La journée d'hier était le théâtre de la troisième étape de ce Tour d'Italie 2021. Dans une étape que l'on pensait promise aux sprinters et éventuellement aux baroudeurs, un homme a fait étalage de toute sa science de la course et d'une résistance surhumaine lors des derniers kilomètres : Taco van den Hoorn. Le coureur de l'équipe Intermarché-Wanty Gobert Matériaux s'impose finalement dans un numéro au scénario digne d'Hollywood. Retour et analyse d'une victoire inattendue.
Un tracé qui semblait promis aux sprinters
On avait analysé hier le tracé de cette étape qui semblait sur le papier plutôt plane malgré trois difficultés mineures mais qui auraient pu être propices à des attaques ambitieuses par certains baroudeurs du peloton.
Dès les premiers mètres de course, sur un route détrempée, il faut du cran pour s'extirper du peloton dans une étape promise aux sprinters. C'est pourtant la volonté de sept coureurs qui se retrouvent en tête de la course, Lars van den Berg, Vincenzo Albaneze, Samuele Rivi, Simon Pellaud, Andrii Ponomar, Alexis Gougeard, Samuele Zoccarato et enfin Taco van der Hoorn.
L'avance des sept hommes de tête est réduite à moins de quatre minutes à l'approche de la première difficulté du jour et on pense alors au scénario très classique de ce genre d'étape avec un jeu du chat et de la souris remporté irrémédiablement par le peloton.

Une étape agitée et de vraies bosses
La première difficulté du jour, le Piancanelli, va s'avérer raide et propice aux attaques comme le démontre le très jeune Andrii Ponomar en attaquant à près de 70 km de l'arrivée, sans succès.

Les deux premières heures de course ont été très rapides avec une moyenne de plus de 46 km/h et déjà les premiers sprinters cèdent, une vraie surprise notamment pour l'Australien Caleb Ewan qui fait les frais d'un début de course supersonique. Alors que l'écart ne s'est pas réduit dans l'ascension le peloton se doit d'accélérer dans la descente avec le travail effectué par Bora-Hansgrohe pour son leader Peter Sagan.
Une tension croissante favorable à l'échappée
La vitesse décrite précédemment n'est pas sans conséquence sur la tension au sein du peloton notamment sur une route humide. Alors qu'on est sur le point de conclure la descente du Piancanelli pour le peloton, une chute importante se produit en milieu de peloton. Celui qui en fait les frais est le leader de l'équipe EOLO-Kolmeta, le sprinter italien Manuel Beletti qui semble souffrir en plein centre de la route.

Les frayeurs s'enchaînent à tous les niveaux de la course et la fougue d'Andrii Ponomar, lâché en fin d'ascension et qui tente de faire la jonction dans la descente, va lui faire très peur avec un virage avec très peu de maîtrise dans cette même descente où il passe très près de chuter.
Les difficultés s'enchaînent vite et le rythme ne tarit pas avec un peloton qui accélère, laissant sur le carreau de vrais prétendants à la victoire finale comme Dylan Groenewegen et Tim Merlier.
Un air néerlandais à Canale
Alors que les coureurs sont à moins de 30 ,km de l'arrivée, l'échappée commence à perdre certains de ses éléments comme le Français Gougeard qui lâche prise à 33 km de l'arrivée. Alors que la tête de la course franchit la dernière difficulté du jour, l'attaque de Simon Pellaud oblige le Néerlandais Taco van den Hoorn à réagir et un duo se forme avec une petite minute d'avance à 15 km de l'arrivée.
La réaction du peloton va se faire par des attaques individuelles comme celle du Français Tony Gallopin qui se fait rejoindre par Ciccone en chasse du trio de tête où l'Italien Zoccarato a rejoint le duo formé précédemment.

À 10 km de la ligne d'arrivée, le peloton n'arrive pas à revenir sur le duo de tête qui maintient et même augmente une avance qui se stabilise à 40 secondes. Les deux coureurs commencent alors à se regarder, le moment que choisit Taco van den Hoorn pour placer une attaque sur le plat qui distance rapidement Simon Pellaud. Le Néerlandais débute alors sa partition de soliste.

Le peloton est totalement désorganisé avec des équipes qui n'ont plus leur leader pour le sprint et c'est l'équipe Cofidis qui tente de revenir à moins de 7 km de l'arrivée alors que le coureur de l'équipe Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux compte une avance qui plafonne à une minute.
Intercalé, le duo Ciccone-Gallopin est proche de rentrer en revenant à moins de 25 secondes de l'homme de tête. Dans un final très sinueux, van den Hoorn termine un effort tout simplement impressionnant pour s'imposer alors que le peloton semble fondre sur lui et termine à quatre petites secondes.
Van den Hoorn profite de la désorganisation de Bora-Hansgrohe
S'il est compliqué d'analyser en profondeur cette étape, un constat est frappant : Bora-Hansgrohe est responsable d'avoir durci la course très tôt en travaillant pour leur leader Peter Sagan. Pourtant, dans les 20 derniers kilomètres, l'équipe de l'ancien champion du monde slovaque a disparu.
Ayant mis à l'épreuve un peloton qui a semblé émoussé dans le final de l'étape sans pouvoir revenir sur l'homme de tête, Taco van den Hoorn a profité d'un scénario presque unique en son genre dans un grand tour et a pu lever les bras, le visage surpris par sa performance de haut vol.

Rendez-vous ce mardi pour la quatrième étape de ce Giro entre Piacenza et Sestola pour un tracé de 187 km d'abord très rectiligne avant de s'élever à partir de Rossena pour atteindre la première difficulté du jour : Castello di Carpineti. L'arrivée est très propice aux puncheurs ou même à une première explication entre les favoris avec le très raide Colle Passerino qui devrait faire beaucoup de dégâts.
Crédit image en une : Keystone