Nombreux sont les coureurs cyclistes qui laissent entrevoir un fort potentiel dès leur plus jeune âge. Mais pour certains d’entre eux, si le début de carrière s’avère très prometteur, la suite ne répond pas toujours aux attentes. Retour sur le parcours de ceux que l’on peut appeler des « talents gâchés ».
Après le portrait de l’Américain Tejay Van Garderen, retour aujourd’hui sur le parcours de l’Espagnol José Joaquin Rojas.

 

Grand sprinteur en devenir

Originaire de Cieza, José Joaquin Rojas Gil réalise d’abord quelques belles performances chez les juniors. Il devient notamment champion d’Espagne de la course en ligne en 2002, puis fait de même sur le contre-la-montre l’année suivante. En 2003, il se classe également quatrième de la course en ligne des mondiaux, toujours dans la catégorie juniors. Puis, c’est en 2006 que le Murcian, alors âgé de 20 ans, découvre le monde professionnel au sein de la formation Liberty Seguros-Würth. S’il prend part à plusieurs courses majeures telles que Tirreno-Adriatico, Milan-San Remo, Paris-Roubaix, ou encore le Critérium du Dauphiné, Rojas ne parvient pas pour le moment à décrocher son premier podium. Mais pas d'inquiétude, l'espagnol fait partie des grands espoirs de sa génération, et peut notamment compter sur une pointe de vitesse très intéressante pour briller dans un futur proche.

 

Nouvelle étape

En 2007, alors que l’équipe Liberty Seguros-Würth (devenue Astana) est en difficulté, « Rojillas » décide de franchir un nouveau cap. Il s’engage avec la formation de la Caisse d’Epargne, qui deviendra Movistar quelques années plus tard. Et ce changement d’équipe s’avère payant puisque, début mars, Rojas triomphe à domicile, lors de la première étape du Tour de Murcie. Il est ensuite au départ des classiques flandriennes, où il termine dans le Top 10 sur Gand-Wevelgem, puis enchaîne avec les Ardennaises. Sur ces dernières, il ne parvient pas à faire aussi bien, alors qu’il s’apprête à disputer son premier Grand Tour. En effet, le coureur de 21 ans prend part au Giro, lors duquel il obtient trois tops 10 individuels, avant d’abandonner sur la 10e étape. Plus tard dans la saison, il décroche encore quelques podiums, et surtout le classement par points sur le Tour de Pologne.

 

De nombreux tops 10

L'année suivante démarre très bien pour José Joaquin Rojas, avec une troisième place au général et le maillot blanc obtenus sur le Tour Down Under. Sur les classiques, son meilleur résultat est un nouveau top 10 lors de Gand-Wevelgem. S’il ne dispute aucun Grand Tour, le sprinteur espagnol termine tout de même la saison avec neuf podiums, dont une victoire sur le Trofeo Pollença, et de nombreux tops 10.

Même schéma en 2009, où il prend encore la troisième place du général sur le Tour Down Under. Rojas enchaîne toujours les bons résultats, à l’image de son premier Tour de France, où il termine troisième à Barcelone, lors de la sixième étape. Vient ensuite sa seule victoire de la saison, sur la deuxième étape du Tour de l’Ain. La saison suivante, il prend la cinquième place de la course en ligne des championnats d’Espagne, puis participe à sa deuxième Grande Boucle. Tout au long de la saison, s’il monte à plusieurs reprises sur le podium, il ne parvient pas à lever les bras et sa première victoire en World Tour se fait toujours attendre.

 

2011, année faste

La saison 2011 est sans doute celle avec les meilleurs résultats pour José Joaquin Rojas. Il débute par des victoires sur le Trophée Deià et sur la sixième étape du Tour de Catalogne. Puis, il devient champion d’Espagne de la course en ligne, en dominant Alberto Contador au sprint. Sur le Tour de France, le Murcian se présente comme un outsider pour le classement du maillot vert. Il porte même celui-ci pendant trois étapes, mais échoue finalement à la deuxième place, à 62 points de Mark Cavendish. Durant cette Grande Boucle, il monte sur le podium à trois reprises, mais jamais sur la plus haute marche. En fin d’année, il est sélectionné pour ses premiers mondiaux, à Copenhague (Danemark), et se classe 61e.

