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Le Cyclo-Cross aux Jeux Olympiques, une réalité vraiment ?

Le sable, la boue, la terre, le gravier et maintenant la neige ! La 10e manche de la Coupe du monde de cyclo-cross s'est déroulé ce week-end à Val di Sole (Italie) dans un décor alpin, une première pour la discipline. Le Belge Wout Van Aert et la Néerlandaise Fem Van Empel ont remporté les courses masculine et féminine. Outre le spectacle pour les suiveurs, l'enjeu de l'UCI était tout autre ; faire les yeux doux au Comité International Olympique dans l'idée d'un jour faire entrer le cyclo-cross aux Jeux Olympiques d'Hiver. Alors le Cyclo-Cross aux Jeux Olympiques, une réalité vraiment ?

La saison des sports d'hiver se déroule tambour battant depuis le début du mois novembre malgré les contraintes sanitaires posés par le Covid-19, le sport de haut niveau semble épargner. La préparation pour les athlètes continue en vue des Jeux Olympiques d'Hiver de Pékin qui se dérouleront du 4 au 20 février prochain. Ce week-end, par exemple, des compétitions de ski alpin, de ski acrobatique et de ski nordique, ainsi que de bobsleigh, de luge, de saut à ski et de patinage de vitesse ont eu lieu.

Mais ce week-end, un autre événement s'est immiscé dans les sports d'hiver avec la Coupe du monde de cyclo-cross de l'Union cycliste internationale (UCI) qui s'est tenue pour la première fois sur la neige à Val di Sole. Val di Sole accueille régulièrement des événements cyclistes, mais la dernière compétition était annoncée comme importante, les organisateurs cherchant à vanter les mérites du cyclo-cross en tant que possible discipline olympique d'hiver. Les courses se sont déroulées au centre de ski nordique de Vermiglio, à 1 261 mètres d'altitude.

Les organisateurs ambitieux !

Tomas Van den Spiegel, directeur général de Flanders Classics, qui gère la Coupe du monde de cyclo-cross, a exprimé l'espoir que l'événement renforce les espoirs du cyclocross pour son intégration aux Jeux olympiques d'hiver. “Il y a une discussion en cours au Comité international olympique (CIO) concernant l'opportunité d'amener le cyclo-cross aux Jeux olympiques, et c'est très important, mais nous ne devons pas penser que nous y sommes déjà arrivés” a déclaré Van den Spiegel.

“L'événement de Val di Sole est un test important pour nous aussi : nous avons un objectif clairement défini, mais il y a encore un chemin à parcourir, pour lequel avoir un grand événement ce week-end est totalement instrumental. Il ne faut pas non plus négliger la tradition que l'Italie a dans cette discipline, et c'est un pays que nous voulons avoir en permanence dans notre calendrier dans les années à venir, de même que nous espérons un grand avenir avec Val di Sole” rajoutait le grand patron du Tour des Flandres.

Avant de conclure : “Cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu autant d'engouement autour d'un événement comme celui du Trentin, et nous espérons que Val di Sole pourra devenir une étape régulière et importante de la Coupe du monde de cyclo-cross, comme cela s'est produit pour le VTT.”

La difficile tentative de convaincre le CIO

L'événement a été présenté comme ayant le potentiel d'avoir un “impact significatif” sur le projet de l'intégration de la discipline aux JO mais l'ancien président de l'UCI Brian Cookson a signalé une note de prudence sur l'idée sur Twitter, soulignant que lorsque l'organe directeur a proposé l'idée au CIO en 2014, l'organisation a répondu en disant que les Jeux étaient réservés aux sports “dans lesquels la neige ou la glace était un élément nécessaire”.

Le fait que la première épreuve de neige de la Coupe du monde de cyclo-cross ait eu lieu en Italie est peut-être une coïncidence, puisque le pays doit accueillir les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2026. S'il s'agit d'une tentative délibérée d'améliorer les références pour Milan Cortina 2026, il est fort à parier que les organisateurs risquent d'être déçu.

Le cyclo-cross, à l'instar du cross-country en athlétisme peut certainement prétendre être un sport d'hiver en raison des mois durant lesquels les disciplines se déroulent dans le calendrier sportif. Pourtant, les sports d'hiver traditionnels se sont opposés sans surprise à la volonté de l'athlétisme mondial de proposer le cross-country pour les Jeux olympiques d'hiver.

En 2017, la Fédération internationale de ski a déclaré que les Jeux devaient être réservés aux sports dont “l'ADN sur/avec la neige et la glace”, notant que le ski à roulettes ou le ski sur herbe de fond et de biathlon ne seraient pas pris en considération pour le programme des Jeux d'été selon la même logique. L'athlétisme mondial semble depuis être résigné et se concentre sur l'intégration de nouvelles disciplines athlétiques aux JO d'Été.

World Athletics (la fédération internationale d'Athlétisme) a été déçu lorsque le cross-country a été rejeté pour Paris 2024 malgré des “discussions détaillées” avec le CIO en décembre dernier, bien que l'optimisme ait été donné sur le potentiel de la discipline pour une inclusion à Los Angeles 2028. L'une des raisons invoquées pour le rejet de Paris 2024 était le coût prétendument élevé de la transformation d'un site olympique existant en un circuit de cross-country. On pourrait argumenter que les sites olympiques d'hiver seraient mieux adaptés à cette discipline.

Le parcours de Val di Sole vu du ciel

Le parcours de Val di Sole vu du ciel

L'utilisation d'un site de ski nordique pour l'épreuve de cyclo-cross d'aujourd'hui était peut-être un coup de pouce intelligent au CIO pour montrer que la discipline pourrait fonctionner facilement sur un site typique des Jeux. Les partisans de l'inclusion du ski de fond ou du cyclo-cross pourraient être d'un avis contraire, à savoir que le simple fait de placer une épreuve sur la neige ou la glace n'en fait pas par définition un sport olympique d'hiver. De la même manière que plusieurs fédérations internationales ont commencé à organiser des épreuves sur le sable lorsqu'elles ont découvert que des Jeux mondiaux de plage étaient lancés en 2019 (la première édition se tiendra en 2023).

L'exemple du volley-ball : la marche à suivre ?

La Fédération internationale de volley-ball est sans doute le meilleur exemple dans ce domaine, puisqu'elle a supervisé avec succès l'inclusion du volley-ball de plage dans le programme olympique en 1992, en plus de son format traditionnel en salle. Plus récemment, l'organe directeur a opté pour un effort ambitieux visant à développer un circuit de volley-ball sur neige, avec un circuit mondial lancé en 2019. Leurs ambitions olympiques ont été annoncées avec un événement de démonstration aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang 2018 et une participation aux Jeux olympiques de la jeunesse d'hiver de Lausanne 2020.

Malgré les ambitions des sports d'été traditionnels de s'imposer dans le programme olympique d'hiver, il semble peu probable que la position du CIO change de sitôt. Si les choses ont évolué ces dernières années, je pense qu'il faudra encore de nombreuses années avant qu'une discipline comme le cyclo-cross ne fasse son entrée aux Jeux olympiques d'hiver.

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