Ma bibliothèque footballistique : Domenech le mal-aimé

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Ligue 1

Enfin, la vie a repris ! Fini le confinement, il est enfin possible de vaquer (en partie) à ses occupations passées, tout en respectant les mesures sanitaires. Mais la fin du confinement ne veut pas nécessairement dire finies les activités domestiques. Deuxième partie du passage en revue de mon armoire d’écrits sportifs. 

Raymond Domenech, tout seul

10 ans après, l’affaire reste toujours floue. De l’insulte en elle-même à l’après-midi rocambolesque du 20 juin 2010. Que s’est-il réellement passé en Afrique du Sud, au sein même de l’équipe de France? Quelques détails ont fuité, donnant plus ou moins des réponses que se posaient, à ce moment-là, les 60 millions de sélectionneurs français.

Crédit photo : Le Monde

Raymond Domenech, à la tête des bleus à cette époque, donne sa version des faits, et rétablit quelques vérités. À travers un ouvrage de grande qualité dont ressortent incroyablement bien les émotions du narrateur, Domenech lui-même, nous apprenons les dessous des Bleus, de 2004 à 2010. Tout n’a pas été tout rose pour l’ancien Lyonnais. Dès le moment de sa nomination, où Jean-Pierre Escalettes ne s’est jamais réellement caché qu’il n’était que le 3 voir 4ème choix, derrière notamment Laurent Blanc. Ensuite, avec la retraite des champions du monde: Thuram, Lizarazu mais surtout Zidane et également Makélélé. Il a fallu travailler au corps ces amoureux du maillot frappé du coq pour les faire finalement revenir en 2005.

Ensuite, Raymond Domenech n’a pas vraiment été capable de faire la bascule avec la nouvelle génération, les Nasri, Benzema, Gourcuff, Ribéry. Avec ses techniques plutôt à l’ancienne, la méthodologie utilisée n’a sans doute pas été la bonne, bien que certains cas soient irrattrapables. Le courant n’est jamais passé, le coach ne s’en cache pas.

Il ne se cache d’ailleurs derrière aucune excuse, bien qu’il se place quand même très souvent en victime. Certes, le contexte (une hiérarchie à la dérive, la passation de pouvoir de l’époque Zizou) ne l’a pas aidé, néanmoins Raymond Domenech n’est sans doute pas tout rose, loin de là. Ce qui, à contrario, ne lui enlève pas l’énorme mérite d’avoir atteint la finale de la coupe du monde.

On comprend facilement que le sélectionneur a aussi été patient, longtemps. Mais au moment d’écrire les lignes de cette biographie, il a visiblement laissé toute émotion et complaisance de coté.

Certains en ont pris pour leur grade, à commencer donc par Escalettes. Mais les joueurs ne sont pas en reste.

Entre Coupet qui voulait être titulaire en 2006, Gallas qui pensait être le leader et capitaine alors qu’il était blessé en 2010, ou encore Malouda et ses états d’âmes, lui qui ne pensait qu’à jouer avec le numéro 10 dans le dos, Domenech n’a pas été tendre. Mais que dire d’Anelka, sur courant alternatif toute sa carrière et que Raymond a essayé de changer en vain. Le sélectionneur était tout simplement au bout du rouleau, comme pour le cas Abidal, qu’il estime être un irresponsable et un des meneurs de la grève. Gourcuff n’est pas épargné non plus, lui qui cherchait sans cesse la compassion du coach et du staff, jusqu’à ce que Domenech le cerne et l’envoie régulièrement balader.

Crédit photo : Médiapart

Enfin, Ribéry… qui aura donné autant de fil a retordre qu’Anelka, ou presque. Sa montée en puissance en club a également changé sa vision des choses en France. Bien qu’assez respectueux envers Domenech, ses pétages de plombs et ses réactions n’ont été que néfastes au groupe. Et que dire de Thierry Henry, plus au niveau et que le sélectionneur n’a emmené en Afrique du Sud que par affinité ou presque… Henry le lui a bien rendu, en étant incapable de faire bouger les choses le 20 juin.

En revanche, l’homme à la demande en mariage en direct après une élimination à l’Euro dresse les louanges de certains joueurs, irréprochables notamment par le caractère. C’est le cas de Djibril Cissé et de Sydney Govou entre autres, présents durant les 6 ans du mandat, avec plus ou moins de succès. Dans l’attitude, Domenech a pu compter sur eux. Jamais ils n’ont bronché. Tout comme Landreau, non sélectionné en 2008, un vrai déchirement tant les deux hommes sont proches. C’est également le cas avec l’ancienne génération, Thuram ou encore Sagnol, pas toujours en accord mais toujours honnêtes et franc-parler envers leur coach. Chose de plus en plus rare.

On comprend que Domenech a été très largement dépassé par la situation, et qu’il aurait du, car il aurait pu, arrêter, dès 2008, voir en 2006. Il était malgré tout difficile d’imaginer le déclin aussi rapide et brutal des vices-champions du monde 2006. Et même s’il faut reconnaître que Domenech n’a pas été aidé, il en est aussi en partie responsable.

Ce témoignage assez poignant et touchant montre à quel point il est impossible en football de maîtriser tous les facteurs de risque. Il faut être capable de fédérer autour de soit et Raymond Domenech n’en était plus capable.

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