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Interview – Christ Tiéhi : “Je suis fier d’avoir pu rebondir”

Actuellement joueur du club d’Opava en République tchèque, Christ Tiéhi, joueur d’origine ivoirienne né à Paris, est passé par une formation à la française au Havre avant d’emprunter une voie plutôt originale. Fils de l’international ivoirien Joël Tiéhi, le joueur s’est confié à We Sport et est revenu sur sa carrière tout en donnant son point de vue sur le football actuel et son expérience du milieu. Plongée dans l’itinéraire d’un vrai passionné de ballon rond.

 

We Sport : Bonjour Christ, je souhaiterais d’abord revenir sur ton début de carrière, sur ta formation au Havre pour connaître ton point de vue sur cette expérience et sur ce que tu en gardes encore aujourd’hui dans le joueur que tu es.

Christ Tiéhi : Avant tout, Le Havre est un très bon centre de formation avec de vrais éducateurs et formateurs qui t’accompagnent dans la réussite de ta carrière professionnelle autant que dans tes études. Ils t’apprennent à être un homme, un bon citoyen et je ne peux que recommander cette formation à tout jeune qui souhaite devenir footballeur parce qu’ils ne pensent pas que football mais véhiculent beaucoup plus de valeurs.

 

WS : Sur le plan sportif, est-ce que tu as des personnes avec lesquelles tu as pu apprendre et qui ont vraiment contribué à construire le joueur que tu es aujourd’hui ?

CT : Bien sûr. Il y a beaucoup d’entraîneurs qui m’ont aidé et je pense d’abord à l’ancien directeur Johann Louvel, mais aussi à des personnes comme Bruno Roy, Mohamed Sall ou Michaël Bunel. Ce sont vraiment les coachs qui m’ont marqué et fait progresser rapidement. J’ai appris extrêmement vite avec eux.

Michaël Bunel, ancien coach de Christ Tiéhi et actuel entraîneur des Féminines du Havre (Division 1).
Crédits image : Paris-Normandie

WS : Est-ce que tu regrettes le fait de ne pas avoir eu la chance de ne pas avoir pu t’exprimer en équipe première au Havre ou était-ce pour toi l’ordre des choses et tu ne le regrettes pas tant que cela ?

CT : Franchement c’est quelque chose que je regrette. Je regrette car j’avais souvent été surclassé et cela montre que le club avait estimé que j’avais le niveau. Après cela s’est joué à des choix, ou autre mais je regrette car je me dis que si j’avais eu ma chance, et que je ne l’avais pas saisie je n’aurais pas eu de regrets. Mais étant donné que je ne l’ai jamais vraiment eue, c’est quelque chose que j’ai encore en travers de la gorge.

Christ Tiéhi sous ses premières couleurs, celles du Havre.
Crédits image : Maxppp

WS : Si l’on revient ensuite sur ton expérience en Angleterre, que s’est-il passé concrètement entre ton contrat au Havre et ton arrivée outre-Manche ?

CT : Je pars du Havre pour m’engager à Bury FC en League One avec l’autorisation du club pour effectuer un essai d’une semaine. Je termine ma semaine pendant laquelle je joue un match amical et je dois normalement à ce moment-là signer dans la foulée, mais rentrer au Havre le temps des négociations. L’erreur a été que je n’ai pas communiqué avec le directeur sportif du Havre alors que dans le même temps le club de Bury m’assurait qu’il communiquait avec Le Havre comme quoi je pouvais rester le temps de régler les derniers détails.

Ce qu’il s’est passé c’est que je suis resté chez moi et à ma grande surprise le club n’avait pas directement parlé au Havre et le club a finalement eu des problèmes financiers qui m’ont mis dans une situation où mon contrat avec Le Havre est résilié et où je suis sans contrat avant d’aller jouer en Conference League en Angleterre.

 

WS : Tu débarques donc à Tonbridge, dans un championnat pour lequel tu n’étais pas forcément prédestiné. Que penses-tu de ce championnat et quelle est son atmosphère et son niveau ?

