Grande Rougadore #10 : Emiliano Sala

 Mès que un Grande Rougadore cette semaine. Actualité oblige, notre homme du week-end se devait d’être Emiliano Sala. De par le joueur qu’il était, de par les hommages qui se sont multipliés ces derniers jours, de par son destin tragique, aussi. Une fois n’est pas coutume, Sala n’a même pas eu à marquer, ni même à jouer, pour être mis à l’honneur dans notre rubrique. Non, pour y apparaître, il a fallu qu’il disparaisse, et on s’en serait bien passé.

S’il n’en restait qu’un. Et si le seul, le vrai Grande Rougadore, c’était lui. L’essence même du joueur à la dégaine atypique, mais si précieux dans chaque club par lesquels il est passé. Attaquant phare du FC Nantes, Emiliano Sala était parti pour relever un nouveau défi : celui d’aider Cardiff, mal en point en Premier League, à se relever et à se maintenir.
Quelle évolution !  Du statut de buteur parfois maladroit et moqué, il était passé à celui de sauveur, attendu pour relancer une attaque en berne de l’autre côté de la Manche (1 but marqué sur les 6 derniers matches).
Révélé à Orléans puis à Niort, l’Italo-argentin n’est jamais parvenu à s’imposer dans son club d’origine, les Girondins de Bordeaux, et a finalement rejoint Nantes il y a deux ans et demi, avec qui il a mis 36 buts en Ligue 1. Devenu indésirable cet été, Sala était destiné à quitter Nantes. Faute d’accord, le bail entre lui et les Canaris s’est prolongé de six mois. Une période dont il a profité pour devenir un joueur essentiel de la première moitié de saison nantaise, et s’offrir le titre de meilleur buteur argentin en Europe, devant Léo Messi, le temps de quelques mois. Et cet hiver, rebelote, les médias ont à nouveau parlé d’un départ du meilleur buteur du club. Les supporters nantais regrettaient déjà sa grande carcasse, c’est finalement toute la Ligue 1 qui pleure un de ses joueurs emblématiques.

Un morceau de la Ligue 1 disparaît

Emiliano Sala, c’était l’antistar du foot. Ne comptez pas sur lui pour dribbler quatre défenseurs, il brillait davantage par son sens du sacrifice et du but que par des gestes techniques. Et c’était parfait comme cela. À une époque où on reproche quelques fois un manque de caractère à certaines équipes, lui en avait à revendre Il avait cette grinta qui réveillait ses coéquipiers et permettait à son club de surperformer. Le joueur parfait pour les équipes anonymes. Celui qui ne mettra jamais soixante buts dans la saison, qui ne signera jamais au Barça, mais qui serait capable d’aider n’importe quelle équipe à se maintenir. Celui qui aurait pu permettre à Nantes de jouer pourquoi pas une place européenne, comme en 2016-2017, où les Canaris, alors dirigés par Ranieiri, ont fini 7e.
Et à l’occasion de cette 22e journée de Ligue 1, les hommages ont afflué, venus de tous les stades. La Ligue n’avait pas instauré de minute de silence (à la demande de la famille), mais Emiliano Sala était présent à chaque rencontre, dans les différentes initiatives des supporters, joueurs et clubs. On attend encore la réception de Saint-Etienne par Nantes ce mercredi, pour ce qui sera probablement un beau moment de partage. Plusieurs anciens coéquipiers lui ont d’ailleurs dédié leur but la semaine passée en Coupe de France (Léo Dubois ou encore l’attaquant caennais Yacine Bammou). Mais le foot français attend encore l’officialisation officielle du décès pour définitivement pleurer son enfant perdu.
Si on était un peu de mauvaise foi, on dirait qu’il y avait du Sala dans cette tête rageuse de Denayer, apportant 3 points à l’OL face à Amiens dimanche, ou dans l’astucieux piqué de Di Maria au-dessus de Koubek face au Stade Rennais. Si on était taquin on dirait même que la reprise parfaite de Baysse contre son camp nous rappelle aussi les gestes du goleador argentin, pas toujours très assuré mais (presque) toujours efficace.

« Ne m’offrez pas de fleurs quand je serai mort. Si vous m’aimez, envoyez-les-moi maintenant ! » clamait Brian Clough, entraîneur anglais deux fois champions d’Europe avec Nottingham Forrest à la fin des années 70 et pas avare de phrases chocs. Et bien, Emiliano, c’est peut-être ce qu’on aurait dû faire. Les supporters nantais ont beau t’avoir toujours témoigné leur soutien, je ne suis pas sûr que tu aies accédé à la reconnaissance que tu méritais, du moins avant l’accident. Nul doute que Cardiff t’aurait surement fourni l’amour que tes performances devraient engendrer.

Oui, assurément, Emiliano, « T’y es oune Grande Rougadore », comme dirait un grand penseur de notre siècle…

C’est tout pour ce GR un peu différent des autres, en espérant que ce soit le dernier qu’on ait à faire dans ce ton-là. Vous pouvez retrouver ici notre deuxième article de la série consacré à Emiliano Sala, pour des performances sportives, cette fois.

 

On vous laisse avec une compil des skills de Sala, car, on a beau dire, le concept nous fait sourire: 

A propos de l'auteur

Diplômé ESJ Paris, journaliste foot, passé par le Paris Normandie. L'important n'est pas d'avoir raison, mais de l'argumenter. Rabiot est surcôté

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