Voila, c’est fini, chantait Jean-Louis Aubert. On ne sait pas s’il parlait du Tour, mais sa chanson revient à nos oreilles tous les ans, fin juillet. Après vous avoir débriefé les 21 étapes quotidiennement, on revient cette fois-ci sur les trois semaines dans leur ensemble.

Le maillot jaune : PAYS DE GALLES INDEPENDANT !
Geraint Thomas. Que dire ? Et évidemment, on va en dire quand même. Leader de la Sky, le Gallois s’est presque promené pendant trois semaines. Jamais menacé, jamais en difficulté, il a d’abord profité d’un double jeu avec Froome, puis a écrasé le Tour de son talent. Vainqueur à La Rosière, à L’Alpe d’Huez et toujours dans les roues des autres favoris, Thomas réalise la course parfaite. Il a également bénéficié d’une équipe toujours plus dominatrice sur les routes du Tour (voir ci-dessous).
Le maillot vert : dans un coussin Peter
Les années se suivent et se ressemblent ! A tel point que Peter Sagan pourrait signer chez Sky. Plus sérieusement, le Slovaque a encore une fois écrasé le classement par points. On a d’abord cru que Gaviria viendrait lui chercher des poux dans la tête, mais visiblement, les douches Hansgrohe ont permis au champion du monde de se débarrasser de ses parasites. Pour le reste, la montagne a fait le travail. Les sprinteurs sont tombés comme des mouches, et la messe était dite. Il n’y a guère qu’une chute en descente qui aura causé quelques frayeurs à Sagan. Match nul avec Erik Zabel, 6 partout. L’Allemand peut savourer sa dernière année en haut des tablettes, a priori.
Le maillot à pois : Allah…philippe !
Le Dieu tricolore de ce Tour de France. Le rayon de soleil, celui qui amène la lumière sur tous les peuples. Dans un Tour plutôt terne côté français (voir ci-dessous), Julian Alaphilippe a illuminé les routes de sa classe. Déjà avec deux victoires d’étape (Grand-Bornand et Bagnères-de-Luchon). Et comme si cela n’était pas assez, le sociétaire de Quick-Step a copié son prédécesseur, Warren Barguil, en ramenant le maillot à pois à Paris. Ajoutez à cela une classe naturelle au micro des journalistes, ou même sur le vélo. Et vous avez là un grand monsieur de l’édition 2018.
Le maillot blanc : Latour de contrôle
On n’avait pas plus original comme jeu de mots, mais c’est parce que la formule correspond tout à fait à son rôle pendant les trois semaines. A part à Mûr-de-Bretagne où il a pu jouer sa carte, terminant 2e, Pierre Latour a joué le lieutenant de Romain Bardet. Même sur le chrono d’Espelette, qui aurait pu lui convenir, il n’a sans doute pas pu faire parler toutes ses aptitudes, après un Tour épuisant. Toujours là pour lancer son leader, il n’a pourtant pas lâché son maillot blanc. L’adversité est rapidement tombée, Bernal ne jouant pas vraiment l’objectif, et Guillaume Martin ayant souffert d’une blessure. Pierre Latour est sans doute la belle promesse tricolore de ce Tour.
L’équipe : let the Sky fall
D’accord, c’est la Movistar qui a remporté le classement par équipes. Mais à moins d’un coma long de 6 ans, il faut être fou pour penser que Sky n’a pas le meilleur collectif sur ce Tour, encore une fois. Movistar est venu en France avec une belle armada : Landa, Quintana, Valverde, Soler. Un monstre à trois têtes (si on enlève Soler), qui devait donner le tournis aux Britanniques, en jouant la carte offensive. Et puis… ça ne l’a pas fait. La Sky a récité sa partition face à des équipes toutes plus apathiques les unes que les autres. Pourtant, il y a la place. En sortant de très loin, comme sur l’étape de Laruns, il y a bien des solutions pour faire vaciller la Royal Navy. A condition d’essayer. Et vu la tournure que prend le Tour, année après année, on se dit de plus en plus, que le seul moyen de la faire tomber, c’est encore d’attendre qu’elle disparaisse.

