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OGC Nice : Ineos prend les devants

D’une activité rare sur le marché des transferts, les clubs français surprennent cet été. Rennes et Marseille ont à leur actif quelques bons coups, Paris a décidé d’enfin combler ses faiblesses. Et Nice a enfin montré que le projet mené par Ineos était crédible. Avec plusieurs recrues de renom, les Aiglons s’affichent comme de sérieux candidats à l’Europe. Ces nouveaux visages méritent d’être présentés, même si les résultats ne seront peut-être pas immédiats.

 

Arrivé lors de l’été 2019, Ineos a mis du temps avant de lancer sérieusement son projet à Nice. La saison 2019/2020 a été perturbée par la COVID-19 et l’arrêt du championnat. La suivante a été ratée, à tel point que Patrick Vieira a été débarqué. L’intérim d’Adrian Ursea ne s’est pas montré beaucoup plus convaincant et Nice a conclu sa seconde saison sous pavillon anglais à une triste 9e place. Il fallait donner un nouvel élan. Et on ne parle pas de n’importe quel élan.

Dégraissage en cours

L’été dernier, Nice avait déjà beaucoup recruté : Amine Gouiri, Jordan Lotomba, Robson Bambu, Hassane Kamara et Morgan Schneiderlin avaient été transférés. Flavius Daniliuc signait en tant qu’agent libre après la fin de son contrat au Bayern. Enfin, Rony Lopes et Jeff Reine-Adélaïde étaient prêtés, avant que William Saliba et Jean-Clair Todibo ne posent leurs valises sur les bords de la mer Méditerranée cet hiver, aussi sous forme de prêt. Au final, on compte plus d’échecs que de réussite parmi cette liste. Gouiri et Todibo ont été les plus convaincants. Lopes, Bambu et Schneiderlin pas du tout ou très peu.

On s’est activé du côté de Nice pour vite oublier ces erreurs. Les options d’achat de Rony Lopes et JRA n’ont pas été levées. La situation est un peu différente pour le Lyonnais, gravement blessé cet automne, dont l’OA s’élevait à 25 millions. Une somme jugée trop conséquente par le board niçois. Au contraire, celle qui était incluse dans le contrat de Todibo a bel et bien été activée. Aujourd’hui, l’OGCN hésite à donner une autre chance à Robson Bambu, pas aidé par la longue absence de son compatriote Dante. Il devrait quand même être libéré en cas d’offre intéressante.

En ce qui concerne les plus anciens, Nice a reçu un peu plus de 6 millions d’euros de la part de Parme pour Wylan Cyprien, qui a été prêté dans la foulée à Nantes. Stanley Nsoki, prometteur à Paris mais en échec à Nice, a trouvé point de chute du côté de Bruges pour se relancer (6,5 M €). Racine Coly a pris la route du Portugal et d’Estoril sans contrepartie et le défenseur central formé au club d’Andy Pelmard a été prêté avec OA à Bâle. Enfin, Norwich a déboursé 6 millions d’euros pour s’attacher les services de Pierre Lees-Melou, au club depuis 4 ans. Khephren Thuram, Ihsan Sacko et Kasper Dolberg pourraient encore plier bagage. Au total, Nice a reçu un peu plus de 19 millions d’euros pour ses différentes ventes. Une somme très rapidement réinjectée pour renforcer l’effectif, et recruter un homme chargé d’animer le tout : Christophe Galtier.

La vie change avec (les) Oranjes

On connaît déjà Melvin Bard. On connaît également Mario Lemina, habitué des pelouses de Ligue 1. Les recrues néerlandaises sont un peu moins connues par les suiveurs les plus assidus du championnat. Rapide tour d’horizon.

Il est la première grande recrue de l’été niçois. Calvin Stengs a rejoint le Gym pour 15 millions. Formé à l’AZ, ce milieu offensif souvent positionné à droite même s’il aime rester dans le demi-espace est peut-être l’un des plus beaux coups de l’été en Ligue 1. Extrêmement créatif par la passe, il peut apporter une réelle plus-value à l’effectif niçois. D’abord parce que son pendant à gauche, Justin Kluivert, a un profil totalement différent. Ensuite parce que son positionnement assez éloigné de la ligne de touche va permettre à Youcef Atal (s’il ne part pas ou ne se blesse pas) de profiter d’un boulevard sur son couloir droit.

