Ligue 2 – Bilan de mi-saison : L’ESTAC peut-elle rêver d’une montée ?

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Source : estac.fr

En cette période trêve hivernale, nous vous proposons de faire un bilan de mi-saison des équipes de Domino’s Ligue 2. C’est aujourd’hui au tour de l’ESTAC, une formation qui a connu de grands bouleversements mais qui a su immédiatement réagir au point de s’inviter dans le trio de tête. Suffisant pour envisager une montée en mai ?

Un premier acte réussi pour la meilleure équipe de Ligue 2 en 2019

Alors que la première moitié du championnat s’est achevée, l’heure est à présent aux enseignements. Et concernant Troyes on peut dire qu’ils sont nombreux, tant cette équipe n’a cessé de déjouer les pronostics. Avec un effectif radicalement modifié l’été dernier – 19 départs et 16 arrivées – ainsi qu’un changement de coach, l’enfer ou presque était promis aux Troyens. Rui Almeida avait en effet amené l’équipe en playoffs après avoir décroché la troisième place du classement à la faveur d’une incroyable série d’invincibilité (14 matchs sans défaite, 8 victoires consécutives notamment), donc le remplacer par un novice dans le monde professionnel en la personne de Laurent Batlles, ex-entraîneur de la réserve de l’AS St Etienne, semblait être un pari assez risqué. Et pourtant, le technicien aubois s’est fait un plaisir de défier les vents contraires, en signant une phase aller très prometteuse.

Car à l’issue de la 19ème journée, l’ESTAC est solidement installée à la troisième position avec cinq points d’avance sur Ajaccio, mais surtout à seulement une longueur de Lorient, et deux du leader Lens. 38 points au compteur, 12 victoires en 19 matchs (pour 2 nuls et 5 défaites), le bilan est largement positif, surtout quand on sait que cette équipe dispose encore d’une marge de progression considérable, en particulier en attaque. L’année 2019 aura particulièrement souri à Troyes, qui est la meilleure formation de Ligue 2 sur l’année civile avec 80 points pris, soit 9 de plus que Lens et Lorient. Reste à savoir si les Champenois seront capables de rééditer cette performance en 2020, surtout lors de la deuxième partie de saison où une montée pourrait les récompenser au bout.

Une défense solide mais une attaque peu productive

Si l’été dernier a amené son lot de chantiers dans l’effectif troyen, un secteur est resté peu changé (hormis les latéraux) : la défense. En conservant la paire axiale Giraudon / Salmier, ainsi que Kouyaté, qui évolue aussi dans l’axe dans une défense à trois, l’ESTAC a pu disposer d’une base solide. Même si les latéraux ne sont pas forcément tous performants – hormis El Hajjam plutôt régulier à droite – le trio axial comble les brèches et renforce la solidité défensive de cette équipe. Cette imperméabilité, mise à l’épreuve à de nombreuses reprises, s’est surtout renforcée entre fin novembre et décembre, à l’issue d’une énorme déconvenue subie contre Chambly (0-4). Même si les Aubois concèdent beaucoup d’occasions, avec notamment une faiblesse dans le couloir gauche incarnée par un Pape Souaré trop fébrile et souvent perdu, le fait est qu’elle encaisse peu de buts. C’était d’ailleurs la volonté de Laurent Batlles, après la débâcle face aux Camblysiens, qui a décidé d’être plus pragmatique sur la vocation de son équipe, à savoir d’abord bien défendre. Et on peut dire que cela a fonctionné, puisque les Troyens ont terminé l’année avec quatre succès consécutifs.

Le mur troyen assiste, impuissant, au 4ème but de Chambly – Source : lest-eclair.fr