Le super combatif : Le seigneur Craddock
Tombé lourdement sur la toute première étape du Tour, Lawson Craddock était destiné à l’abandon. Et puis, l’Américain a décidé de se battre. Pour lui déjà, mais aussi pour une fondation qui vise à sauver le vélodrome de ses débuts, détruit par la tempête Harvey. Avec les dons des internautes, plus de 200 000 dollars ont été récoltés… et Craddock a fini le Tour de France, toujours dans les délais. Et pourtant. L’exploit n’était visiblement pas assez incroyable pour les décisionnaires. Ou du moins, moins incroyable que d’attaquer à 200 mètres d’un sommet pour prendre 3 mètres d’avance. En effet, le prix a été attribué à Dan Martin… On reconnaît volontiers le tempérament offensif de l’Irlandais, mais là, non. On en a gros.

Les Français : heureusement qu’on est champions du monde
C’est bien la seule chose qu’il faut retenir chez les tricolores, pour le mois de juillet. La France est championne du monde de football. Sur le Tour, c’est une autre histoire. On ne va pas revenir sur Alaphilippe qu’on a évoqué ci-dessus, mais chez nos autres gros poissons, l’histoire a été compliquée. Déjà, Romain Bardet. Après deux podiums sur le Tour, voilà l’ancien coureur du CR4C de retour en 2014, avec une 6e place au général. Une place honorable sur le papier, mais pas quand on veut gagner le Tour, et pas non plus quand on fait de la Grande Boucle son gros objectif de l’année… chaque année. Sinon, Pierre Rolland aux abonnés absents, Warren Barguil toujours en grande difficulté, ou Lilian Calmejane, moins frigant que l’année dernière, viennent alourdir le bilan. Petite mention quand même pour Arnaud Démare, vainqueur à Pau, qui a eu le mérite de s’accrocher dans les montagnes. Et un mot aussi pour tous les Français qui travaillent pour leurs leaders, dans l’ombre.
En bonus, on vous compile ce que l’on n’a pas pu aborder et dont on avait quand même envie de parler.
Ce qu’on a aimé :
L’étape de Laruns : la meilleure étape de cette édition, avec tout ce qu’il fallait pour faire de ce Tour un grand Tour de France. Mais ce n’était qu’une journée sur 21.
Les batailles d’échappés : deux courses en l’une sur les étapes de baroudeurs, et heureusement que la bagarre pour les victoires d’étape était plus intense que celle pour le général.
Primoz Roglic : première confirmation sur trois semaines, ce coureur dégage une certaine fraicheur qui mérite d’être saluée.
Les pavés : ils font partie de ce côté épouvantail, qui forcent les favoris à savoir tout faire. Et puis cette année, voir John Degenkolb gagner fait forcément quelque chose.
La combativité des coureurs : AIE AIE AIE ATTENTION PHILIPPE LE PARAPET ! On a forcément cette image en tête de Philippe Gilbert, qui chute lourdement dans un ravin et qui termine l’étape, ou les larmes de Calmejane après avoir été battu à domicile. Toutes les émotions ressenties par les coureurs ont fait chavirer nos petits cœurs.
Ce que l’on n’a pas aimé :
L’ennui général : le spectacle aura globalement cruellement manqué sur les trois semaines.
Le public : affluence, attitudes et comportements. On met avec les gendarmes qui gazent le peloton « sans faire exprès ». Triste édition.
Peu d’arrivées au sommet : chacun aura son avis là-dessus, mais lorsque les arrivées étaient en descente, les initiatives se faisaient rares. Et nous à la rédac' on est une belle bande de bourrins qui voulons du sang et des larmes à tout va.
Les tactiques de chacun : avait-on vraiment envie de battre Sky ? Personne n’était prêt à tout perdre pour tout gagner, comme chaque année ou presque.
Le ronronnement du tracé : avec une première semaine pour sprinteurs, deuxième semaine alpestre et troisième semaine pyrénéenne. Le Tour cherche à innover, à juste titre, pourquoi ne pas pousser encore plus loin en modifiant complètement le code habituel. Avec un retour des massifs intermédiaires, qui offrent souvent des étapes spectaculaires, ou un tracé beaucoup plus décousu.
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