Aaaaah, on en a vu des grandes victoires à travers toutes les générations. A travers plus d’un siècle d’histoire cycliste, les Français en ont applaudi des grands champions… et puis ils en ont conspués aussi. Et le dernier en date, Jérôme Cousin, qui a eu le malheur de gagner une étape de Paris-Nice. Quel drame. Première victoire World Tour, deuxième victoire professionnelle. Quelle mouche l’a piqué d’avoir passé la ligne le premier à Sisteron ? Bon ok, y a un peu de sarcasme là-dedans. Revenons un peu sur les événements du jeudi 8 mars. Alors, non, on ne va pas parler de la journée de la femme. Mais plutôt des péripéties qui ont mené Jérôme Cousin à un procès sur Twitter… et à sa victoire d’étape sur Paris-Nice, aussi.

Une échappée se dessine, tout se passe bien, et puis dans la dernière montée, proche de l’arrivée, ils se retrouvent à deux : Jérôme Cousin et Nils Politt. Dans un premier temps, le Français n’a pas envie de rouler. Choix curieux, certes. L’écart descend, descend, et descend encore. Et voilà que Cousin redonne quelques coups de pédales. Avant de se rétracter à nouveau. Finalement, l’Allemand n’a pas l’air bien dérangé, et fait tout le final en tête, en roulant à bloc et en donnant tout. Le coureur de Direct Energie n’a plus d’intérêt à donner des relais, les deux vont aller au bout, et il est tombé sur quelqu’un de généreux, visiblement. Ce qui devait arriver arriva. Nils Politt est le dindon de la farce, et Cousin s’impose finalement assez facilement. Puis vient l’après-course…

Doit-on s’excuser de gagner ?

J’ai cette idée merveilleuse de partager sur un groupe de cyclisme, sur Facebook, un article qui parle de sa victoire. Mes notifs explosent, tout le monde y va de son commentaire. « Scandaleux », « pas mérité », « c’est du vol », etc. Sur Twitter, même son de cloche. Que se passe-t-il ? Je comprends rapidement que les suiveurs reprochent à Jérôme Cousin de ne pas avoir roulé dans le final. Et alors ? Pour quoi faire ? La seule condition d’une belle victoire, c’est donc de faire des efforts monstrueux durant des kilomètres et des kilomètres, et d’être en plus capable de mettre le coup de patte nécessaire pour gagner ? Un peu de sérieux. Il y a 1001 façons de s’imposer. Certes, ce sont les jambes qui pédalent, mais la tête ? Elle sert à quelque chose, non ? Mais en fait, je ne suis pas sûr qu’on reproche à notre protagoniste sa victoire, il ne s’inscrit juste pas dans cette « mentalité à la française ». Je crois que, dans tous les sports, et dans toute l’histoire, on a toujours eu des exemples de ce que les Français aiment et n’aiment pas.

On a toujours préféré le perdant déçu, qui donne tout, au vainqueur comblé, qui gagne sans faire le spectacle. La culture du « grand deuxième », plutôt que du « petit premier ». Toutes proportions gardées, cette histoire me rappelle (de loin) l’épisode Anquetil/Poulidor. Les Français, dans l’ensemble, ont toujours préféré « Poupou » à « Maitre Jacques ». Parce que Poulidor incarnait la dramaturgie dont sont friands les Français. Le coureur sympa qui se bat pour toucher son rêve des deux mains. C’est quand même plus romantique qu’une machine qui détruit tout sur son passage et cumule les Tour de France à son palmarès. Pas pour moi. Avec tout le respect pour le grand monsieur qu’est Poulidor, bien sûr ! Moi, je suis fan de Rui Costa (et là certains ont déjà cliqué sur la croix rouge (c’est la raison pour laquelle j’ai attendu les dernières lignes)). Ca ne fait pas de moi quelqu’un de non crédible, ou qui n’est pas passionné par le cyclisme. Je vois juste autre chose que la performance physique à tout va. Courir avec sa tête, être intelligent, faire parler la ruse pour profiter des autres. C’est aussi ça le sport de haut niveau. C’est comme ça que Jérôme Cousin a gagné, c’est comme ça que tant de champions ont construit leur palmarès. Laissez-leur au moins ça. Il n’y a rien de honteux à gagner, tant que les règles sont respectées.

Le montage photo, c'est compliqué quand on a que Paint sur son PC… mais je suis sûr que vous avez compris l'image. Crédit photo originale : B. Papon / L'Equipe.