C’est dans le secteur offensif en revanche où résident les principales problématiques, puisque Troyes tourne à peine à plus d’un but de moyenne par match (22 buts inscrits). Certes il s’agit tout de même de la huitième attaque du championnat, mais le rendement des joueurs dans ce domaine est à pointer du doigt. Si Yoann Touzghar est à 4 réalisations (logique pour le leader offensif, même si cela reste peu), les recrues, elles, ne parviennent pas vraiment à tirer leur épingle du jeu. Prêté par Lyon, Lenny Pintor n’a inscrit que 3 buts – lui qui avait déclaré avoir pour objectif d’atteindre la quinzaine ainsi que 10 passes décisives – Chris Bédia, prêté par Charleroi, pointe n’a scoré qu’à deux reprises, et Ihsan Sacko, prêté lui aussi par Nice, n’a été buteur qu’une seule fois. Beaucoup trop léger donc, même si le fait d’avoir un front d’attaque quasi uniquement constitué de joueurs prêtés n’aide pas. Et Batlles ne dispose pas d’énormément de solutions, même s’il a déjà intégré Pape Méissa Ba, évoluant en réserve, qui s’est illustré dès sa première titularisation en marquant le but victorieux face à Rodez. Ayant en plus perdu Touzghar pour plusieurs semaines suite à une blessure puis une opération pour une pubalgie qui traînait depuis mai 2019, l’ESTAC n’aura pas d’autre choix que de se trouver un buteur au mercato d’hiver. Car pour le moment, le meilleur buteur du club Kiki Kouyaté (5 réalisations en Ligue 2, une en Coupe de la Ligue) est… défenseur central.

Gallon et Kouyaté, joueurs-clés de la phase aller

Bien que l’ESTAC soit un collectif relativement huilé, deux individualités se détachent clairement après cette première partie de saison : Gauthier Gallon et Kiki Kouyaté. Recruté lors du mercato estival, Gallon avait la lourde tâche de faire oublier Mamadou Samassa dans les buts, qui sortait d’un exercice 2018/2019 exceptionnel. L’ex-gardien d’Orléans, où il était prêté par Nîmes l’an passé, a eu tout naturellement besoin d’un temps d’adaptation, mais il n’a pas tardé à faire valoir ses nombreuses qualités. Serein dans la relance, à l’aise dans les airs et solide sur sa ligne, Gallon est progressivement monté en puissance, jusqu’à devenir un joueur majeur de cette équipe de Troyes. Si les Aubois encaissent peu de buts, ils le doivent d’abord à leur portier, qui multiplie les parades décisives, à l’image de celle face à Ajaccio lors de la dernière journée sur une frappe à bout portant de Courtet dans le temps aditionnel. Gallon sera à n’en pas douter l’un des hommes forts du premier semestre 2020.

Gauthier Gallon, la muraille de l’ESTAC – Source : gettyimages.fr

Autre individualité précieuse, Kiki Kouyaté est devenu la coqueluche du public troyen,et on comprend aisément pourquoi. Débarqué lors du précédent mercato hivernal en provenance de la réserve du Sporting Portugal, le Malien a vite convaincu lors de ses quelques apparitions sous ses nouvelles couleurs. Ne disposant pas d’un temps de jeu conséquent – Rui Almeida préférant aligner le vieillissant Yohan Tavarès en défense à trois – Kouyaté est revenu avec beaucoup plus d’ambition lors du coup d’envoi de cette saison. Pas forcément parti pour être titulaire dans le onze de Batlles, Kiki s’est rapidement rendu indispensable, notamment grâce à son gabarit d’1m92 très utiles sur les coups de pieds arrêtés. C’est d’ailleurs dans ce domaine qu’il excelle, puisqu’il arrive régulièrement à faire mouche, comme en témoignent ses nombreux buts. Disposant d’un très bon jeu de tête, Kouyaté est également fort dans les duels, même s’il a parfois tendance à être un peu trop physique. Aujourd’hui meilleur buteur de l’ESTAC toutes compétitions confondues (6 réalisations), le Malien est la clé de voûte de son équipe, à tel point qu’il est même capable d’inscrire des buts incroyables, comme sa frappe du pointu en pleine lucarne à Guingamp. A ce rythme-là, Troyes risque de rencontrer des difficultés à le conserver…

Kiki Kouyaté, défenseur central et meilleur buteur de l’ESTAC – Source : lfp.fr

Cette première moitié de championnat aura été plus que satisfaisante pour Laurent Batlles, qui a vite réussi à imposer sa patte dans sa nouvelle équipe. Si l’ESTAC maintient cette rigueur défensive et parvient à se renforcer correctement en attaque au mercato, on peut tout à fait envisager un podium en mai prochain. La route est encore longue, mais cela ne coûte rien de rêver, surtout quand on sait que Troyes est toujours difficile à manœuvrer et est capable de battre n’importe qui.

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