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Quel impact le retrait des joueurs NHL peut-il avoir sur les Jeux olympiques de Pékin ?

Initialement d’accord pour envoyer ses employés à Pékin pour le tournoi olympique de hockey sur glace, la NHL a finalement décidé, conjointement au syndicat des joueurs, de changer sa décision ce lundi. À un peu plus d’un mois des Jeux olympiques d’hiver, le coup est dur pour ceux qui souhaitaient s’y rendre, mais cette décision semblait presque inéluctable. Retour sur ce qui a poussé la ligue à revenir sur sa position et décryptage d’un choix qui modifie drastiquement l’amorce du tournoi pékinois.

Un retournement de situation

C’est une volte-face auquel beaucoup s’attendaient, et qui a donc été rendu officiel hier. Suite à la montée en puissance du variant Omicron, qui touche aujourd’hui de plein fouet les grandes ligues sportives nord-américaines, la NHL et le NHLPA – syndicat des joueurs de la NHL – ont donc entériné un accord pour ne pas envoyer les joueurs de la plus grande ligue de hockey au monde à Pékin pour les Jeux olympiques. Un gros coup d’arrêt alors que ces derniers devaient faire leur retour dans la compétition après en avoir été absents il y a trois ans, lors des J.O de Pyeongchang.

Oui, car la narration du tournoi olympique de hockey sur glace de Pékin était partiellement centrée sur le retour des joueurs NHL après huit ans d’absence. Présent aux Jeux olympiques seulement depuis 1998, les NHLers y avaient participé sans discontinuer jusqu’aux J.O de Sotchi en 2014, avant donc d’en être privés en Corée du Sud. Les raisons ? Une non-interruption de la saison en NHL pour laisser les joueurs aller aux Jeux sans rater une partie des rencontres avec leur franchise, qui découlait d’une réticence du CIO à payer des assurances et à couvrir les frais de déplacement de ces athlètes. Après ce désaccord, tout avait été mis en œuvre pour ne pas voir le scénario se répéter. Dès l’été 2020, la NHL avait accepté d’inscrire dans la nouvelle convention collective la possibilité de laisser ses joueurs participer aux Jeux olympiques. Puis, en septembre dernier, la ligue, le NHLPA, le CIO et l’IIHF (International Ice Hockey Federation) étaient à leur tour tombés d’accord pour permettre la participation des joueurs NHL aux Jeux olympiques de Pékin. Les étoiles semblaient donc enfin s’aligner, mais le variant Omicron a rebattu les cartes et a tout fait voler en éclats.

Pourquoi un tel retournement de situation ? En grande partie car l’augmentation des cas outre-Atlantique et les mesures sanitaires prévues à Pékin devenaient trop inquiétantes. En Amérique du Nord, outre la NBA et la NFL qui peinent à réagir en conséquences, la NHL a fait des choix assez – contestables pour certains et – drastiques. En plus d’un renforcement des restrictions autour des protocoles Covid-19, la ligue a d’abord pris la décision la décision de reporter de nombreuses rencontres. Au final, ce sont douze matchs cross-border, entre des franchises américaines et canadiennes, prévus entre le 20 et le 23 décembre ainsi que tous ceux prévus entre le vingt-deuxième et le vingt-cinquième jour de ce même mois qui devront être reprogrammés. Total ? Une cinquantaine de rencontres, preuve que la ligue prend cette énième nouvelle vague très au sérieux et attestation s’il en est que la situation n’est pas propice pour laisser ses joueurs rejoindre le continent asiatique.

Autre raison majeure succinctement évoquée ci-avant, le protocole mis en place en Chine en cas de contamination au cours des Jeux olympiques de Pékin. En effet, tout athlète se révélant être positif à la Covid-19 durant les olympiades devra effectuer une quarantaine d’au moins trois semaines sur le sol chinois. Une donnée qui a également sûrement fait pencher la balance dans la décision finale, notamment dans le camp du NHLPA, plusieurs joueurs ayant déjà exprimé leurs réticences sur cette condition sine qua non des Jeux olympiques pékinois.

Moins de stars, moins d’intérêt ?

Conséquence de la non-participation des NHLers aux Jeux olympiques, la compétition ne comptera, encore une fois, pas tous les meilleurs joueurs du monde en son sein. La dernière fois qu’une compétition avait vu toutes les stars du hockey sur la glace ? Les championnats du monde 2016 en Russie. Six ans. Cela fera six ans que la planète n’aura pas vu l’ensemble des meilleurs mondiaux jouxter les uns contre les autres avec leurs équipes nationales. Pékin ne sera donc qu’une nouvelle occurrence dans cette série noire, avec les absences de grands noms comme Sidney Crosby, Nathan MacKinnon et Connor McDavid (Canada), Auston Matthews (USA), Leon Draisaitl (Allemagne) ou encore Victor Hedman (Suède). Des absences qui rebattent les cartes chez les favoris pour le tournoi olympique.

Si les USA ou le Canada faisaient office de têtes d’affiche en présence des joueurs NHL, la hiérarchie est, deux jours après l’officialisation de l’annonce, déjà complètement renversée. Grande gagnante, si tant est que l’on puisse considérer un pays comme gagnant de cette décision, la Russie s’impose désormais comme favorite du tournoi olympique. Déjà sacrés en 2018, les Russes pourront s’appuyer sur un large réservoir de joueurs évoluant dans leur championnat domestique, la Kontinental Hockey League (KHL). Là où la grande majorité des sélections européennes et, forcément, celles nord-américaines ont leurs meilleurs joueurs outre-Atlantique, la Russie possède de nombreux joueurs de grand talent dans sa propre ligue, une différence majeure avec les autres nations à l’aube d’aborder les prochaines olympiades. Une Russie favorite des bookmakers donc, même sans la légende Alex Ovechkin qui évolue aux États-Unis, premier corollaire de la décision de la NHL.

