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Qui est Patson Daka, le nouvel attaquant de Leicester ?

Il ne manque plus que l'officialisation mais ça ne fait plus aucun doute, Leicester va recruter Patson Daka pour une vingtaine de millions d'euros. Après deux saisons de haute volée en Autriche, le Zambien va entamer la seconde phase de sa carrière : celle avec un gros transfert à justifier dans un des plus grands championnats du monde. Mais que faut-il attendre de ce joueur formé à la sauce Red Bull ?

 

Nathtali, Hervé Renard et Red Bull

Patson Daka naît à Chingola en Zambie le 9 octobre 1998. Son père, Nathtali, est footballeur professionnel. Celui-ci a joué un grand rôle dans le début de carrière de son fils. En 2010, lors d’un match des Kafue Celtics, Nathtali interpelle Lee Kawanu, président du club zambien. Sa requête est simple, il vient lui présenter son fils et lui dit : « Lee, un jour tu seras heureux avec mon fils. Il va vous apporter de grandes choses ». Patson Daka n’est alors qu’un enfant. Pas grave. Impressionnant en réserve, il fait sa première apparition avec le groupe professionnel à l’âge de 16 ans.

Mais Nathtali n’est pas là, plus là pour voir son fils faire ses débuts. Décédé, l’ancien attaquant des Nitrogen Stars a transmis plusieurs choses à son fils : sa vitesse, son habilité, son affection pour Liverpool, mais surtout, son amour pour le football. Selon Kawanu, le décès prématuré de Nathtali aura été une grande source de motivation pour le jeune attaquant, tous deux étant liés par une relation très forte. Patson Daka se réfugie dans le travail. Il rendra son père fier, peu importe où il se trouve.

Daka se montre impressionnant en qualifications et tournoi de jeunes en Afrique, à tel point que le sélectionneur de l’Ouganda Mathias Liule l’accuse de mentir sur son âge, en 2014 : « Vous pouvez voir comme moi qu’il n’est pas U17. Comment peut-il jouer en D1 zambienne à seulement 15 ans ? Peut-être que les IRM ne fonctionnent pas de la même façon en Zambie ». En 2015, pendant l’Africa Cup Nation u17, l’agence 12MANagement de Frédéric Kanouté l’identifie comme un grand talent et suit son évolution.

C’est là qu’intervient Hervé Renard. Ancien sélectionneur de la Zambie, avec qui il a remporté la CAN, l’actuel sélectionneur de l’Arabie saoudite fait passer en 2015, quand il est lié avec le LOSC, un essai à Daka. Sauf que les résultats de Lille en Ligue 1 se font attendre et Renard est renvoyé. Daka n’est donc pas retenu. Un regret pour l’entraîneur français, qui déclare pour l’AFP en 2017 au sujet de Daka : « Il faut vraiment noter son nom, car c’est un joueur très très prometteur qui va faire parler de lui. C’est un avant-centre moderne, qui va vite, qui est capable de faire des efforts et des différences, car il est adroit et a le sens du déplacement. Je l’ai fait venir à Lille à 17 ans, il fallait attendre un peu pour le faire jouer et j’ai eu la malchance d’être remercié entre-temps…»

Bénéficiant du travail de Frédéric Kanouté, c’est un autre club européen qui engage la pépite zambienne. Le 1er janvier 2017, Patson Daka est prêté au FC Liefering, club satellite du Fussballclub Red Bull Salzburg.

 

De la Youth League à la Ligue des champions

Les débuts sont compliqués. La ville de Salzbourg se situant assez proche des Alpes autrichiennes, il peut y faire très froid l’hiver. Évidemment, rien à voir avec la Zambie. Patson Daka raconte lui-même pour 90min : « Au tout début c’était vraiment très difficile. Je suis arrivé en hiver et c’était l’un des pires hivers vécus par l’Autriche. Il y avait de la neige partout. Par chance j’ai été bien entouré à la Red Bull Academy. Ils m’ont fait sentir comme à la maison malgré la distance et ont facilité mon adaptation ».

À Liefering, il joue et s’adapte au pays dans le même temps. Côté stats, 2 buts et 2 passes décisives en 9 matchs de deuxième division autrichienne. Rien de fou mais là n’est pas l’important. Salzbourg étant en Youth League, Daka, sous contrat avec Liefering, peut y participer. Il se montre décisif contre Barcelone en marquant en demies. Il égalise contre le Benfica en finale, Salzbourg s’impose. Premier trophée européen pour Patson Daka.

Salzbourg succède à Chelsea | UEFA Youth League | UEFA.com

Daka est à droite. Crédit image : sportsfile.

Il est transféré définitivement à Salzbourg lors de l’été 2017. Un année exceptionnelle pour lui puisqu’il remporte la Coupe d’Afrique des Nations u20 en étant élu meilleur joueur et meilleur buteur mais également le prix de meilleur jeune joueur africain de l’année. Avant lui, Kelechi Iheanacho, Mohamed Salah ou Victor Ohsimen l’avaient emporté. Lors de la saison qui suit, il alterne entre le groupe de Liefering et celui Salzbourg. Il est décisif en seconde division, pas en Bundesliga autrichienne. Peu importe, il continue de s’adapter à sa nouvelle vie.

