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Matri, l’indésirable fidélité

Aujourd’hui WeSportFR vous présente le portrait de l’attaquant italien Alessandro Matri. Du statut de crack à celui d’indésiré, le transalpin est passé par tous les rôles dans le film de sa carrière. Mais une certitude ressort, cette homme a toujours donné son amour, son investissement et son expérience au profit des clubs dans lesquels il a joué.

L’enfant de Graffignana

Natif de Sant’ Angelo Lodigiano, Matri a vécu son enfance juste à côté à Graffignana dans la banlieue de Milan. Lors d’un interview à la Gazzetta dello Sport, le père de l’attaquant s’était confié sur les débuts de son fils « Alessandro était un garçon maigre, il a grandît avec le ballon dans les pieds et en faisant du cyclisme. A l’école, c’était un garçon timide et discret. » Enfant d’une famille de cycliste (son père est d’ailleurs président du club de cyclisme de la ville), le jeune Matri est d’abord passionné de vélo. Mais après une mauvaise chute le garçon se décide à jouer au football.

Passion pour le vélo

La famille Matri est connu dans cette petite ville, son père est toujours vendeur de fromages de la région, selon le maire de la ville c’est un exemple d’humilité et de cordialité.

A. Matri est très attaché à sa région et il essaie d’y revenir régulièrement pour voir ses amis et ses proches et tout le monde est fiers de lui et avant tout sa famille, son père Luigi, sa mère Pinuccia et son frère Alberto. Il reçu même de la part de la mairie de Graffignana le «Golden Grappolino » 2009, récompensant les grands sportifs de la ville.

Dans son premier club le Virtus Don Bosco, le même interview des proches de Matri rapporte aussi qu’Ale est le plus petit de l’équipe. Son entraîneur A. Bergomi l’a d’abord fait jouer défenseur pour son premier match, mais il a très vite été replacé en attaque. Mais le garçon de l’époque s’en rappelle toujours et quand il croise son ancien entraîneur il ne manque pas de lui dire gentiment « Et dire que tu m’as fais jouer défenseur … ». Dans les bars de la région, le jeune homme fait sensation, il est au cœur des discussions de café. Il sera d’abord surnommé « Puma » par ses premiers fans.

Dans la cours des grands

Face aux grandes qualités du garçon, ce dernier atterrit dans la grande maison du Milan AC. Son père se rappelle qu’à ses débuts, « Il restait souvent de côté avec les jeunes du Milan parce qu’il était trop maigre ». Mais il fait petit à petit son nid et s’adaptera fort bien à ce club. Quel privilège pour le jeune homme de pouvoir revêtir le maillot de son équipe favorite.

Lors de la saison 2003/2004, Matri dispute son premier match à Milan face à Piacenza où il jouera très peu mais devint ce jour là, pour les habitants de sa région le héros. Le petit parti de chez lui allant réussir sa vie à la ville. Admirable début.

Jeune et en manque d’expérience et ayant subi une saison avec l’équipe réserve, le gamin de la province de Lodi est prêté par le Milan AC.

Il profite de ses passages dans des petits clubs italiens pour apprendre les bases et les exigences du haut niveau. Comme celui de Rimini où il a pu côtoyé des joueurs qui évoluent aujourd’hui en Série A tel que Handanovic et Moscardelli par exemple.

De 2004 à 2007 il fréquente la Série B et C avec respectivement Prato, Lumezzane et Rimini.

A l’été 2007, Matri son prêt finit à Rimini, retourne à Milan. Le rêve de gosse de jouer une saison pour le club de son cœur va t-il se réaliser ? Malheureusement non… et il va même s’éteindre à (presque) jamais.

Les performances du jeune attaquant durant ses périodes de prêts n’ont pas convaincu le staff Milanais emmené par Ancelotti à l’époque qui décide de vendre son contrat d’abord à moitié puis en intégralité (2,3M) à Cagliari.

Alessandro Matri quitte pour la première fois dans le domaine footballistique, le nord de l’Italie où il a grandi, pour l’île de Sardaigne.

A son arrivée, le club vient de finir le championnat de Série A à la 16 ème place avec 40 points… à 1 points du premier relégable et est une des pires attaques du championnat.

Le club de Cagliari décide donc de miser pour son secteur offensif lors de l’été 2007 sur le jeune Alessandro Matri (22 ans) ainsi que le brésilien Jeda (28 ans) venant tous deux directement ou indirectement de Rimini en Série B. C’est une réelle opportunité qui lui ai donnée, de pouvoir connaître le plus haut championnat d’Italie et d’y jouer un rôle.

