Nombreux sont les coureurs cyclistes qui laissent entrevoir un fort potentiel dès leur plus jeune âge. Mais pour certains d’entre eux, si le début de carrière s’avère très prometteur, la suite ne répond pas toujours aux attentes. Retour sur le parcours de ceux que l’on peut appeler des « talents gâchés ».
Après le portrait du Colombien Carlos Betancur, retour aujourd’hui sur le parcours de l’Américain Tejay Van Garderen.

 

Des débuts pleins d’espoir

Pour le natif de Tacoma (Etats-Unis), tout commence avec de nombreux titres dans la catégorie junior. Champion des Etats-Unis à dix reprises, sur route et en cyclo-cross, le jeune Tejay est décrit par beaucoup d’observateurs comme un futur grand champion. On dit même de lui qu’il est « le meilleur potentiel américain depuis la génération Armstrong ». C’est ainsi qu’en 2007, Van Garderen prend part au Tour de Californie avec l’équipe nationale. Il est contraint à l’abandon lors de la quatrième étape, mais est ensuite sélectionné pour le Tour de l’Avenir. Il termine vingtième de l’épreuve remportée par Bauke Mollema, puis participe aux Championnats du monde espoirs à Stuttgart. 33e sur le contre-la-montre, il abandonne lors de la course en ligne.

 

Premières victoires européennes

L’année suivante, Tejay, alors âgé de 19 ans, débarque en Europe. Il intègre l’équipe Rabobank Continental, sur les conseils du sélectionneur U23 des Etats-Unis. Les débuts sont prometteurs, avec une 16e place au général sur le Tour d’Algarve, , avant de décrocher sa première victoire, lors de la première étape de la Flèche du Sud. Il enchaîne avec le Tour de Lleida et une deuxième victoire, sur un contre-la-montre cette fois. Suivent quelques podiums et places d’honneur, notamment sur le Circuito Montañés et sur le Grand Prix Guillaume Tell. Pour son deuxième Tour de l’Avenir, le coureur américain s’impose lors de la dernière étape et décroche la huitième place du classement général. Aligné de nouveau sur les mondiaux espoirs, il ne peut faire mieux qu’une 25e place à l’occasion de la course en ligne, et une 42e lors du contre-la-montre.

En 2009, Tejay Van Garderen poursuit sur sa trajectoire ascendante, et remporte son premier classement général sur une course à étape. En effet, il s’impose lors du Tour du Haut-Anjou. Il fait de même sur le Circuito Montañés, puis enchaîne de nouveau les podiums et tops 10. C’est le cas lors du Tour de l’avenir (son troisième), avec trois étapes terminées sur le podium. Cela lui permet de décrocher une belle deuxième place au général, juste derrière le Français Romain Sicard. En fin de saison, il se classe 13e lors du contre-la-montre des mondiaux espoirs.

 

Adaptation réussie

A 21 ans, Tejay Van Garderen s’engage avec l’équipe HTC-Columbia et découvre les épreuves World Tour. C’est sur le Critérium du Dauphiné qu’il s’illustre d’abord, avec une troisième place au classement général final. Quatrième du Tour de l’Ain, il est ensuite sélectionné pour la Vuelta. Sur son premier Grand Tour, « TVG » et son équipe remportent le contre-la-montre inaugural. Le coureur américain termine finalement 35e de ce Tour d’Espagne. La saison suivante, il est aligné sur Paris-Nice et joue un rôle important dans le succès de son coéquipier, Tony Martin. Puis le Tour de France est au programme pour Van Garderen. Porteur du maillot à pois lors de la neuvième étape, il termine 82e au général.

En fin d’année, l’équipe HTC-Columbia disparaît et le coureur américain prend la direction de BMC Racing. Sous ses nouvelles couleurs, il arrive en tant qu’équipier pour épauler Cadel Evans. Mais il se montre performant sur Paris-Nice tout d’abord, en terminant cinquième du général et meilleur jeune. Puis il se classe 14e sur le Critérium du Dauphiné, avant de prendre part à son deuxième Tour du France. D’abord au service d'Evans, « TVG » va finalement pouvoir jouer sa carte personnelle, après une défaillance de son leader australien. Des bonnes performances en contre-la-montre et lors de quelques étapes de montagnes lui permettent de se classer cinquième au général. Il termine également meilleur jeune de cette Grande Boucle, qu’il qualifie d’« incroyable ».

 

Futur vainqueur du Tour ?