Puis vient le moment pour lui de se montrer enfin. Moanes Dabbur quitte le RB Salzbourg et signe à Séville lors de l’été 2019. Patson Daka est destiné à le remplacer. Il inscrit son premier but en compétition avec le club Red Bull contre le SV Mattersburg le 4 août 2019. Ce jour-là, un autre joueur marque son premier but de la saison. Ce joueur qui va lui voler la vedette, c’est Erling Haaland. En Ligue des champions, il score pendant que Daka marque le pas. À l’issue des phases de groupes, Haaland en est à 8 buts quand le Zambien n’en a inscrit qu’un. Absolument pas un problème pour ce dernier : « On a toujours une bonne relation avec Erling et nous sommes toujours en contact. C’est une super personne, sur comme en dehors des terrains. Quand il était à Salzbourg on s’encourageait et se tirait mutuellement vers le haut ».

Pendant l’hiver, le Norvégien signe donc à Dortmund. Daka reste quant à lui, sans qu’on ne parle de lui plus que ça. Ce sont surtout Takumi Minamino et Hee Chan Hwang qui ont marqué les esprits outre Haaland. Pourtant en championnat, Daka a marqué 14 fois et Hwang, 6 fois. À la fin de la saison, le Zambien a un total de 24 buts, contre 11 pour le Coréen. Mais c’est bien ce dernier qui signe à Leipzig. Daka quant à lui, reste une saison de plus en Autriche. Excellente décision.

 

La confirmation avant l’envol

La saison qui vient de se conclure a été excellente pour lui. Malgré une blessure le privant de 4 rencontres en début de saison, il inscrit quasiment un but par match de championnat entre le 13 décembre et le 4 mai : 17 buts en 13 apparitions. En 28 matchs de Bundesliga (21 titularisations), Daka marque 27 fois et donne 7 passes décisives. Deuxième saison remarquable consécutive. Il a logiquement été élu joueur de la saison. Seul ombre au tableau avec son club, il ne s’est pas montré décisif en Ligue des champions (1 passe décisive en 4 matchs). Mais cela lui aura donné la possibilité d’affronter son idole : « L’autre rêve était d’affronter Luis Suárez. C’est aussi celui qui m’a le plus impressionné. Ça a toujours été une de mes inspirations depuis mon enfance. C’était vraiment spécial et j’ai pu échanger mon maillot avec lui ».

L’autre déception est qu’il ne disputera pas la CAN 2022, la Zambie finissant 3e de son groupe, devancée par l’Algérie et le Zimbabwe, malgré deux doublés de Daka lors des deux derniers matchs cruciaux (3-3 contre l’Algérie, victoire 2-0 sur le Zimbabwe). Mais attendons-nous à voir beaucoup plus de son pays dans les prochaines années : « Je nourris toujours de grandes ambitions avec la Zambie. Le football est une source de fierté dans notre pays. »

À quoi s’attendre en Angleterre ?

Certes, il a beaucoup marqué cette saison, comme la précédente. Mais il faut d’abord relativiser ces statistiques avec quelques exemples. En 2016/2017, l’ailier de l’Austria Vienne Olarenjawu Kayode conclut une saison à 17 buts en 33 matchs. Il avait marqué la saison précédente déjà 13 buts, toujours avec l’Austria. La saison suivante, 0 but avec Gérone en Espagne, 3 sur les trois suivantes en Ukraine au Shakhtar Donetsk. Il n’a réussi à se relancer qu’en Turquie, marquant 10 buts en 2019/2020.

Autres exemples : le prometteur Shon Weissman auteur de 30 buts en 31 matchs avec Wolfsberger n’en a marqué que 6 cette saison avec le Real Valladolid. Moanes Dabbur n’a marqué que 8 buts et donné 1 passe décisive en championnat depuis son départ il y a deux ans. Il en était à 42 buts et 16 assists sur autant de saisons avec Salzbourg. Les difficultés de Hwang, Minamino et João Victor (Wolfsburg) à reproduire ce qu’ils faisaient en Autriche révèle un fait quasiment imparable : la Bundesliga autrichienne ne regorge pas de défense solide, et souffre de la surdominance de Salzbourg qui est systématiquement champion depuis 2013/2014.

En Bundesliga autrichienne, Salzbourg marque en moyenne 2.87 buts par match. Dans les 5 grands championnats, seul le Bayern fait plus avec 2.88, bien aidé par le record de Robert Lewandowski. En d’autres termes, Patson Daka se trouve dans des circonstances qui lui sont largement favorables. Pas sûr que ce soit le cas en Angleterre, malgré ses indéniables qualités.

Patson Daka est très rapide et à l’aise avec le ballon. Sa frappe est lourde et précise. Deux de ses plus grandes qualités sont néanmoins sa réactivité et sa science du placement dans la surface : il réagit très vite quand un ballon dévié ou trop fort arrive sur lui (et c’est souvent arrivé cette saison), étant capable soit de contrôler pour conclure ensuite ou bien de finir en une touche. Ses décrochages aux 30 mètres font aussi qu’il peut assez facilement jouer avec une autre pointe (Salzbourg joue en 4-4-2) ou bien avec des ailiers qui reviennent rapidement vers l’intérieur. Il crée en effet pas mal d’espaces dans le dos des défenses autrichiennes (qui restent toutefois limitées). En revanche, il ne tire que très peu de loin.

C’est pourquoi Patson Daka ne marquera pas 30 buts la saison prochaine en Premier League : trop d’écart de niveau avec le championnat autrichien, temps d’adaptation nécessaire… Mais on peut raisonnablement croire à ce qu’il tourne autour des 10 buts et quelques passes décisives, ce qui reste solide à 22 ans dans un des plus grands championnats du monde.

 

Crédit image : Iconsport


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