Le pari semble gagnant pour les dirigeants de Cagliari, Matri sera épaulé par Acquafresca (jeune joueur également, arrivé de Trévise), ils marqueront 19 buts à eux 2 (9 pour Matri, 10 pour Acquafresca). Rien d’affolant mais cela redonne un « coup de fouet » à l’attaque de Cagliari, qui permettra d’accrocher la 14 ème place.

La saison suivante, il marquera 13 buts en 38 matchs et devient petit à petit un joueur pouvant faire la différence dans cette équipe. Cagliari terminera le championnat à la 9 ème place et retrouve une attaque convenable dans cette Série A.

Matri sous les couleurs de Cagliari

Lors de la saison 2009-2010, Alessandro Matri continue sa progression et après 22 matchs sous le coaching du futur grand M. Allegri, il marquera jusqu’à 11 buts. Après un début timide en championnat et une élimination dès le premier tour de la Coupe d’Italie, Cagliari emmené par son nouvel grand attaquant Matri enchaînera jusqu’à 6 succès consécutifs, l’équipe côtoiera même les places européennes durant un temps. Ale est clairement le joueur en vue cette saison du côté de la Sardaigne. Il sera même surnommé « Mitra Matri » c’est-à-dire, Matri la mitraillette.

Un ambitieux chez les ambitieux

Oui mais voilà les performances de l’attaquant milanais ne passent pas inaperçu en Italie.

En janvier 2011, c’est la Juventus de Turin qui en profitera. En effet son attaquant vedette, le français Trezeguet annonça plus tôt son départ de l’équipe pour juin 2011. Pour pallier à ce départ la vieille dame décide de parier sur l’attaquant de Cagliari pour la saison prochaine.

Finalement les turinois se l’offriront directement sous forme de prêt durant 6 mois, pour pallier à l’inattendue grave blessure de Quagliarella avant de l’acheter 15,5 M durant l’été.

C’est avec une énorme fierté et un grand bonheur qu’il arrive dans le Piémont.

Alessandro franchi là un cap important de sa carrière en signant pour une des plus grosses écuries du championnat, ambitieuse en plus de ça de pouvoir reconquérir un scudetto.

Lors de la deuxième partie de saison, Matri jouera moins mais se montrera tout de même (16 matchs pour 9 buts). Il se trouve être le joker idéal.

Ses performances lui devront 2 sélections en équipes d’Italie pour 1 but. Il se retrouve sur les devant de la scène internationale grâce à son arrivée dans le club du Piémont. Sa qualité est évidente, on lui reconnaît notamment un grand talent d’anticipation. 

Premier appel en sélection

Ale réalise sûrement ici la meilleur saison de sa carrière.

Le charme de l’attaquant et sa relation avec la belle Federica Nargi (ancienne miss Rome 2007) avec qui il se fiancera la même année lui vaudront la une de plusieurs magazines peoples en Italie, les « joies » de la popularité.

Le petit Matri de sa campagne natale devenu star people du football italien.

Durant l’été 2011, Alessandro se confiera sur la saison à venir, avec malgré la difficulté de l’objectif, l’ambition de marquer autant de but que la saison dernière (20 buts). Il se dit très heureux de l’arrivée du milanais Pirlo à la Juventus ainsi que la nomination de Conte en tant qu’entraîneur de la Vieille Dame. Il annoncera avec ambition et amour: « Nous devons faire mieux que la saison passée. Nous devons travailler durement, rester unis, et garder l’envie de gagner de la première à la dernière seconde de chaque match, jusqu’au bout du championnat. Quand un joueur endosse le maillot de la Juventus, un club qui a écrit l’histoire du foot en Italie et dans le monde, il a une énorme responsabilité. Il doit montrer qu’il mérite ce privilège chaque jour, même à l’entraînement ».

Le club de la Juventus est en plein renouveau et se veut ambitieuse et à raison de l’être.

La saison 2011-2012 se conclura pour ce groupe de champions constitué par Conte par le sacre de la Juventus en Série A, une Super Coupe d’Italie et une finale de Coupe d’Italie ainsi qu’un record d’invincibilité de Série A (38 matchs) c’est à dire que la Juve n’a pas perdu un match en championnat de la saison. Quel retour !

Premier titre

A côté de ceci, Alessandro Matri contribuera à cette performance en jouant 31 matchs pour 10 buts. C’est la première régression de l’attaquant mais elle passe relativement inaperçu face à la performance grandiose de l’équipe en championnat. Il est tout de même appelé en sélection à 3 reprises. Son adaptation à son nouveau club semble être parfaitement réussi, avec un très bon investissement de sa part, on le désigne comme le parfait équipier.

