Spécial OL-ASSE: 5 novembre 2017: une valise historique

Avant le derby de vendredi soir, nous vous proposons de revenir sur deux derbys qui ont marqué l’histoire de ces affrontements fratricides. Aujourd’hui, on aborde la claque historique reçue par les Verts dans le Chaudron, il y a un peu plus d’un an. Une rencontre âpre, marquée comme toujours par des déclarations, des polémiques et des gros tacles.

5 novembre 2017 : AS Saint-Etienne – Olympique Lyonnais: 5-0 (Depay (11e), Fékir (26e, 85e), Mariano (58e), Traoré (65e))

Le contexte : « On va à Saint-Etienne pour gagner, de toute façon il n’y a rien à faire là-bas. »

Pas de derby sans petite phrase choc, avant et après. Les deux camps embrassant volontiers la polémique quand l’occasion se présente. En l’occurrence, la mèche est signée Nabil Fékir, capitaine des Gones, qui, quelques jours avant la rencontre, remet en cause l’attractivité de la ville minière voisine. «On va à Saint-Etienne pour gagner, de toute façon il n’y a rien à faire là-bas. » Une attaque gratuite, mais très innocente quand on compare aux précédentes déclarations des uns et des autres. En décembre 2012, après une question concernant les gardiens des deux clubs à l’époque, Ruffier (ASSE) et Vercoutre (OL), Roland Romeyer, président des Verts avait par exemple lâché « On ne compare pas une Ferrari à une 2CV ! ». Une phrase qui avait d’abord agacé du côté rhodanien, avant de franchement faire rire quelques jours plus tard, après que Lyon soit allé s’imposer (1-0) à Geoffroy Guichard grâce à un but de Michel Bastos sur coup-franc après une faute de placement de Ruffier.

Sportivement, les deux clubs sont dans des dynamiques opposées puisque le club hôte, les Verts, est certes 6e mais entame sa longue agonie de onze matchs sans victoires, alors que les Lyonnais restent, eux, sur cinq succès de rang et trois sans prendre le moindre but. Victorieux face aux Anglais d’Everton (3-0) quelques jours avant la rencontre, ils avaient alors fait un grand pas vers la qualification en 16e de finale de la Ligue Europa.

Le match : une déroute historique signée Nabil Fékir

Le capitaine lyonnais aura en effet imprimé sa marque sur la partie, et ce de plusieurs façons.
Perrin, le capitaine stéphanois et taulier du club, Diony et Cabella, manquent à l’appel de ce bouillant affrontement. Les Lyonnais de leur côté peuvent compter sur leur quatuor d’attaquant Depay – Fékir – Traoré – Mariano.
Paradoxalement, ce sont les Verts qui entament le mieux ce match puisque qu’Hamouma manque son face à face avec Lopes qui sort bien pour la détourner en corner. Une action anodine mais qui va peser très lourd. D’abord parce que l’ailier  se blesse sérieusement à la cuisse, ensuite parce que sur le coup de pied de coin qui suit, lui et Selnaes ratent leur combinaison et Fékir peut alors enclencher un contre assassin. L’international français sert le jeune Houssem Aouar, qui trouve Memphis. La frappe du Néerlandais est parfaitement bien placée et Lyon ouvre le score, tandis que l’infortuné Hamouma doit laisser sa place à Soderlund. Ça ne va pas s’arranger, puisque Fékir, encore lui, profite ensuite de la naïveté et du manque de combativité de la défense adverse pour doubler la mise. Sur une percée, le meneur de jeu lyonnais n’est pas attaqué et déclenche une belle frappe de 20m qui trouve le petit filet de Ruffier. À la 47e minute, Léo Lacroix va encore aggraver les choses, puisqu’il est exclu après un tacle dangereux sur le capitaine des Gones, particulièrement ciblé durant la partie. À dix, cela devient mission impossible pour les hommes d’Oscar Garcia baladés. Et à l’heure de jeu, Mariano conclut un magnifique mouvement collectif et clôt quasiment le suspense. Traoré d’un crochet malicieux puis d’une frappe enroulée vicieuse vient ensuite donner un peu plus d’ampleur au score. En fin de match Fékir prend tout son temps pour ajuster Stéphane Ruffier et alourdir encore la valise. Et là c’est le drame… Le joueur formé au club jubile, et enlève son maillot pour le présenter au kop stéphanois. La double humiliation est trop forte pour le public qui envahit le terrain et oblige M. Turpin à arrêter momentanément la rencontre. Après ce bref retour aux vestiaires, aucune des deux équipes ne veut vraiment jouer, et la rencontre se finit sur ce score de 5-0, la plus grosse victoire de Lyon sur le terrain de son voisin honni. Fékir aura donc en 90 minutes planté un doublé, provoqué le rouge de Lacroix et conduit tout un stade à des débordements, un derby agité pour celui qui avait décidé de rester l’été précédent malgré les départs successifs des autres “pépites” de sa génération: Tolisso et Lacazette et celui d’Umtiti un an avant