Stengs ne marquera pas des milliers de buts. Néanmoins, il peut véritablement bonifier un joueur comme Kasper Dolberg s’il parvient à montrer ses qualités de créateur en Ligue 1. Dans un registre différent et des passes d’un autre type, il est également le joueur qui lancera possiblement Gouiri dans la profondeur. Son adaptation devrait être facilitée par la colonie Oranje qui débarque avec lui. En revanche, son nombre de buts cette saison (7) pourrait être légèrement revu à la baisse (on en reparle tout de suite).

Stengs a été suivi peu de temps après Justin Kluivert. On parle là d’un profil ciblé par Christophe Galtier. L’entraîneur français demandait des joueurs rapides capables de prendre la profondeur. Il ne demandait pas de noms, mais des profils. Il a eu les 2. Justin, fils de Patrick, est effectivement un joueur de profondeur. À l’aise avec le ballon, celui qui jouait le plus souvent sur l’aile gauche avec Leipzig se crée une grande majorité de ses occasions après un appel dans le dos de la ligne défensive adverse. C’est en lien direct avec une de ses plus grandes faiblesses avec son jeu de tête : son inefficacité. Il est rapide, il est élégant et technique mais marque peu. Il est en réalité resté sur ses bases d’Eredivisie.

Crédit image : Twitter @thecomeonman

Il est connu que le championnat des Pays-Bas compte des défenses disons friables. Parmi les cellules de recrutement, il est fréquent que le total de buts marqués par un joueur d’Eredivisie soit divisé pour « rééquilibrer ». Lors de sa meilleure saison avec l’Ajax, Kluivert avait planté dix fois. En Italie et Allemagne, il a inscrit respectivement 1, 4 et 3 buts. Par rapport au tableau ci-dessus, il était attendu que le Néerlandais soit environ 28 % moins efficace en Italie par rapport à ce qu’il a montré avec l’Ajax. Son passage de la Serie A à la Bundesliga a remis de l’ordre dans ses stats, c’est pourquoi on peut s’attendre à environ 6 buts pour lui en Ligue 1 (s’il reste sur ses bases de ses trois dernières saisons).

Plus globalement, Kluivert n’est pas un joueur de stat puisque son record de passes décisives est de 6 (saison 2018/2019 avec la Roma). Nice le sait, Kluivert n’est pas un tueur devant la cage et réalise un parcours relativement décevant par rapport à ce qu’on pouvait espérer en début de carrière. À lui de nous faire mentir s’il veut retrouver la sélection (absent depuis septembre 2018). Venons-en à un profil plus défensif.

Pablo Rosario (1997) a déjà connu plusieurs clubs néerlandais lors de sa formation (Feyenoord et Ajax par exemple). Mais cette fois, il quitte le PSV et l’Eredivisie. Première expérience à l’étranger donc. Seulement, ce grand saut aurait dû venir plus tôt. Très en vue lors de sa deuxième saison en pro, Rosario n’a pas vraiment confirmé les attentes placées en lui. Ce transfert tombe à pic pour lui. À quelques mois de la Coupe du monde 2022, il n’a pour le moment honoré qu’une seule sélection en A, datant du 16 octobre 2018. Une éternité.

Quel est le profil de ce milieu encore assez jeune ? Pour commencer, son poste de prédilection est au milieu devant la défense, mais il est capable de reculer dans l’axe. Rosario est un milieu travailleur à la récupération et solide physiquement. Sans être extraordinaire, il est capable de belles relances. Concrètement, si Christophe Galtier fait le choix de poursuivre avec son 4-4-2 qui a bien fonctionné à Lille, il faudrait associer Rosario avec un joueur plus technique, profil auquel répond Hicham Boudaoui. Régulièrement positionné dans le double-pivot d’Eindhoven, Rosario a déjà des repères à ce poste. À lui de s’adapter aux qualités de son associé.

De nouvelles pistes ?

Myron Boadu était suivi après l’échec originel des négociations entre Monaco et Mino Raiola, l’agent de l’attaquant néerlandais. Il avait notamment été aperçu au centre d’entraînement niçois. Et il n’était pas seul. Mohamed Ihattaren, meneur de jeu du PSV, était également présent. Très suivi à ses débuts, Ihattaren a vu poindre de multiples remarques sur son comportement et son hygiène de vie aux Pays-Bas. Ces critiques ont abouti à sa mise sur le banc par Roger Schmidt. Résultat : Ihattaren est en fin de contrat dans un an et sur le départ. Il ne peut même plus s’entraîner avec le groupe pro du PSV, lassé par le jeune homme.