Par ailleurs, une des grandes interrogations soulevées suite à cette décision réside dans le niveau de jeu des sélections largement touchées par ce revirement de situation. Moins de stars veut souvent dire un niveau de jeu moindre, et surtout pas d’associations entre différents noms qui n’ont pas l’habitude de jouer ensemble. Ainsi, le Canada sera par exemple privé d’un duo Sidney Crosby/Connor McDavid, alors même que les deux hommes s’étaient justement entraînés ensemble il y a peu dans l’optique des Jeux olympiques. Un entraînement divin selon ceux qui y ont assisté, mais dont on ne verra sûrement jamais le résultat sur la glace.

Pourtant, comme avant le tournoi de hockey sur glace à Pyeongchang en 2018, on peut toujours trouver des sources d’intérêt à cette épreuve pékinoise, même sans stars. Justement. Moins de stars veut dire moins de nations surpuissantes, et ouvre donc la porte à de potentielles surprises. En Corée du Sud par exemple, l’Allemagne, issue des tournois de qualification, s’était hissée jusqu’en finale, raflant pour la première fois de son histoire la médaille d’argent. Alors, pourquoi ne pas espérer une surprise en 2022 ? Cette absence sera également l’occasion de revoir d’anciens joueurs ayant évolué en NHL par le passé, ou encore d’observer certaines jeunes pépites appelés à rejoindre les rangs de la ligue nord-américaine dans le futur, comme ce fut par exemple le cas de Rasmus Dahlin, présent à Pyeongchang et ensuite choisi avec le 1er choix de la Draft 2018 par les Buffalo Sabres. Ce tournoi sera donc loin d’être sans intérêt, mais forcera (encore) un regard différent sur l’évènement.

Un casse-tête pour les sélectionneurs

Pour terminer cette observation sur une note plus pragmatique, on notera le casse-tête qui attend de nombreux sélectionneurs au moment de composer leur équipe pour rallier la Chine. Avec l’absence des NHLers, les conditions sanitaires qui se détériorent et des mesures qui se renforcent un peu partout sur la surface du globe, composer un groupe de vingt-cinq joueurs s’avère être de plus en plus compliqué. L’absence des grandes stars évoluant en Amérique du Nord rebat également les cartes, la hiérarchie présente n’étant plus que poussière pour certaines équipes nationales qui s’appuyaient sur de fortes individualités qui ne pourront pas être du voyage à Pékin. Entre vétérans, jeunes espoirs et joueurs performants sur le territoire national, bonne chance à tous les sélectionneurs pour faire leurs choix avant le début du tournoi le 9 février prochain.

Et après ?

Avec cette décision de ne pas envoyer ses joueurs aux Jeux olympiques, la NHL soulève plusieurs questions dans un futur proche, aussi bien pour ses propres évènements (All-Star Weekend 2022 à Las Vegas, les 4 et 5 février 2022) que pour les prochaines compétitions internationales. Si le All-Star Weekend devrait bien avoir lieu, qui plus est avec des stars qui ne seront pas en partance pour Pékin, quid de la décision de la NHL pour les prochaines compétitions internationales ? La prochaine en date est le championnat du monde qui est prévu du 13 au 29 mai en Finlande, en plein pendant les playoffs NHL.

Collusion donc pour les joueurs de la ligue qui souhaiteraient représenter leur pays, mais une solution n’est-elle pas trouvable ? Après le retournement de situation de ce lundi, Gary Bettman, commissaire de la NHL, n’aurait-il pas intérêt à négocier avec l’IIHF pour repousser les mondiaux afin de permettre aux NHLers de disputer une compétition internationale en 2022 ? D’un point de vue médiatique, une telle décision serait en tout point positive pour la NHL. D’un point de vue économique, potentiellement aussi, dans l’hypothèse où la NHL trouverait un arrangement financier avec la fédération internationale. D’un point de vue sportif, cela pourrait bousculer le calendrier de reprise de la saison prochaine afin de laisser plus de repos aux joueurs qui s’y seraient rendus. Plus compliqué donc sur ce dernier point, surtout que les pertes financières pourraient être non-négligeables en cas de raccourcissement de la saison pour laisser les joueurs participer à un hypothétique championnat du monde décalé. Rien n’est officiel, tout semble compliqué dans cette uchronie mais une telle décision pourrait, enfin, offrir aux spectateurs une première compétition internationale avec les meilleurs joueurs du monde depuis plus de six ans. Une réalité qui aurait dû se concrétiser en février prochain, mais qui semble à nouveau de plus en plus lointaine.

D’un accord en septembre à un retournement de situation ce lundi, la Covid-19 et son variant Omicron ont drastiquement changé la perspective du hockey sur glace masculin à Pékin. Avec moins de stars et une hiérarchie bousculée, le tournoi olympique en ressort assurément perdant, même si la possibilité d’une surprise ou de voir de nouveaux noms émerger donne une forme d’intérêt différente à ce tournoi, comme ce fut le cas à Pyeongchang en 2018. La quête de stars passera donc par le tournoi féminin, un moindre mal pour un évènement souvent sous-médiatisé, même si le spectacle devrait tout de même être présent pour savoir qui tentera de succéder à la Russie à partir du 9 février 2022.

Crédit image en une : Associated Press

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