 2002/2003 parmi l’antichambre de l’élite, il la vivra, du haut de ses 19 ans avec l’équipe première. Il réalisera de bonnes performances, sans toutefois briller. Il ne pourra pas aider son équipe à retrouver la L1 car elle terminera cinquième. Le staff sedanais décide alors de le prêter une saison à Tours, en National.

Evolution à Tours

Chez les tourangeaux, il rejoint une équipe totalement renouvelée. Il fait partie de la dizaine de recrues. Il faut dire qu’à l’époque, l’équipe est miraculée. Repêchée en National malgré la descente, elle bénéficie des décisions défavorables de la DNCG à l’encontre de Martigues, le Racing Paris, Saint Priest et le dépôt de bilan d’Alès.

Durant cette saison, le TFC est tout proche de monter en Ligue 2 mais termine à la huitième place. Tota a l’occasion de progresser en apprenant aux côtés de Wilfried Niflore, meilleur buteur du club. Tota revient donc en 2005 à Sedan avec une vision différente du jeu.

Il faut dire que son année dans la Vallée du Cher l’a fait grandir. Il est l’un des principaux artisans de la  montée du CSSA en Ligue 1 à l’issue de la saison 2005/2006. Cette année-là, son entente avec Nadir Belhadj est l’atout majeur des sedanais. Sedan termine à la deuxième place du classement derrière Valenciennes. Quatre ans après s’être assis sur le banc au Parc des Princes, Tota va renouer avec la Ligue 1 mais en tant que titulaire indiscutable.

Avec vingt titularisations, Tota réalisera une saison quasi pleine mais ne pourra pas empêcher la nouvelle descente de Sedan en L2. Il aura vécu la dernière saison du CSSA parmi l’élite… Malgré tout, il a réussi à impressionner les observateurs. Son contrat avec Sedan étant terminé, il est contacté par plusieurs écuries durant le mercato estival 2007.

 

 

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La Ligue 1 puis l’exil

Parmi les intéressés, un club de Ligue 1 et quel club ! Pour rappel, Matthieu est le fils d’André Tota, ancien joueur professionnel. Cet attaquant a terminé sa carrière au RC Strasbourg. Et c’est justement ce club qui propose un joli contrat au fiston. Durant l’été 2007, le RCS officialise l’arrivée de Matthieu Tota.

Vous avez dit chat noir ? La saison 2007/2008 sera la dernière saison du RCS en Ligue 1 avant une longue et lente descente aux enfers (p#tain, dix ans !). Tota sera donc titulaire durant cette saison et commencera la suivante en Ligue 2. Cependant, Tota est vendu par les strasbourgeois durant l’hiver 2009 en Angleterre. Suite à une belle offre, c’est un club de quatrième division anglaise qui aura pour objectif de faire mieux que nous, français. Ils veulent que Matthieu Tota devienne un joueur important.

Là-bas, Matthieu Tota va apprendre à jouer au football sur des terrains abimés par le crachat anglais, mais va également se perfectionner dans la langue des frères et sœurs Spears (Shake et Britney). Dès la première saison, Tota fera monter le club de Gillingham en troisième division. Il trouvera l’amour aux bras d’une anglaise trouvée durant une soirée « Showbiz ». Elle n’est pas aussi raffinée que Christina Millian, c’est même plutôt l’inverse. Durant ses conversations, on entend plus de fois le mot « f#ck » que dans un album d’Eminem.

Sur le terrain, Matthieu Tota restera un an et demi dans le comté de Kent. Il se fera repérer par un ancien joueur de Grenoble, devenu entraineur de Brighton & Hove Albion, en troisième division. Ce dernier se nomme Gustavo Poyet et veut faire de Tota sa pièce maitresse. De plus, il a repéré que Tota avait un joli grain de voix et pourra lui chanter du Claude François. Deal !

Entre 2010 et 2012, Tota marchera sur la troisième puis la deuxième division anglaise. Les Seagulls termineront dixième de Championship alors que Matthieu voudra retourner en France. Après trois ans d’exil chez les Grands-Bretons, Matthieu Tota a une touche dans l’hexagone, en Ligue 1 qui plus est.