Lors de la saison 2012-2013, la concurrence en attaque est rude à la vieille dame et le club commence à vouloir élever son niveau de jeu.

Matri jouera 34 matchs pour 10 buts, un niveau de jeu parfois trop faible pour celui de la Juventus qui se développe petit à petit, Ale disputera tout de même 8 matchs de Ligue des Champions qu’il découvre alors et inscrira 2 buts. Seul véritable exploit à titre personnel cette année, il signera un magnifique but inscrit sans chaussure, action qui fût amplement relayée par la presse. Mais il doit se disputer le temps de jeu avec des attaquants tels que Giovinco, Bentner, Vucinic, Anelka et Quagliarella. Et du haut de ses proches 30 ans, le niveau du milanais stagne…

La Juventus réalisera la même performance que l’année précédente en gagnant le Scudetto, la Super Coupe et ira en quart de finale de Ligue des Champions.

Le retour de la Juventus au haut niveau européen pousseront le club a adapter l’effectif à ses ambitions. Cette dernière décision mettront à la porte dans le secteur offensif Bentner, Anelka et… Alessandro Matri. Ils seront remplacés par Tevez et Llorente. Ale est donc remercié par le club.

Retour aux sources?

La Juventus trouvera un accord avec le Milan AC pour la saison 2013-2014. L’homme de la banlieue de Milan de retour chez lui. Que pouvait-il rêver de mieux suite à ses deux dernières saisons en sous régime du côté du Piémont ? L’occasion idéale pour l’attaquant de se relancer et d’imiter son idole Van Basten de jouer pour le Milan.

Mais est-ce un réel choix de la part du clan Rossonero?

Les longues blessures de Pazzini et El Shaarawy justifient en réalité ce retour de l’enfant du pays pour un montant s’avoisinant les 11M d’€.

Ce retour aux sources s’avère plus compliqué. Le Milan en baisse de régime ces derniers mois, se retrouve dans l’obligation de faire de bons choix étant donner l’attente et la pression environnante. L’ancien joueur de la Juve se retrouve donc dans l’obligation de bons résultats. L’exigence mise sur les épaules de Matri est lourde suite à l’investissement du club de ses débuts. Malheureusement Alessandro, comme beaucoup l’avait prédit suite à sa dernière saison en demi teinte et l’atmosphère pesante régnant autour des hommes d’Allegri, est un flop est inscrira 1 seul but en 15 matchs. Le club décidera de s’en débarasser et de le prêter 6 mois à la Fiorentina en janvier étant donné ses performances et le peu de concurrence face à Mario Balotelli.

Retour infructueux

Le début d’année 2014 ne lui réussira pas plus avec 15 matchs et 4 buts… Il finira donc la saison avec 30 matchs et 5 buts, des statistiques qu’il avait lorsqu’il évoluait plus jeune en séries inférieures. Sa côte en Italie retombe lourdement.

Les milanais non convaincu par leur investissement sur Matri la saison dernière, le prête lors de la saison 2014-2015 au Genoa dans le cadre du transfert de Sime Vrsaljkoqui fit le chemin inverse. On constatera un léger regain de confiance avec en 6 mois 16 matchs pour 7 buts en championnat. Il ne sera pourtant pas conservé par ce dernier club.

De retour au Milan AC en janvier et toujours pas dans les plans des dirigeants milanais, Alessandro est prêté à la Juventus à la recherche d’un attaquant remplaçant pour pallier le départ anticipé de Giovinco à Toronto. Il est préféré à Pablo Osvaldo.

Pour autant son retour semble plutôt infructueux et ne servira qu’à faire beau sur son CV. Il jouera 9 matchs  pour 2 buts. On ne peut lui enlever sa performance en finale de Coupe d’Italie qui offrit à la Juventus d’un but en prolongation le doublé. Comme un ultime remerciement à ce club qui lui a tant donné. Il rejouera la Ligue des Champions à 2 reprises avec les bianconeri et participera de ce fait à l’arrivée de la Juventus en finale de la compétition. 