L’après : Un capitaine ne devrait pas faire ça

C’est bien évidemment le geste polémique de Fékir qui alimente l’après-match. En zone mixte, le capitaine déclare ne pas regretter son geste. Les plateaux TV s’emparent de l’affaire et débattent du bien-fondé de la réaction du joueur. Certains comparent son geste à celui de Messi ou d’Icardi, d’autres lui imputent les débordements de fin de match et parlent d’une action inconsidérée.

Côté Lyonnais on prône bien évidemment un cambrage innocent. « Le problème de Saint-Etienne, c’est que ce n’est jamais de leur faute » tweete JMA. Et l’OL Store, lui, se régale.

Côté Stéphanois, la pilule passe mal. Outre l’affaire du maillot, il est aussi reproché aux supporters lyonnais d’avoir saccagé le stade (40 00€ de dégâts estimés). C’est finalement le club rhodanien qui paiera l’addition. Mais c’est surtout sur le terrain du sportif que la défaite fait beaucoup de mal. Oscar Garcia a beau s’excuser publiquement de la gifle reçue par ses joueurs (« Je n’ai jamais connu de telle déroute à domicile et je demande pardon aux supporters pour ce résultat. C’est le jour le plus triste pour moi en tant qu’entraîneur (…) Je ne me sens pas fragilisé, mais il est vrai que c’était le match que nous voulions gagner le plus pour les supporters. Cela ne s’est pas passé comme nous le voulions, mais nous devrons nous relever comme le club a toujours su le faire.») , il ne s’en remettra jamais vraiment et quitte ses fonctions peu après. Les fans sont en colère, une banderole pleine de poésie est déployée au centre d’entraînement : « Une humiliation historique, vous n’avez aucune fierté ! Des dirigeants aux joueurs, allez vous faire enc**er ! »
On l’a déjà abordé mais ce revers plongera le club dans une crise majeure, le conduisant même à être au bord de la zone de relégation à la trêve. L’arrivée de Gasset et d’une foule de renforts à l’hiver permettront finalement à Saint-Etienne de lutter pour l’Europe jusqu’à l’ultime journée.
Pour les Lyonnais, ce succès entamera une bonne série, mais après un trou d’air vers février-mars qui coûte au Gones l’opportunité d’une finale de C3 chez eux au Parc OL, le club accrochera in extrémis la C1.
Au match retour, on assistera à un spectacle bien moins haut en couleur et les deux équipes se quitteront sur un nul (1-1) obtenu par Debuchy à la toute fin du match.

On se retrouve demain pour un souvenir beaucoup plus joyeux pour tous les supporters des Verts, il sera question d’un derby très spécial et d’un coup-franc assassin de Dimitri Payet.

Crédit image de couverture: AFP/PHILIPPE DESMAZES

A propos de l'auteur

Diplômé ESJ Paris, journaliste foot, passé par le Paris Normandie. L'important n'est pas d'avoir raison, mais de l'argumenter. Rabiot est surcôté

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