Conforté dans ses fonctions de sélectionneur du XV de France après l’élimination du XV de France en quarts de finale de sa Coupe du monde contre l’Afrique du Sud, Fabien Galthié peine à insuffler un nouveau souffle au sein du groupe France, laissant planer le risque d’une nouvelle crise pour le rugby français après un début de Tournoi des Six Nations 2024 complètement raté.
Il semble bien loin le temps où tout réussissait ou presque à Fabien Galthié et son XV de France. Après un premier mandat à la tête des Bleus globalement réussi mais terni par l’échec de la dernière Coupe du monde, avec une élimination contre l’Afrique du Sud (28-29) en quarts de finale, privant les coéquipiers d’Antoine Dupont du graal ultime, la belle mécanique s’est enrayée pour le sélectionneur. Balayé à Marseille face à l’Irlande (17-38) lors de son entrée en lice dans le Tournoi des Six Nations, le XV de France est définitivement entré en période de turbulence après son match nul contre l’Italie (13-13), dimanche dernier à Villeneuve d’Ascq.
Un match nul qui aurait pu se transformer en une véritable humiliation si l’ouvreur transalpin Paolo Garbisi n’avait pas loupé la pénalité de la gagne dans les derniers instants de cette rencontre. Ce match nul confirme néanmoins l’impression du moment : le XV de France a encore la tête à l’automne dernier où tous les espoirs d’un premier sacre en Coupe du monde étaient permis.
Une délicate transition à négocier pour Fabien Galthié et le XV de France
Quasi seul rescapé du staff qui a accompagné la montée en puissance du groupe France entre 2020 et 2023, Fabien Galthié est aujourd’hui sur un chemin de crête. Force de son premier mandat, le jeu de dépossession qui a fait tant gagner les Bleus a laissé sa place à une volonté de conserver plus longtemps la balle. Une délicate transition qui doit se faire sous l’égide de Patrick Arlettaz, nommé entraîneur de l’attaque du XV de France à la place de Laurent Labit, parti retrouver le quotidien d’un club en prenant la tête du Stade Français avec Karim Ghezal.
Au-delà d’une philosophie de jeu, c’est tout un édifice que doit reconstruire l’architecte Fabien Galthié pour pouvoir lever cette fois la Coupe William Ellis dans quatre ans en Australie. Au total, ils sont trois hommes importants de son premier mandat à avoir plié bagage si l’on compte Thibault Giroud, le directeur de la performance, parti rejoindre l’Union Bordeaux Bègles. « Quand il a fallu remplacer les partants, j'ai pris ceux qui me semblaient être les meilleurs avec chacun son style, avec des vécus différents » avait expliqué le sélectionneur du XV de France au moment de présenter son nouveau staff. Forcé de constater que pour le moment, la mayonnaise n’a pas pris entre les nouveaux et les joueurs où du moins, tarde à prendre contrairement à il y a quatre ans.
Vite du sang neuf pour les Bleus
Les joueurs, parlons-en ! Contrairement au Pays de Galles, l'Angleterre ou même l’Irlande, Fabien Galthié a à sa disposition quasiment la totalité du groupe qui a disputé le dernier Mondial (22 joueurs sur les 34 convoqués pour préparer le Tournoi étaient de l’aventure). À l’exception notable des deux ovnis du Stade Toulousain : Romain Ntamack (blessé) et Antoine Dupont (retenu par l’équipe de France de rugby à 7 en vue des JO 2024).
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Deux absences qui pèsent bien lourd dans le jeu français en manque d’inspiration mais qui n’explique pas tout. Les cadres sont défaillants et Fabien Galthié peine à relancer une véritable concurrence au sein d’un groupe dans lequel, les statuts semblent bien figés pour le meilleur et pour le pire. Hormis Posolo Tuilagi (Perpignan), titularisé pour la première fois en Bleus contre l’Italie, Nolan Le Garrec (Racing 92) ou encore Esteban Abadie (RC Toulon) attendent encore patiemment leur première titularisation. Cela devrait être en revanche être rapidement le cas pour Emmanuel Meafou (Toulouse), rétabli pour disputer le quatrième match des Bleus dans ce Tournoi des Six Nations au Pays de Galles. Du sang neuf qui sera bien utile pour des Tricolores, proches de l'asphyxie.
Fabien Galthié (XV de France) doit rectifier le tir sur sa communication
Autre écueil à corriger rapidement pour Fabien Galthié : sa communication. Face aux difficultés de son équipe, le natif de Cahors s’enferme depuis plusieurs semaines dans une posture médiatique qui le dessert lui et son équipe. Il y a eu en premier lieu sa demande acceptée par la Fédération française de rugby (FFR) que la présence du caméraman de France Télévisions, détentrice des droits de diffusion des matchs des Bleus lors du Tournoi, soit fortement réduite au risque d'un vrai repli sur soi.
Mais il y a eu surtout, sa conférence de presse lunaire à la suite de la victoire poussive en Écosse (16-20). Dans une volonté de prendre la foudre des observateurs du rugby français sur lui et d'épargner ses joueurs des critiques acerbes, Fabien Galthié avait qualifié la copie livrée par les Bleus de « formidable ». Une analyse qui avait détonné par rapport à celle des joueurs, bien plus lucides que leur sélectionneur. « Tout n'est pas réglé, on va être honnête. Je trouve que nous ne sommes pas encore libérés » avait tranché Charles Ollivon. Un constat partagé par Thomas Ramos, autre cadre du XV de France : « On est tous conscients qu'on est capable de faire mieux dans le contenu. » Un avis général qu’il faudra transformer en acte du côté du Principality Stadium de Cardiff, le dimanche 10 mars. Sous peine de définitivement plonger dans une crise profonde, la première pour le XV de France sous Fabien Galthié.