CT : Ce que je peux dire c’est que ce n’est pas un championnat où tu vas apprendre des choses tactiquement, où tu vas progresser techniquement. Néanmoins, j’ai appris le dépassement de soi, c’est un championnat assez physique et il y a beaucoup de bons joueurs qui sont souvent les profils qui ne sont pas retenus par des clubs comme Palace ou Fulham et qui reviennent jouer en Conference.

En Angleterre, la Conference est l’équivalent du National / National 2 en France mais cela reste un bon niveau malgré le fait que cela restait tout de même différent de ce que j’avais pu connaître en pro au Havre.

Christ Tiéhi sous les couleurs de Tonbridge, son premier contrat à la sortie du centre de formation. Crédits image : Tonbridge / Site officiel

WS : Tu restes une saison à Tonbridge avant de te retrouver sans club, que se passe-t-il à cette période très concrètement dans une période où la pandémie n’a assurément pas forcément dû arranger ta situation personnelle ?

CT : Il y a eu la pandémie, ma copine et moi qui avons appris que nous attendions un enfant, et le départ à Tonbridge était une option un an auparavant pour jouer mais ce n’était pas ce à quoi j’aspirais. J’ai alors pris la décision de ne pas re-signer là-bas, revenir en France, m’entraîner avec un préparateur physique tout en cherchant une bonne issue et c’est pour cela que pendant une période d’un à deux mois j’ai été sans club.

 

WS : Cette période là a été concomitante avec le moment du confinement, comment es-tu arrivé à gérer ce moment ?

CT : Je m’entraînais avec un préparateur, je faisais du physique en allant courir dans la forêt, puis des fois j’allais à la salle et enfin j’essayais quand cela a pu être possible de faire quelques ”five” avec des amis. À partir du mois de septembre, je me suis entraîné avec la réserve du Red Star pour retrouver du rythme et garder la forme.

 

WS : Tu signes ensuite en République tchèque, mais concrètement que se passe-t-il ? Quand un joueur libre recherche un club, est-ce qu’il y a un travail de prospection ou est-ce que tu as été contacté par le club directement ?

CT : Le club recherchait un numéro 6 et je pense que mon dossier leur a été proposé. Ils ont vu que j’avais été formé au Havre, que j’avais signé pro, des vidéos de moi et surtout le fait que j’ai été international U20 ( avec la Côte d’Ivoire, N.D.L.R.), et ils ont trouvé mon profil intéressant.

J’ai ensuite eu un essai d’une semaine qui s’est bien passé et à la suite de cela j’ai pu signer.

Crédits image : Opava FC / Twitter

WS : Quelle est ta nouvelle vie là-bas ? Comment cela se passe dans le club, et est-ce qu’il y a d’autres Tricolores dans le championnat ? Est-ce que c’était pour toi une plongée totalement dans l’inconnu ?

CT : C’était une totale découverte très sincèrement. Je ne connaissais pas du tout le club, je connaissais les grands clubs tchèques comme le Sparta et le Slavia Prague ou Viktoria Plzeň mais c’était absolument tout ce que je connaissais du championnat tchèque. Il y a aussi plusieurs Français dans le championnat et tout se passe très bien ici.

Crédits image : Twitter / Opava FC

WS : Sur le plan sportif, qu’est-ce que tu peux tirer de cette saison qui touche presque à sa fin ? Est-ce que tu as appris et j’imagine que cela a dû te faire beaucoup de bien de rejouer à ce niveau-là ?

CT : Je suis déjà très heureux de rejouer à ce niveau, presque une année plus tard. Physiquement, cela a été compliqué sur les premiers matchs mais j’étais plutôt satisfait de ce que j’arrivais à faire, et puis j’ai enchaîné et suis monté en régime. Actuellement cela se passe bien, je fais de bons matchs et j’ai de bons retours du staff et du coach.

Je pense que je suis assez content de ma progression mais je suis encore capable de m’améliorer, au niveau des statistiques notamment en marquant quelques buts et donner quelques passes décisives.