Après ce très bon résultat et ce maillot blanc obtenus en 2012, Van Garderen peut-il viser encore plus haut ? En tout cas, il se sait attendu comme un des hommes à suivre sur le Tour de France, et ce dès 2013. Après une quatrième place sur Paris-Nice, une victoire sur le Tour de Californie et une troisième place lors du Tour de Suisse, le coureur de 24 ans arrive en forme sur la Grande Boucle et se présente en tant que co-leader de son équipe, aux côtés de Cadel Evans. Mais il abandonne tout espoir de victoire finale dès la huitième étape, en souffrance dans les Pyrénées. On retrouve donc un Tejay Van Garderen bien loin de ses objectifs : 45e du classement général, à plus d’1h40 de Christopher Froome, vainqueur cette année-là.

En 2014, l’Américain reste tout de même concentré sur le Tour de France et sur ses objectifs élevés. Malgré une préparation légèrement tronquée par une blessure sur le Tour de Romandie, il est aligné pour la première fois en tant que leader unique de l’équipe BMC. Malheureusement, il enchaîne les chutes lors des premières étapes et pointe déjà à plus de trois minutes de Vincenzo Nibali en fin de première semaine. Mais ses bonnes performances sur les étapes vosgiennes et alpestres lui permettent de se replacer à la cinquième place au général. Décevant dans la première étape pyrénéenne, mais sixième lors de l'ultime contre-la-montre, il doit se satisfaire de cette cinquième place finale, comme en 2012. En fin de saison, Tejay Van Garderen et son équipe décrochent le titre mondial lors du contre-la-montre par équipe.

 

Malchanceux

Les années passent et les objectifs ne changent pas pour « TVG ». Le rouleur-grimpeur a toujours le Tour de France bien en tête pour la saison 2015. Pour se préparer, il réalise tout d’abord de très bons résultats sur le Critérium du Dauphiné. Vainqueur du contre-la-montre par équipe, deuxième lors des cinquième et septième étapes, porteur du maillot jaune pendant deux journées, il se classe finalement deuxième au général. A seulement dix secondes de Christopher Froome, Van Garderen passe tout près d’une victoire de prestige, et montre qu’il faudra compter sur lui en juillet.

Sur la Grande Boucle, il semble bien parti pour enfin monter sur le podium final. Vainqueur avec ses coéquipiers sur le contre-la-montre par équipe et quatre fois dans le top 10, l’Américain occupe la troisième place du général jusqu’à la 17e étape. Mais, une nouvelle fois victime de malchance, il est contraint à l’abandon après 90 kilomètres parcourus. Malade, il quitte le Tour et sa place sur le podium dans une déception immense. Un mois plus tard, il prend part à la Vuelta et figure parmi les favoris, mais doit de nouveau abandonner, victime d’une chute collective sur la huitième étape. Epaule droite fracturée, il met fin à sa saison.

 

Loin des podiums

L’année suivante est à oublier pour Tejay Van Garderen, qui fait l’impasse sur les Jeux Olympiques. Lors du Tour de France, il se classe 29e, à plus d’une heure de Christopher Froome. Pour sa deuxième Vuelta, il abandonne sur la 17e étape. En 2017, le coureur américain est aligné sur le Giro et le Tour d’Espagne, avec pour objectif de bien figurer au classement général. S’il se classe seulement 20e en Italie, il décroche sa première (et seule) victoire individuelle sur un Grand Tour, lors de la 18e étape. Sur la Vuelta, il termine dixième du général, à plus de quinze minutes du maillot rouge.

Lors de la saison 2018, Van Garderen retrouve le Tour de France, mais cette fois en tant qu’équipier de Richie Porte. Mais, après le retrait de ce dernier suite à une chute, l’Américain déçoit et ne parvient pas à faire mieux que 32e au classement général. En fin d’année, il quitte l’équipe BMC et s’engage chez EF Education First. S’il décroche une belle deuxième place sur le Critérium du Dauphiné, il est ensuite contraint à l’abandon lors du Tour de France et de la Vuelta.

 

Alors qu’il va fêter ses 32 ans au mois d’août, Tejay Van Garderen fait partie de ces « ex-futurs grands champions » qui ont performé avant de décevoir. Le meilleur jeune du Tour de France 2012 n’a pas été en mesure de confirmer tous les espoirs placés en lui, en remportant ce Grand Tour que beaucoup lui promettaient. Souvent victime de malchance, les chutes à répétition ont eu raison de l’Américain, qui semble aujourd’hui trop loin d’un podium autrefois accessible sur le Tour, le Giro ou la Vuelta.

 

Crédits photo : Le Dauphiné Libéré