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Génération QB 2021 : Trevor Lawrence, l’élu en eaux troubles

Le 29 avril dernier, cinq quarterbacks entendirent leur nom être prononcé par Roger Goodell lors du premier tour de la Draft NFL 2021. L’exercice actuel s’approchant peu à peu de son dénouement, l’heure est au premier bilan pour ces joueurs qui doivent incarner le futur de leurs franchises respectives. Cette semaine, début de notre série avec le joueur le plus attendu de la cuvée 2021, Trevor Lawrence.

De l’élite universitaire aux tréfonds de la NFL

L’arrivée en NFL de Trevor Lawrence se voulait être celle d’un sauveur pour une franchise en perdition dans le monde professionnel. Si le natif de Knoxville, Tennessee, arrivait avec un tel statut, c’est en grande partie grâce à ses prouesses à l’échelon universitaire. Prospect n°1 sur le plan national à sa sortie du lycée, il a dominé le College Football avec l’université de Clemson pendant près de trois années. Propulsé titulaire en 2018, il mena les Tigers jusqu’au titre national dès sa saison freshman, ne parvenant ensuite pas à réitérer l’exploit les deux années suivantes malgré une double qualification en playoffs et des saisons terminées dans le top 3 du ranking. Au final, Lawrence compila 10 098 yards, 90 touchdowns et 17 interceptions en trois ans, affichant un impressionnant bilan de (34-2) en tant que titulaire sans perdre la moindre rencontre en saison régulière. Autant dire que son arrivée en NFL était plus qu’attendue, et que presque tous les observateurs le voyait comme un talent générationnel capable de transformer le visage de n’importe quelle franchise.

Sans grande surprise, Trevor Lawrence fut le premier à entendre son nom lors de la grande cérémonie annuelle permettant aux joueurs universitaires de rejoindre la NFL. Deuxième joueur de l’histoire à être drafté avec le premier choix après avoir été le meilleur lycéen du pays (l’autre était Jadeveon Clowney, drafté en première position en 2014 par les Houston Texans, n.d.l.r), l’ancienne star de Clemson prit la direction de la Floride pour rejoindre les Jacksonville Jaguars. Dans cette franchise en pleine reconstruction, il retrouva l’ancien gourou universitaire Urban Meyer, décidé à faire le grand saut vers le monde professionnel après avoir connu de nombreux succès à Ohio State ou encore Florida.

Même si la situation des Jaguars ne présageait rien de bon pour les débuts de l’ancienne idole du monde universitaire, de nombreux observateurs espéraient apercevoir des flashs du potentiel supposément énorme du quarterback. Des ambitions un peu à l’image d’un Joe Burrow l’an passé avec les Bengals, pas aidé par des résultats en dent de scie d’une franchise et d’une attaque encore en rodage. Sur le plan collectif, l’arrivée de Trevor Lawrence et son influence peinent à se faire ressentir. Offensivement, l’attaque ne se classe que 31e de la ligue, avec une faible moyenne de 15,0 points par match, soit près de quatre points de moins que l’an dernier (19,1 pts/match) lorsque Gardner Minshew menait une attaque dirigée par Jay Gruden.

Collectivement, le bilan après treize semaines de compétition est à peine plus flatteur. En douze rencontres, Jacksonville s’est adjugé deux succès, soit déjà un de plus qu’en 2020. Néanmoins, ces victoires peinent à convaincre. La première victoire de la saison des Jaguars intervint en Week 6 face à des Dolphins en perdition (23-20). Bilan offensif ? 23 points inscrits, 319 yards dans les airs et 1 TD, pour un QB Rating de 93.4 de Lawrence. Sans être transcendante, ce match est à ce jour le plus propre de la saison du quarterback depuis son arrivée dans la ligue. Le deuxième succès fut glané trois semaines plus tard, dans un match loin d’être spectaculaire contre les Bills. Score final 9 à 6, avec seulement 119 yards à la passe et un rating de seulement 69.1 pour Trevor Lawrence. Des performances loin d’être convaincantes pour un joueur qui se cherche encore dans une attaque en difficulté.

Beaucoup de responsabilités, peu d’efficacité

Attendu comme un homme providentiel, Trevor Lawrence a, dès ses premiers pas en NFL, été considéré comme l’homme de base de l’attaque d’Urban Meyer. Depuis le début de la saison, Lawrence a tenté 426 passes, le plaçant 8e dans cette catégorie statistique en NFL. De plus, Jacksonville s’oriente vers une passe sur 61,64 % de ses jeux offensifs, un pourcentage plus faible que la saison dernière (66,20 %, plus haut pourcentage en NFL) mais qui place toujours les Jaguars parmi les dix franchises les plus tournées vers les airs en 2021. Ainsi, Trevor Lawrence est le jeune lanceur le plus exposé de la ligue, se retrouvant dans une situation de passe bien plus souvent que les autres rookies sur la position*. De quoi lui permettre de progresser et de s’adapter à son nouvel environnement, mais aussi de lui faire commettre plus d’erreurs et à rajouter de la pression sur ses épaules.

En effet, si Trevor Lawrence lance beaucoup, ou a minima se retrouve souvent en situation de passe, le n°1 de la dernière draft se montre encore très imprécis dans ses lancers et dans ses prises de décision. Tout d’abord, si Lawrence tente de nombreux lancers, il n’en réussit finalement que très peu en comparaison des autres joueurs à son poste, affichant seulement 58,0 % de passes complétées, avant-dernier pourcentage de la ligue seulement précédé par Trevor Siemian, titulaire avec les Saints lors de quatre rencontres cette année. Des passes ratées pas forcément influencées – au moins sur le plan théorique** – par les performances de sa ligne offensive ou de ses receveurs, ses taux de drops et de sacks subis étant dans la moyenne de la ligue.