 

WS : Sur les performances de ton équipe ensuite, je pense que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes même si bien évidemment ce n’était pas forcément une équipe qui jouerait le haut de tableau, on pouvait s’attendre à mieux. Est-ce que vous avez une chance de vous extirper de la zone de relégation ? Et quelle est ta situation contractuelle vis à vis du club ?

CT : Comme tu l’as dit, la situation de l’équipe est compliquée car on ne joue pas les premiers rôles et on joue clairement le maintien. Je pense que le club devait s’attendre à cette situation, était prêt à ne pas se cacher. Aujourd’hui on est à notre place, on a des manques offensivement ou défensivement. Pour ma situation contractuelle, j’ai signé pour un an et au bout de quelques matchs une option de deux ans a été activée.

Crédits image : Twitter / Opava FC

WS : Si tu as des propositions à la fin de la saison est-ce que tu resteras au club ou est-ce que tu les étudieras plus en profondeur ?

CT : Je pense que je les étudierai si j’en ai. Après je suis encore sous contrat donc cela va dépendre de ce que les clubs potentiellement intéressés proposeront à mon club. Ce sera au club de voir mais pour le moment je suis concentré sur cet objectif qui est le maintien.

 

WS : Si on revient un peu sur ton parcours dans son intégralité, tu as eu une trajectoire très peu conventionnelle. Je pense que tu as beaucoup appris et tu as beaucoup à apprendre à de jeunes joueurs qui ont pu être dans ta situation. Quel regard portes-tu sur ton parcours par rapport à un parcours plus classique ? Est-ce que tu as des regrets ou est-ce que tu es très fier de ce que tu as fait et tu n’échangerais ton parcours pour rien au monde ?

CT : Je pense un peu des deux. Quand je décide de partir pour la League One, c’est réellement parce que j’ai une discussion avec le coach qui me fait comprendre que la saison qui approche, je n’aurai ma place qu’en CFA2 et qu’un prêt ou une possibilité de partir sera facilitée. Au vu de ce discours, je me suis dit que je n’avais plus rien à faire ici, après plus de sept années. Je pense que j’aurais pu être plus patient pourquoi pas mais je suis fier d’avoir pu rebondir. J’ai connu des moments difficiles, de doute. Quand un joueur passe du monde pro à la Conference, il y a beaucoup de choses qui se passent autour de soi. Maintenant, si j’ai un conseil à donner à un jeune joueur, ce ne serait pas de reproduire mon parcours car ce serait presque impossible, mais ce que je peux dire c’est qu’il faut être patient et travailler.

J’ai a un moment manqué de maturité et de patience. Voilà pourquoi j’ai emprunté ce chemin et pourquoi c’est une vraie fierté pour moi.

 

WS : C’est un très beau parcours, et si on essaie de regarder à un horizon plus lointain, est-ce que tu as un plan de carrière, un championnat qui t’attire plus qu’un autre ?

CT : J’ai un plan de carrière bien évidemment. J’ai 22 ans, je suis jeune et mon plan de carrière serait de revenir en France. Comme j’ai vécu deux échecs en France et en Angleterre, c’est un défi d’y retourner et de pouvoir prouver ce que je vaux mais au plus haut niveau. Je ne pense pas faire toute ma carrière en République tchèque mais si je pars d’ici à 25 ans en ayant un nom, ce serait pas mal.

Crédits image : Twitter / Opava FC

WS : Est-ce que tu as un club qui t’attire ou te fait rêver en France, pour lequel tu rêverais de jouer ?

CT : Un club pour lequel je souhaiterais jouer en France serait pourquoi pas l’Olympique lyonnais.

 

Christ Tiéhi en bref :

  • La personne la plus connue avec laquelle tu as joué : Pape Gueye
  • Tes meilleurs amis dans le foot : Harold Moukoudi, Teddy Okou Lia et Pape Gueye
  • Ton idole dans le foot : Yaya Touré
  • Ton joueur français préféré : Thierry Henry

 

Crédits image en une : Deník / Petr Widenka
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