Pour autant, son arrivée ne serait pas forcément un bon coup. Après les venues de Stengs et Kluivert, l’OGC Nice compte déjà plusieurs options offensives. La réputation du garçon ne joue pas non plus en faveur du joueur d’origine marocaine. Étonnement, les intérêts de Ihattaren sont également confiés à Raiola. Attention à ne pas devenir le Wolverhampton de Mendes ou le Nantes de Mogi Bayat…

Depuis maintenant quelques jours, un nouveau profil est envoyé à Nice. Alexis Beka Beka, seule satisfaction parmi les jeunes lors des JO de Tokyo, serait en contact très avancé avec Julien Fournier et son équipe. Un prêt à Caen pour la saison serait envisagé. Toujours est-il que cela ne correspond pas au profil souhaité par Galtier, à la recherche de joueur expérimenté. Moussa Sissoko avait été suivi mais Nice serait aujourd’hui en quête de deux profils à d’autres postes : un défenseur central pour seconder le vieillissant mais irréprochable Dante et un gardien après le départ en fin de contrat de Yoan Cardinale. La place de ce dernier rempart dans la hiérarchie n’est pour autant pas encore arrêtée. Certains supporters rêvent d’Hugo Lloris, qui a vu arriver Pierluigi Gollini (ex-Atalanta Bergame) à Tottenham. D’autres espèrent le plus jeune et prometteur Ersin Destanoğlu (Beşiktaş), 20 ans.

Une chose est sûre, Nice n’a pas fini d’animer le mercato. Toutefois, empiler les recrues et les profils n’a aucun intérêt si cela ne répond pas à un problème existant. L’exemple de Fulham, spécialiste des mercatos conséquents et de l’ascenseur Championship – Premier League, illustre bien les maux qu’implique le sur-recrutement. La cohésion d’équipe peut en souffrir par exemple.

 

Des débuts compliqués à prévoir ?

Ben Darwin est un ancien rugbyman international australien qui a dû arrêter sa carrière à 26 ans après une blessure à la colonne vertébrale, qui aurait pu le paralyser. Après l’arrêt de sa carrière, il a ensuite entraîné avant de travailler dans l’informatique et de monter sa société : « Gain Line Analytics ». Quel rapport me direz-vous ? Sa société permet, via de multiples algorithmes, de mesurer la cohésion et l’alchimie au sein d’un groupe professionnel. Des clubs de rugby comme de football sont des clients de la boîte de Darwin.

Un des algorithmes qui mesurent cette alchimie prend en compte « l’expérience interne (au sein de l’équipe actuelle ou du centre de formation), l’expérience externe (hors de l’équipe actuelle) et l’expérience externe commune (coéquipiers en équipe nationale par exemple) »1. Cet indicateur a mesuré que plus le score de cohésion était bon, meilleurs étaient les résultats. L’enquête comprenait plus de 30 saisons dans 9 sports différents. Gain Line Analytics est la première entreprise capable de chiffrer ces données.

Autres conclusions sur le changement fréquent de club pour un joueur : il faut 3 saisons pour qu’un joueur puisse reproduire un niveau de performances qu’il avait acquis avec son ancien club dans lequel il était présent depuis un moment. On peut ici penser à Antoine Griezmann ou Kai Havertz par exemple, pas toujours à leur meilleur niveau depuis leur transfert même si des bribes de leur véritable niveau ont déjà été aperçues. Ben Darwin ajoute que plus un joueur change de club, moins il a de chances de finir par s’inscrire dans la durée quelque part. Pour en revenir à Nice, Jean-Clair Todibo, Mario Lemina et Justin Kluivert sont loin d’être des modèles de stabilité. L’Australien avance également qu’il est risqué qu’un joueur passe d’un effectif très soudé à un club dont le turnover est fréquent parmi les joueurs professionnels. Cette fois, Calvin Stengs peut être la victime idéale, lui qui vient d’un club (AZ Alkmaar) dont la colonne vertébrale était formée de joueurs formés au club avec Teun Koopmeiners, Myron Boadu ou encore Owen Wijndal.

Évidemment, il serait illogique et grossier de réduire le football à une histoire de cohésion. Toujours est-il qu’elle est un élément essentiel à la réussite d’une saison, en témoigne l’exemple de Leicester 2016, champion avec un effectif extrêmement soudé au contraire des Manchester, Chelsea ou Liverpool (exemple pris par Darwin).

Voir comment Christophe Galtier arrivera à contourner cet obstacle est une autre raison de suivre le début de saison du Gym. Première échéance : Reims à domicile le dimanche 8 août. On en salive déjà.

1. Source Gain Line Analytics : Ben Lyttleton, Manager United

Crédit photo en une : Twitter @ogcnice

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