Dans ses lectures, il y a également des choses à améliorer. Sur 426 passes tentées, Trevor Lawrence en comptabilise 99 considérées comme de mauvais lancers, soit 23,9 % de ses tentatives. Par rapport aux autres joueurs de la ligue, c’est le plus haut total et le second pourcentage le plus élevé. Même son de cloche pour les passes dites on-target, lancées sur le receveur, où Lawrence a le pire pourcentage (67,9 %) parmi les titulaires et le seul en-dessous des 70 %. Des statistiques pas forcément alarmantes pour un joueur de première année, à titre d’exemple Justin Herbert comptait de nombreux bad throws l’an passé et Josh Allen avait terminé sa campagne rookie avec 25,7 % de mauvais lancers en 2018, mais des défauts qui devront rapidement être corrigés.

*Dans les faits, les New York Jets consacrent près de 65,56 % de leurs jeux offensifs à des passes. Néanmoins, ayant manqué plusieurs rencontres, le rookie Zach Wilson a donc été moins en vue à la passe pour le moment que Trevor Lawrence.

** Si Trevor Lawrence n’est pas énormément sacké, il se classe tout de même dans le top 10 des quarterbacks ayant subi le plus de hurries, hits et pressures.

Le temps comme meilleur allié ?

Vous l’aurez compris, les débuts de Trevor Lawrence sont loin d’être aussi idylliques que ce qu’il aurait pu espérer le soir de la Draft 2021. Dans une franchise de bas de tableau, à des années lumières de l’armada de Clemson avec laquelle il évoluait et dominait à l’échelon universitaire, le joueur doit encore s’adapter au monde professionnel, et beaucoup de choses laissent penser que le futur ne pourra qu’être meilleur.

Tout d’abord, rien de mieux pour un joueur aussi jeune que d’acquérir de l’expérience lors de rencontres difficiles. Après avoir enchaîné les succès dans un programme habitué à rouler sur la plupart de ses adversaires, Trevor Lawrence après actuellement à perdre, ce qui doit le forger pour les années futures lorsqu’il sera enfin en mesure de jouer dans le haut de tableau. Dans des situations comme celles qu’il vit actuellement, le joueur doit pouvoir réagir et se comporter en leader pour porter son équipe. À l’heure où ces lignes sont écrites il commet encore trop d’erreurs, mais le temps l’aidera à en faire moins. L’expérience, comme dit précédemment.

Autre point où le temps ne peut être que son allié, l’évolution de l’environnement qui l’entoure. Cette saison, il joue pour un coach qui n’a connu que le succès à l’échelon universitaire et peine encore à s’adapter à la NFL, le tout dans un système assez différent des run-pass options dont il avait l'habitude en NCAA. Un mot également sur ses coéquipiers : Trevor Lawrence n’est pas mal entouré, mais tout est améliorable. Au sol, son ancien coéquipier à Clemson Travis Etienne, blessé, n’a pas disputé la moindre rencontre, et la révélation de la saison dernière James Robinson se retrouve trop seul. Dans les airs, DJ Chark n’a joué que quatre matchs, Laviska Shenault Jr. n’est pas un receveur n°1 et aucun tight-end n’est une solution viable pour le futur. De fait, le joueur ne presque envisager qu’une hausse du niveau de ses coéquipiers, surtout que Jacksonville risque d’avoir un nouveau choix de draft haut placé dès 2022 et aurait tout intérêt à l’investir pour mettre son quarterback dans les meilleures conditions.

Enfin, il faut tout simplement laisser Trevor Lawrence se développer. S’il était très attendu pour ses débuts en NFL, il n’a toujours que vingt-deux ans et aura besoin de plusieurs années pour devenir celui auquel il aspire devenir. En 2021, même au sein d’une équipe de bas de tableau, son statut lui a mis une pression monstre sur les épaules. Les saisons suivantes, s’il sera tout aussi attendu pour assumer son statut de future star et prouver qu’il peut être l’un des meilleurs joueurs de la ligue, il devrait être en mesure de gérer ladite pression qui pourrait tout de même être moindre que pour ses premiers pas. 2021 est un crash test qui ne restera pas dans les mémoires, mais Trevor Lawrence doit s’en servir pour voir les points sur lesquels il doit s’améliorer pour ensuite enfin s’affirmer comme un grand joueur.

Après treize semaines de saison régulière, le bilan de Trevor Lawrence pour sa saison rookie est loin d’être flatteur. Très attendu et élément moteur d’une attaque trop peu efficace, il commet trop d’erreurs, aussi bien dans ses choix que dans ses lectures. Si rien n’est alarmant, on peut d’ores et déjà dire que 2021 doit lui servir de base pour progresser dans les années à venir et enfin confirmer un potentiel énorme qu’il n’a pas (pu ?) exprimé dès sa première saison en NFL.

Crédit image en une : Getty Images


Louis Rousseau

Les mots "Minnesota Miracle" et "No-Call" sont rayés de mon vocabulaire. Mon cœur pleure la retraite de Drew Brees et la solitude de RJ Barrett au Madison Square Garden.

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