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Ligue 2 – Bilan de mi-saison : L’ESTAC sur la voie royale ?

Situation sanitaire oblige, la fin des matchs aller de la saison 2020-2021 est intervenue plus tard que prévue, le 11 janvier. C’est tout de même l’occasion pour nous d’effectuer un bilan à mi-parcours de la saison de l’ESTAC, leader du championnat, et qui a séduit durant la phase aller. Assez pour voir plus haut en mai prochain ?

La patte Batlles bien ancrée

Si nous avions déjà pu avoir un aperçu des ambitions de jeu de Laurent Batlles lors de l’exercice précédent – même s’il n’avait pas pu aller à son terme – cette première moitié de saison a permis de les révéler aux yeux de tous. Avec une philosophie résolument tournée vers l’offensive, basée sur une défense à 3, 2 latéraux/ailiers pistons et un milieu en losange, l’ancien coach de la réserve de St Etienne a su bâtir une équipe redoutable et redoutée, les joueurs adhérant totalement à son discours. Si le précédent mercato estival avait vu le départ d’un cadre (Kiki Kouyaté) et d’un grand espoir (Warren Tchimbembe), l’effectif troyen n’avait pas à part ça pas connu de grands chamboulements, et on peut constater aujourd’hui que cette cohésion est salutaire.

L’ESTAC a en effet validé une phase aller remarquable en alignant 11 victoires, 5 nuls et 3 défaites, lui permettant de siéger sur la plus haute marche du podium avec 38 points (une moyenne de 2 points par match, souvent associée à un rythme de champion). Mais la où les Troyens impressionnent, c’est par leur jeu de possession, qui avoisine les 64% (!) en moyenne, plus que toute autre équipe en Ligue 2 (la deuxième étant Clermont avec 57% en moyenne). Privant leurs adversaires du ballon grâce à un jeu voulu en première intention, les Aubois s’apparentent à une machine collective, même si cela n’est pas sans risque (voir par la suite). N’en reste pas moins qu’avec une telle maîtrise, la première place ne semble pas usurpée, malgré une concurrence redoutable.

Une formation qui a encore une bonne marge de progression

Malgré une remarquable première moitié de championnat, Troyes souffre toujours du même mal : une inefficacité offensive criante. Même si les statistiques ne sont pas forcément révélatrices, avec une 4ème position au classement des meilleures attaques (27 buts inscrits), dans les faits la réalité est toute autre. Car globalement à chaque rencontre, les Champenois se créent beaucoup de situations offensives, mais pêchent dans la dernière passe ou le dernier geste. Pourtant, les attaquants troyens pèsent plus dans la balance cette saison : 8 buts et 3 passes décisives pour Yoann Touzghar, 3 buts et 3 passes décisives pour Dylan Saint-Louis, 2 buts pour Alimami Gory, Hyun-Jun Suk, Lenny Pintor, Levi Lumeka et Pape Meissa Ba. Une situation bien différente à l’an passé, car on le rappelle, le meilleur buteur troyen au soir de la 24ème journée était Kiki Kouyaté… défenseur central, avec 5 réalisations.

Néanmoins, l’ESTAC pêche toujours dans ce secteur, et l’exemple le plus criant est le match du 8 janvier à Dunkerque, dans une rencontre que les Troyens ont dominé de façon écrasante : 75% de possession et 25 tirs dont 6 cadrés. Mais le score final de 0-0 a mis en lumière l’impuissance de Troyes à concrétiser ses temps forts contre un adversaire du bas de tableau. Un axe de progression non négligeable donc, pour une formation qui n’a dépassé les 2 buts inscrits qu’à 3 reprises (dont 2 fois cette saison, un bon espoir tout de même) sous l’ère Batlles.

Si les imprécisions dans le jeu expliquent en partie cette impuissance, c’est surtout sur les coups de pieds arrêtés que le bât blesse. L’an dernier, l’ESTAC était une menace permanente sur corners ou coups-francs grâce au gabarit de Kouyaté (1m92). Sans son atout fétiche, les situations avec des adversaires repliés sont bien plus difficiles à débloquer. Les Aubois se sont en effet procurés 111 corners en 19 matchs pour aucun but inscrit, et sur coup-franc le taux de réussite est négatif également, malgré des bons tireurs (Dylan Chambost, Maxime Barthelmé, Florian Tardieu). Si les hommes de Laurent Batlles parviennent à corriger cette carence, ils risquent de devenir encore plus difficiles à négocier.

Expulsé dès la 3ème minute, Y. Salmier a été l’instigateur malgré lui de la défense à 3 de l’ESTAC – Source : lest-eclair.fr

Enfin, comme nous l’évoquions plus haut, la philosophie de jeu très offensive peut entraîner des déséquilibres pour négocier certaines situations défensives. Si au départ Batlles avait démarré le championnat avec une défense à 4, le match face à Valenciennes fin octobre l’a fait revoir sa copie. En concédant un carton rouge dès la 3ème minute, de surcroît un défenseur central (Yoann Salmier), ainsi qu’un penalty 5 minutes plus tard, les Troyens semblaient très mal embarqués. Habituellement, dans ce genre de situations l’entraîneur fait sortir un attaquant pour un défenseur, afin de rééquilibrer la ligne arrière, mais cela n’a pas été le cas du coach troyen, qui a délibérément laissé son arrière-garde à 3 derrière, tout en réorganisant son milieu en losange. Et contre toutes attentes, c’est bien Troyes qui a ensuite dominé la rencontre, tant par la possession que par les occasions, et qui regrettait même de n’avoir pu “que” revenir au score et ne pas avoir empoché la victoire. Une situation qui en dit long sur l’ambition qui anime Batlles, et qui est peu partagée en France mis à part quelques exceptions (Olivier Dall’Oglio, Jean-Marc Furlan).

