Suite de nos bilans de la saison de Ligue 2 avec au programme: le Racing Club de Lens. Une place historique du championnat de France qui après 5 ans de purgatoire retrouve l'élite hexagonale. Une accession en Ligue 1 dans des circonstances particulières mais qui au regard de la saison lensoise est loin d'être imméritée.
Classement en championnat (J28) : 2e – 15 victoires, 8 nuls, 5 défaites (+15)
Coupe de la Ligue : éliminé en 16e de finale par le Nîmes Olympiques (3-0)
Coupe de France : éliminé au 8e tour par le FC Dieppe (2-1)
Capitaliser sur l'exercice 2018-2019
Au sortir d'une saison 2017/2018 catastrophique, l'objectif des dirigeants lensois était simple: tout casser pour reconstruire et accéder à la Ligue 1 dans les 2 ans. Intronisation de Philippe Montanier, arrivées massives de joueurs confirmés de Ligue 2 et non-renouvellement de contrats suivirent. En dépit de hauts et de bas, cette année de transition se révèle source de richesses. En effet, quand la 5e place permet la mise en place d'un certain fond de jeu tout en localisant les faiblesses à combler, l'épopée en barrages permet au collectif lensois de créer une réelle alchimie et un état d'esprit de groupe. Ainsi à la fin de l’exercice 2018/2019, malgré la déception du cruel dénouement, une équipe type se dégage, un “groupe” au vécu commun est né et la confiance du public dans le projet du président au summum.
Reste donc à capitaliser sur tout cela. Dans cette optique, les dirigeants réalise une première partie de mercato intelligente. Les départs de Centonze et Bellegarde sont compensés par les arrivées de Michelin et Perez, le secteur offensif pointé du doigt est renforcé (Mauricio, Robail, Sotoca) et en prévision d'une longue saison l'effectif est étoffé avec doublement des postes (Cahuzac, Costa, Desprez, Vincensini, Valencia, retour de blessure de Radovanovic). L'objectif de ne pas bouger l'équipe type est respecté, les voyants sont donc aux verts dans l'artois.
Démarrage diesel et fin de mercato compliquée
D'ailleurs, Lens démarre sa saison avec 2 victoires au forceps au Mans et face à Guingamp grâce à un Chouiar étincelant. Néanmoins, comme souvent dans le football tout ne se déroule pas selon le plan. Dans le sprint final du mercato, les clubs plus riches se réveillent et les joueurs Sang et Or se retrouvent très demandés. Le nouveau champion d'Afrique Mehdi Tahrat reçoit une “offre que l'on ne peut pas refuser” du Golfe, face à la concurrence offensive et un gros salaire Yannick Gomis prend la route de Guingamp à l'instar d'El Hadji Ba et Seif Tka résilie son contrat. À cela s'ajoute le bras de fer de Jean Kevin Duverne qui file à Brest et le départ de la pépite de la Gaillette Mounir Chouiar. À la hâte le board lensois enregistre les signatures de Diallo, Traoré, Keita et Gradit.
Conséquence sportive, le groupe semble miné par cette instabilité et traine sur le terrain son spleen. Totalement hors sujet dans l'engagement physique, le Racing arrache 2 nuls miraculeux à Clermont et Grenoble et s'incline largement à Troyes et à domicile contre Le Havre. À la fin du mercato, l'équipe-type si flamboyante des barrages est totalement démantelée et tout est à refaire. Le début de saison prend une tournure de déjà vu pour les supporters
Champion d'automne
La trêve internationale de septembre est donc la bienvenue pour souffler et intégrer au mieux les recrues. Malgré les résultats mitigés le groupe est sein. À la Gaillette, on “se dit les choses” et sous l'impulsion des vieux briscards Gillet, Leca ou Cahuzac l'équipe va se souder pour garder en tête son unique objectif: la montée. À partir de là tout s'emballe et la cohésion d'équipe devient le maître mot. À l'image d'un Banza qui s'affirme en attaque face à Chambly, d'un Radovanovic rageur face au Paris FC, d'un Sotoca renard des surfaces à Ajaccio, d'un Leca infranchissable à Nancy, d'un Mauricio sauveur contre Lorient ou d'un Robail tireur d'élite à Rodez chacun va apporter sa pierre à l'édifice.
Faisant preuve d'une meilleure maitrise collective et mettant beaucoup plus d'impact physique dans leur jeu, les lensois enchaînent les performances globalement convaincantes qui se traduisent par 10 victoires, 2 nuls et 1 défaite en 13 matchs. Avec une seule défaite dans le derby à Valenciennes et des victoires contre des adversaires directs comme Lorient et Ajaccio les joueurs ont repris le dessus. Lens est champion d'automne à la trêve hivernal.
Tournant de la saison et délivrance
Ce titre symbolique de champion d'automne n'en fait pas oublier certains manquements. Le RCL fait parfaitement tourner le ballon, sa défense est plutôt hermétique pour autant l'animation offensive semble toujours empruntée. L'attaque lensoise ne se crée que très peu d'occasion par match et a du mal à dynamiter les défenses adversaires. En ce sens les dirigeants recrutent Corentin Jean. Un choix qui avec le recul s'avère judicieux tant celui-ci s'est montrer précieux avec 3 buts en 7 apparitions. Car au retour de la trêve, les artésiens enchaine 1 victoire et 4 nuls sans saveurs. Alors certes Lens ne perd pas mais Lens fait du surplace.L'équipe n'est pas assez tueuse dans les 25 derniers mètres et quand dans le même temps son performant bloc défensif ne répond plus le Racing prend l'eau comme le symbolise les “humiliantes” défaites contre Châteauroux (3-2) et Caen (1-4). Deux contre performances face à des équipes de seconde partie de tableau qui font tâches pour un prétendant à la montée.
Une nouvelle dynamique est nécessaire et la présidence tranche: le novice Franck Haise remplace Philippe Montanier. Un choix courageux compte tenu de la seconde place au classement mais ne dit on pas que la chance sourit aux audacieux? Dans l'histoire de Joseph Oughourlian il semble que la réponse soit positive. Son nouvel entraîneur enchaine 2 victoires face au Paris FC et Orléans et la crise sanitaire arrête la saison de Lens à la 2e position. La LFP décide l'arrêt définitif de la saison. Le RCL est de retour en Ligue 1 et les supporters jubilent !
Bilan
Bien entendu, certains trouveront à redire de cette montée prématurée arguant la mauvaise passe de février. Mais le leader lorientais n'a t'il pas eu aussi un passage à vide à cette période? Tous les “et si” et les fantasmes sont possibles. Cependant à l'instant T, de nombreux arguments plaident pour eux. Lens a passer 18 journées dans le Top 2, a concédé le moins de défaite (5), est la première équipe à domicile (30pts)… Surtout, les Sang et Or ont un bilan positif face à leurs concurrents directs avec 3 victoires, 2 nuls et 1 défaite. “Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse”, après les déceptions de 2017 et 2019 les supporters lensois embrassent cette maxime populaire avec plaisir car après tout “chacun voit midi à sa porte”.
Autour d'un projet sportif cohérent et ambitieux, Joseph Oughourlian et Arnaud Pouille s'étaient donné 2 ans pour remonter. À la fin de cette saison 2019/2020 un peu particulière l'objectif est donc atteint. L'hommage à Arnold Sowinski et Daniel Leclerq n'en est que plus beau.
crédit image : la Voix du Nord