Au vu de ces résultats, le sprinteur espagnol peut avoir quelques regrets, notamment sur le Tour de France, mais prouve qu’il peut rivaliser avec les meilleurs sprinteurs. Pour les années à venir, il peut légitimement espérer décrocher quelques victoires d’étapes sur les Grands Tours.

 

Eternelle déception sur les Grands Tours

Mais en 2012, tout ne se passe pas comme espéré pour Rojas. D'abord, alors qu’il est à la lutte pour un top 10 sur Gand-Wevelgem, il est victime d’une chute à 100 mètres de l’arrivée. S’il obtient ensuite de bons résultats sur le Tour du Pays Basque et  le Tour de Suisse, il est rapidement contraint à l’abandon lors du Tour de France. Pris dans une chute collective, il souffre d’une triple fracture de la clavicule gauche et doit dire adieu à ses espoirs de maillot vert. Quelques semaines plus tard, il est tout de même sélectionné pour les Jeux Olympiques et se classe 44e de la course en ligne. « Rojillas » prend ensuite le départ de la Vuelta et, aux côtés de ses coéquipiers, remporte le contre-la-montre par équipe. Malheureusement pour lui, il doit de nouveau abandonner, sur la 14e étape, sans avoir obtenu la moindre victoire individuelle.

L’année suivante n’est pas plus réjouissante, avec plusieurs places d’honneur, quelques podiums, mais aucune victoire. Pour José Joaquin Rojas, les choses doivent donc changer en 2014. Il semble renouer avec les bonnes performances, ce qui lui permet de décrocher une belle quatrième place au général de Paris-Nice, à 21 secondes de Carlos Betancur. Rojas enchaîne ensuite avec une victoire d’étape et le maillot vert sur le Tour de Castille et Léon. Puis, lors du Tour de France, il termine dans le top 10 d’une étape à quatre reprises. Mais l’équipier d’Alejandro Valverde est exclu lors de la 18e étape, après s’être excessivement abrité derrière une voiture. Et, tandis qu’un premier succès sur un Grand Tour se fait toujours attendre, la fin d’année est compliquée pour le sprinteur, soupçonné de dopage car étant en contact avec le sulfureux docteur Michele Ferrari.

 

De futur grand sprinteur à équipier de luxe

En 2015, Rojas modifie son programme. Il n’est pas au départ du Tour de France, mais participe à la Vuelta, toujours avec pour objectif d’aller chercher une victoire d’étape. Mais rien n’y fait et le Murcian, troisième sur les 10e et 14e étapes, ne triomphe toujours pas. La saison suivante, il décroche, à 31 ans, un deuxième titre de champion d’Espagne. Ce succès est le dernier en date pour le sprinteur, devenu équipier au service de ses leaders sur les Grands Tours. En effet, José Joaquin Rojas décide de travailler davantage dans l’ombre et joue notamment un rôle important dans le succès de Nairo Quintana sur la Vuelta. Beaucoup moins à l’avant dans le final des étapes, « Rojillas » accepte volontiers ce rôle d’équipier, lui qui s’est résigné à ne jamais lever les bras sur un Grand Tour.

 

Depuis quelques années, les résultats sont donc anecdotiques pour José Joaquin Rojas. En 2017, il réalise néanmoins sa meilleure performance sur une classique, avec la cinquième place lors de l’Amstel Gold Race. Mais, à 35 ans, la fin de carrière est proche pour « Rojillas ». Alors qu’il a souvent pu lutter avec les meilleurs sprinteurs mondiaux, il n’a jamais su s’imposer face à eux. Pourtant, parmi ceux qui n’ont jamais remporté d’étape sur un Grand Tour, il est celui qui compte le plus de tops 10 (51). Quels éléments lui ont-ils manqué pour aller chercher cette victoire, et ainsi le faire basculer dans une autre dimension ? Peut-être un mélange de réussite, de confiance, et de quelques équipiers dévoués à sa cause.

 

Crédits photo : Velo101