Amérique du Sud

Le football au Venezuela : “je t’aime, moi non plus…”

Le Venezuela est le seul pays d’Amérique du sud où le baseball est ‘’encore’’ le sport numéro un, bien aidé à l’époque par l’ancien président Chavez, qui lors d’interventions télévisées, apparaissait avec une batte de baseball ou un survêtement de l’équipe nationale. Depuis cette époque, le football a évolué grâce à la Copa America de 2007 que le pays a organisée dans des stades flambants neufs qui pour certains aujourd’hui sont dans un état de délabrement comme l’économie du pays (plus d’un million de pourcents d’inflation, plus de 5 millions de Vénézuéliens sont partis du pays, salaire minimum autour des 2$). 

 

Beaucoup de changements sont survenus dans le football au Venezuela : la plupart des clubs sont récents (moins de 40 ns), des clubs historiques ont disparu (Union Lara, Club Atlético San Cristóbal, Galicia de Aragua…), remplacés par des nouveaux (Zamora FC, Carabobo FC) ou ayant fusionné avec d’autres clubs. Bien que le tournoi de football de première division se joue professionnellement depuis 1957 au Venezuela, c’est après 2007, lors de la Copa America, que le football a commencé à gagner en renommée. La ligue locale a alors commencé à se développer, passant de 10 à 18 équipes puis 19 à l’heure actuelle (car Llaneros a été relégué pour ne pas avoir payé une dette à un joueur il y a quelques saisons de cela). Lors du début de championnat en octobre dernier, 2 équipes ont alors décidé de ne pas s’aligner (Zulia FC et Lala FC) et le championnat a donc débuté avec 17 équipes en 2 groupes. Parmi ces 19 clubs, 11 ont été fondés après le “boom de la Vinotinto” en 2001, sous l’impulsion de Richard Paez et de l’équipe nationale qui, jusqu’à ce moment, n’avaient jamais remporté un match de qualifications pour la Coupe du monde à l’extérieur. 

 

Du football à la politique, il n’y a qu’un pas

Comme le disait l’ancien entraîneur de la Vinotinto et très respecté Richard Paez : “je l’ai toujours dit : le gouvernement et les politiciens ne peuvent pas entrer dans le cercle du sport et celui du football.’’ 

Ce témoignage en 2019 faisait allusion aux nombreux sponsors du gouvernement envers différents clubs de football comme Trujillanos, Atlético Venezuela, Deportivo Táchira ou Aragua FC. Pendant ce temps, le président du Zamora FC est le frère de l’ancien président Hugo Chavez. De plus, la FVF a connu et connaît toujours des problèmes d’ingérence. On a eu le cas de Pedro Infante qui était la troisième personne la plus importante dans l’organigramme de la fédération et en même temps Ministre des Sports et de la Jeunesse. On a eu le triste cas il y a quelques semaines de cela de la mort du président de la fédération lorsque celui-ci était en garde à vue depuis 2 semaines pour une affaire de malversation et fraude. Aucune enquête n’a été à ce jour effectuée et l’on ne connaît toujours pas le motif de sa mort. Depuis, la FIFA a repris les rênes de la FVF en nommant un comité de normalisation qui a pour principal objectif de gérer les affaires actuelles du football Vinotinto et organiser les prochaines élections.  

 

Et le football dans tout ça ?

Malgré les déboires au sein des institutions et dans les bureaux de la FVF, le football vénézuélien, au niveau de la nouvelle génération, a connu des moments importants comme lors de la Coupe du monde U20 en 2017 en Corée du Sud. La Vinotinto termine vice-championne du monde après une finale perdue contre l’Angleterre. Une équipe avec des joueurs comme Yeferson Soteldo (suivi par l’Inter ces derniers jours), Yangel Herrera (qui fait les beaux jours de Grenade), Wuilker Farinez (remplaçant au RC Lens en ce moment) ou encore de Penaranda qui essaye de faire son trou en Europe (en prêt en Bulgarie par Watford). L’équipe nationale avait connu sa véritable naissance avec Richard Paez et ses meilleurs résultats pour le moment avec Rafael Dudamel (ancien gardien de but de celle-ci) qui s’occupait de l’équipe première jusqu’aux moins de 17 ans. C’était malheureusement trop beau pour être vrai : Dudamel a démissionné de son poste en raison de la guerre interne avec la fédération et des mauvaises relations avec Josef Martinez (ancien du Torino) qui avait dit qu’il ne reviendrait pas avec la Vinotinto tant que celui-ci y serait à la tête.

Depuis le départ de Dudamel, le technicien portugais Jose Peseiro (ex-Sporting et Porto) est arrivé. Cela n’a pas été facile car la Covid-19 a agité la planète et la préparation pour les qualifications du Mondial 2022 au Qatar, dans lesquelles ils comptent 3 défaites en quatre matchs et une seule victoire face au Chili.  Ces éliminatoires sont d’ailleurs un réel objectif de la FVF : en effet, le Venezuela est le seul pays d’Amérique du Sud à ne pas avoir participer à une édition de Coupe du monde.

Au niveau local, deux clubs monopolisent l’attention avec le Deportivo Tachira et le Caracas FC. Les matchs entre les 2 équipes apportent toujours des tensions, voire des combats entre les hinchas. Ces affrontements ont même dégénéré il y a quelques années de cela avec le bus du FC Caracas brûlé lorsque l’équipe se déplaçait à Tachira. C’est le Clasico le plus célèbre même si le plus ancien se déroule du côté de la frontière avec la Colombie entre Portuguesa FC et Estudiantes Merida. Le championnat a repris malgré la Covid-19 avec 2 groupes de 9 et 8 équipes (sans Zulia FC l’ancien club de Juan Arango et Lala) sur des terrains neutres et dignes d’une division d’honneur (pelouses en mauvais état, coupures d’électricité…) . À la mi-saison, on a d’un côté les 2 favoris : le Deportivo Tachira et Caracas qui se suivent; et de l’autre un club comme le Deportivo La Guaira (où joue un jeune joueur qui a signé dernièrement avec la nouvelle agence sportive d’Antoine Griezmann) qui continue son chemin pour se qualifier pour les demi-finales et espérer au minimum une place en Copa Sudamericana ou voire mieux en Copa Libertadores (leaders du groupe A). 

Les premiers de chaque groupe se rencontreront sur un match pour jouer le titre. Ces 2 équipes se qualifieront pour la Libertadores. Les équipes qui finissent deuxièmes se qualifieront pour le tour préliminaire de cette même compétition. Enfin, les troisièmes et quatrièmes pour la Sudamericana.

 

Nous vous recommandons fortement le livre de Jordan Florit disponible sur Amazon : Red Wine and Arepas (en anglais pour le moment). Vous pouvez également retrouver une vidéo que nous avons réalisée avec Romain Molina sur le même sujet : https://www.youtube.com/watch?v=XeEqZxwx3LU

La suite au prochain numéro. Dios bendiga Venezuela y su gente.

 

Rodolphe WILHELM

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