Ayant effectuer son intérim, le revoilà à disposition du Milan. L’attaquant semble toujours autant indésiré. Il effectuera les matchs amicaux avec l’équipe, et une image de l’attaquant ressort et retrace bien le peu d’importance et l’ingratitude que porte le Milan à son joueur à ce moment là. Matri fit son entrée en match amical contre le Réal pour 5 minuscules secondes de jeu. Mihajlovic, le nouvel entraîneur fit de lui la risée des réseaux sociaux…

Comme c’est devenu une habitude, le revoilà prêté dès le début de saison, cette fois ci à la Lazio Rome. Il confirmera ses performances devenues habituelles jouant 31 matchs et en marquant 7 buts. Bien loin des standards de 2011 où l’on attendait l’attaquant milanais comme un futur grand.

Dernier prêt à la Lazio

Mais il faut maintenant s’y résoudre, Alessandro Matri n’est pas un top player. Pour autant c’est un coéquipier exemplaire et munit d’une grande détermination et d’un fort mental. Un homme important pour la vie du vestiaire.

Se faire balader par le club de son enfance n’est jamais agréable. Alors, est-ce le Milan qui a tué la carrière de Matri ? La pression était-elle trop grande dans le club de sa région? Ou alors l’amour pour le Milan l’a-t-il rendu aveugle et s’est-il entêté à rester? Tant de questions dont on ne peut connaître les réponses avec certitudes.

Ale n’avait peut être tout simplement pas la confiance suffisante pour ce club de Milan en perte de vitesse, sur le déclin, dont la mauvaise gestion peut demander à s’interroger. L’état de l’institution milanaise n’ a pas aidé beaucoup de joueurs à réussir durant cette période.

Cependant Alessandro l’a bien (enfin) compris, la liaison entre le Milan est lui était synonyme de mariage impossible. Alors à la fin de son contrat, il s’est résout à s’engager dans un club de milieu de tableau, adéquat à son niveau actuel.

Le choix de la raison

Pisté pourtant pas des clubs ambitieux d’Europe tel que l’OM, mais trop attaché à son pays et ne souhaitant pas le quitter, Matri a signé librement à Sassuolo à l’été 2015. Un choix de prudence.

Arrivée de Matri à Sassuolo

L’arrivée de son premier enfant avec sa femme l’a peut être aussi résonné à stabiliser sa carrière, et donc poser ses valises pour un moment, loin de la vie de star qu’on les joueurs à Milan, Turin ou Rome. Un choix sans aucun doute raisonnable de sa part.

Auteur de 11 buts en 43 matchs la saison passée et de 3 buts en 20 matchs pour le moment cette saison. Matri malgré des statistiques très moyenne pour un attaquant s’est adapté à son nouvel environnement. Son expérience a su aider les plus jeunes tel que Lirola ou Pelligrini à s’adapter au haut niveau, d’autant plus que l’équipe joua l’Europa League lors de sa première saison. Concernant sa santé une fragilité au mollet est apparu depuis la Lazio, seule blessure emmagasiné par Ale durant sa carrière, affaiblissant un peu plus l’attaquant italien. Des performances donc moyennes mais un joueur sur qui on peut compter pour encadrer ce vestiaire. Il semble bien loin le temps où Matri était décisif pour son équipe mais son expérience emmagasiné durant sa carrière dans les différents clubs italiens semble aujourd’hui importante dans son nouveau club qui se veut ambitieux à son échelle.

En contrat jusqu’en juin 2018 à Sassuolo, il peut espérer une prolongation de la part de son président.

Matri, c’est donc l’itinéraire de l’enfant prodige de sa région qui est partie de chez lui pour découvrir le football de haut niveau. De très bonnes performances l’ont amené à signer dans un grand club en reconstruction, la Juventus de Turin, qui lui a permis de découvrir le très haut niveau où il a pu gagner des titres et découvrir la scène européenne. Mais avec des statistiques trop faibles pour un attaquant du standard du renouveau de la Juve, Alessandro s’est laissé happer par l’amour qu’il porte au Milan, sans pouvoir y réussir et recevoir un amour réciproque. Le Milan AC en crise s’est joué de sa carrière, mais tel un fidèle serviteur ambitieux, il n’a jamais quitté l’idée de vouloir s’imposer dans son club de cœur.

Théâtrale carrière.

Depuis ses nombreux prêts en Série A, et donc une forte expérience conçue, Matri s’est arrêté à Sassuolo, retrouvant le calme limite campagnard d’antan, à l’époque où sa carrière n’avait pas encore décollé loin des jugements sévères des hautes places du football italien.

Un physique fait pour la célébrité contrairement à son psychisme. Grande Matri, restera dans tous les cas, le héros d’un monde simple et authentique, celui de sa région.

Robin Garnier

A propos de l'auteur

Rédacteur rubrique football & Community Manager

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