Retour en France

Il décide alors de s’engager pour deux ans avec l’Evian Thonon Gaillard qui sort d’une bonne saison 2011/2012 (neuvième de L1). Il rejoint donc un effectif composé de joueurs tels que Bertrand Laquait, Daniel Wass, Fabrice Ehret, Sidney Govou, Cédric Barbosa, Saber Khalifa et le capitaine Olivier Sorlin. Evian se sauve en terminant à la seizième place et ira jusqu’en finale de Coupe de France (perdu face à Bordeaux). Tota marque même durant ce match au Stade de France.

Tota reste donc la saison suivante à Evian avec pour objectif de maintenir le club en Ligue 1 afin qu’ils se stabilisent. Tota bat la malédiction des « dernières saisons en L1 » car il quittera l’ETG quatorzième de L1 et ne vivra pas le même sort qu’à Sedan et Strasbourg. Ses performances lui valent d’être remarqué par le Toulouse FC.

Le joueur approche la trentaine et confirme ce que disaient les formateurs du CSSA. C’est un bon joueur, pas extraordinaire, mais il peut rendre des services. Dans sa carrière professionnelle débutée en 2002, il a joué en Ligue 1, en Ligue 2, en National et en Angleterre. Avec Evian, il a enfin confirmé les bonnes performances du Tota 2005/2006. Mais avec Toulouse, il éclate. L’équipe toulousaine est à la peine mais Tota est l’une des seules satisfactions.

Il est l’un des fournisseurs préférés de Wissam Ben Yedder, huitième meilleur buteur de L1. Et comme une prise de multiprise branchée sur son propre bloc (je vous laisse quelques secondes pour imaginer cette scène), il marque lors du déplacement des Violets au Parc des Princes (défaite 3-1). Il marque également contre Lyon (victoire 2-1) et Marseille (défaite 6-1). Et comme d’habitude, la carrière atypique de celui qui aborde un tatouage « Pokora » (signifiant « humilité » en polonais) aime les mises en abime, c’est lors du match face à l’OM qu’il se fait remarquer par le staff marseillais.

A peine arrivé à Marseille suite au départ de Marcelo Bielsa, l’entraineur espagnol Michel souhaite faire signer Matthieu Tota. Il réalise une bonne saison mais à l’arrivée, un an plus tard, de Rudi Garcia en octobre 2016, il est cantonné au rôle de doublure. Dimitri Payet étant le nouveau maitre à jouer de Garcia, il pousse Tota vers la sortie, tout comme son ami Romain Alessandrini.

The American Dream

C’est justement ce dernier qui lui propose un « bon plan ». D’ici quelques jours, Alessandrini va signer en Major League Soccer, à Los Angeles. Il lui propose alors de vivre son rêve américain. Tota n’hésite pas une seule seconde et s’engagera, à trente deux ans, au Los Angeles Galaxy. Lors de sa présentation, il demande à ce que son maillot soit floqué au nom de « Pokora ».

Depuis, Matthieu « Pokora » Tota réalise de bonnes performances à L.A. Il y a même croisé un certain Zlatan. En parallèle du ballon rond, il a pu emprunter un autre chemin. Se faisant ami-ami avec des stars de la musique, il s’est lancé dans la chanson, avec un peu plus de succès qu’un autre sportif français, Tony Parker (balance, balance-toi, oh baby go).

Début 2019, des rumeurs disent qu’à 34 ans, il pourrait laisser sa carrière de footballeur de côté pour se consacrer au micro. Il raconte à la presse qu’à l’âge de dix-sept ans, il avait tenté de passer un casting pour un télé-crochet français. Pour y participer, il avait falsifié sa carte d’identité afin de faire croire qu’il était majeur. La production l’avait décliné. Et si… Matthieu Tota avait passé ce casting et était devenu chanteur ? Qui sait, sa vie aurait été tout autre. Peut-être qu’il aurait eu un Ch’ti Award…

Mais tout ceci n’est qu’uchronie. Matthieu Tota a été recalé du centre de formation du CS Sedan et est devenu M Pokora, chanteur à succès… Mais tout aurait été différent s’il était devenu footballeur.

(Crédit photo : FC Marseille)

 

 

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