Vous avez dit Rugby et MLR aux États-Unis ?

Alors qu’elle était jusqu’alors méconnue en France, les rumeurs insistantes de transfert de Mathieu Bastareaud au Rugby United New York commence à mettre en lumière la MLR (Major League Rugby) en France. Bien qu’assez peu développé, le rugby est loin d’être un sport inconnu aux États-Unis. Zoom sur un intérêt et une ligue qui vont monter durant ces prochaines années.

Un sport pas si étranger

Un des matchs entre McGill et Harvard en 1874 (Crédits : McGill Athletics)

 

Oui, le rugby n’est pas un sport majeur aux États-Unis. Pourtant on trouve des traces de matchs sur le sol américain il y a environ 145 ans. Plus précisément, le premier match de rugby enregistré impliquant une équipe de rugby américaine eut lieu le 4 Mai 1874, lorsque l’université d’Harvard affronta celle canadienne de McGill dans une série de trois matchs. Un certain engouement se fit sentir autour de ce sport, avec la création de certaines compétitions inter-universités (Yale, Harvard, Priceton et Columbia en jouaient une). Un développement qui s’effectue surtout sur la côte Est, mais qui peu à peu arrive aussi du côté de la Californie. Le sport prend notamment de l’ampleur dans l’université de California Berkeley en plein scandale visant son ”voisin” du foot US (voir plus bas).Une rivalité historique du football universitaire, California / Stanford, s’est même joué de 1906 à 1914 selon les règles du rugby.

Rugby ou Football Américain

Oui mais voilà, le rugby, au moins à ses débuts, c’était très proche de ce qui est aujourd’hui le sport national américain. Avec le développement du foot US, le rugby a peiné à trouver sa place. Certes, les déclarations du président Teddy Roosevelt dénonçant le football américain comme violent en a ralenti le développement. Et pourtant, la ”lutte” comme on pourrait l’appeler fut remporté par la balle avec couture. Le développement de l’un par rapport à l’autre avait aussi une résonance politique. A l’heure où les États-Unis cherchaient à se créer leur propre culture nationale, donner du crédit à l’ancien colonisateur britannique en développant son sport plutôt qu’une invention locale comme le foot US, ça ne pouvait pas arriver. Les américains auraient sûrement fait de bons rugbymen, mais l’histoire a décidé qu’ils seraient joueurs de football américain.

Jeux Olympiques et Amateurisme

L’équipe des États-Unis victorieuse lors des J.O de Paris en 1924 (Crédits : Wikipédia)

 

Bien que sous-développé, le rugby n’a jamais été mort en Amérique. Dès les années 20, lorsque le développement était déjà en grande perte de vitesse, les États-Unis ont rempli leur palmarès. Vous ne le saviez peut-être pas, mais lorsque le rugby à 15 était un sport olympique, les États-Unis ont remporté l’or par deux fois, en 1920 à Anvers et en 1924 à Paris. Certes, le tournoi ne regroupait lors de ces éditions que deux et trois équipes, ce qui facilite quand même la route vers la victoire. Mais l’histoire retiendra et retient toujours que les derniers champions olympiques de rugby à 15 sont américains. Dans le pays, ce sport a trouvé une façon de s’épanouir par le biais de l’amateurisme alors que son voisin du football américain prenait lui la voie du professionnalisme. Les années 30, 40, et 50 seront une période de calme intense pour le rugby américain, où le sport s’enfonce peu à peu dans l’anonymat.

Renaissance et Professionnalisation

Les années 60 marquent un renouveau pour le rugby au pays de l’Oncle Sam. L’intérêt commence à revenir sur le territoire, et les tentatives de développement vont se développer. En 1975, le USA Rugby, antenne gouvernante du rugby sur le territoire est créée. Dans les années 1990, le rugby est officiellement reconnu comme sport professionnel. En 1996, la première véritable ligue de rugby américaine, la Rugby Super League, est créée. Elle survivra jusqu’à 2012 avant de disparaître. En 2016 nouvelle tentative avec la création de la PRO League, la première ligue professionnelle de l’histoire des États-Unis pour le rugby. Même résultat, disparition après une seule année d’existence. En parallèle, le sport se développe au niveau lycéen et universitaire, là où le rugby avait réussi à s’implanter au début des années 1900. Pour le rugby féminin, la NCAA dirige en partie ; chez les hommes, elle n’intervient pas, laissant l’organisation à la USA Rugby.

Équipe Nationale et Sevens

Sur le plan des équipes nationales, les États-Unis s’en tirent bien pour une nation dite de seconde zone. A 15, elle s’est qualifiée chez les hommes à toutes les éditions depuis la première en 1987, exceptée celle de 1995. Chez les femmes, les États-Unis ont même remporté la Coupe du Monde en 1991 ! Aujourd’hui, les États-Unis disputent même l’équivalent du tournoi des 6 Nations du continent américain avec l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili et l’Uruguay. En quatre éditions, ils l’ont même remporté deux fois. Pourtant aujourd’hui encore, le rugby le plus développé sur le territoire se joue à 7. Depuis la création du tournoi mondial à 7 en 1999, les États-Unis sont présents chaque année. Cette année, ils sont même premiers au classement à deux tournois de la fin ! Avec le développement des équipes nationales, il fallait bien une nouvelle tentative de ligue professionnelle.

La Major League Rugby

(Crédits : usmlr.com)

 

Et si la MLR faisait son trou dans le paysage sportif américain ? Créée en 2017 et dont la première saison eut lieu en 2018 (saison qui couronna les Seattle Seawolves), la ligue est en développement et ne semble pas se diriger vers une disparition aussi rapide que celles qui l’ont précédé. Aujourd’hui on dénombre 9 équipes réparties dans tout le pays, avec notamment une franchise basée au Canada. La MLR, comme toute bonne ligue américaine, est une ligue fermée qui ne connaît donc pas de promotion/relégation. La ligue vient de passer un accord avec la USA Rugby pour le futur, et le nombre d’équipes serait projeté à 16 pour 2022. A la manière de la MLS, elle pourrait prendre une importance avec l’arrivée de bons joueurs étrangers.

Côté français, on s’intéresse beaucoup à cette ligue. Des partenariats sont en cours de discussion, et la rumeur Bastareaud ne devrait pas faire désemplir cet intérêt.

Le rugby est donc loin d’être un sport inconnu au États-Unis. En perte de vitesse au milieu du siècle précédent, il connaît une croissance d’intérêt exponentielle depuis la fin des années 80, grâce au rugby à 7, au rugby national à 15 et maintenant grâce à sa ligue professionnelle. L’évolution de la MLR est à suivre pour les prochaines années, mais les prémices d’un destin similaire à la MLS semblent se dégager, ce qui serait déjà une grande victoire pour ce sport dans un tel pays.

A propos de l'auteur

Victime du ''Minnesota Miracle'' et du ''No-Call'', e come si potrebbe non amare i Knicks ? Je considère Drew Brees comme un dieu et le Sport US comme ma religion.

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