Si la défense à 3 permet à son équipe d’avoir une assise et de multiplier les mouvements offensifs, elle laisse tout de même des boulevards lorsque les adversaires procèdent en contres ou lorsqu’un joueur n’effectue pas correctement son repli défensif ou son marquage. C’est bien souvent de cette façon que l’ESTAC se fait punir, même si dans les buts Gauthier Gallon a sauvé bon nombre d’occasions. En règle générale, les Troyens ont souvent un passage à vide autour de l’heure de jeu, principalement lié aux nombreux efforts fournis pour presser l’adversaire, et dans c’est dans ce genre de périodes que les erreurs techniques se multiplient et offrent des situations dangereuses. On constate néanmoins que ces trous d’air sont de moins en moins élevés, même si parfois Troyes joue sur un fil. Car en ne parvenant pas à véritablement tuer le match et inscrire plus de 2 buts, ces phases de moins bien se traduisent très souvent par un but encaissé, et donc une fin de match stressante avec une vulnérabilité criante dégagée par les Aubois. Jusqu’à présent, tout ou presque leur a réussi – on pense notamment à la série de 12 matchs d’invincibilité entre fin septembre et fin décembre – mais maintenant les équipes adverses savent à quoi s’en tenir.

Rominigue Kouamé et Gauthier Gallon, joueurs-clés de la phase aller

Si le mot “collectif” est celui qui dépeint le mieux l’ESTAC, plusieurs individualités ont permis de mettre en valeur ce groupe grâce à des grosses performances sur la durée. Nous aurions pu citer comme joueurs-clés de cette première partie de championnat Florian Tardieu, métronome de cette équipe de Troyes ; Jimmy Giraudon, capitaine solide pour mener l’arrière-garde ; ou encore Yoann Touzghar, qui semble avoir retrouvé une seconde jeunesse avec ses 8 buts et 3 passes décisives. Mais notre choix s’est orientés sur 2 joueurs en particulier : Rominigue Kouamé et Gauthier Gallon.

R. Kouamé est devenu le maître à jouer du milieu troyen – Source : lequipe.fr

Arrivé en prêt lors du mercato hivernal 2020, Rominigue Kouamé a tout d’abord peiné à se faire une vraie place sur ses premières apparitions, avec un jeu qui semblait peu maîtrisé (4 jaunes, 1 rouge lors de ses 3 premiers matchs sous les couleurs troyennes). La faute à un manque de rythme, ainsi qu’à un temps d’adaptation nécessaire. Mais par la suite, l’ancien joueur du Paris FC a pris pleinement sa place au cœur du jeu aubois, et montait vraiment en puissance lorsque la saison avait été brutalement arrêtée, signant de fait la fin du prêt. Les dirigeants troyens, qui avaient constaté son potentiel et son apport non négligeable, ont renégocié un second prêt auprès de Lille pour la saison en cours, et bien leur en a pris, car le Malien fait maintenant partie des hommes forts de l’ESTAC. Avec un profil box-to-box, Kouamé possède la capacité de se projeter rapidement vers l’avant tout en en puissance, et sa justesse technique lui a déjà permis de délivrer 3 caviars et d’inscrire un but au cours de la phase aller. Souvent décisif pour permettre de débloquer des situations, il est le joueur-clé troyen sur les 5 premiers mois de compétition. La nouvelle direction du club serait bien inspirée de s’intéresser de plus près à son cas en vue de la saison prochaine pour s’attacher définitivement ses services, car il ne fait aucun doute qu’il risque d’être courtisé l’été prochain.

 

Comme l’an passé à la mi-championnat, nous avons également cité Gauthier Gallon parmi les hommes décisifs de l’ESTAC. Le portier troyen a certes eu quelques pépins physiques qui l’ont vu manquer une paire de rencontres, mais cela n’a pas du tout entaché ses performances. L’ancien orléanais a multiplié les parades décisives, notamment grâce à des sorties brillantes lors de face-à-faces sur des contre-attaques. Egalement impérial sur sa ligne, Gallon a su devenir indispensable à son équipe, surtout lorsque celle-ci a des coups de moins bien. Avec déjà 8 clean sheets, il est l’un des meilleurs gardiens de Ligue 2, et il n’est certainement pas étranger à la position qu’occupe Troyes actuellement. S’il continue de performer à haut niveau, son rôle sera clé pour une éventuelle montée en mai.

G. Gallon, la “muraille” de l’ESTAC, a été auteur de 8 clean sheets lors de la phase aller – Source : foot-national.com

Avec 38 points à l’issue de la 19ème journée, l’ESTAC a égalé son total de l’an dernier. La différence, c’est que cette fois les Troyens sont champions d’automne, un titre certes honorifique mais pas anecdotique, puisque la dernière fois que cela s’est produit, les Aubois avaient terminé champion de Ligue 2 lors de la saison 2014-2015. Si tous les voyants semblent actuellement au vert en Champagne, la concurrence est néanmoins rude : Toulouse (36 points), Grenoble (35 points), Clermont (34 points), Auxerre (33 points) et même le Paris FC (32 points) peuvent également prétendre aux deux premières places. Le plus dur commence maintenant pour Troyes, qui peut tout de même rêver grâce à son beau jeu et son effectif de qualité. Si l’ESTAC garde un niveau d’exigence similaire aux mois précédents, on pourra dire qu’elle est bien sur la voie royale.

Source image : ligue2.fr
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