Football

À Nice, le football à la défense de la culture locale

Équipe de football entièrement composée de joueurs locaux, la Selecioun représente l’ancien comté de Nice face à des équipes du monde entier.

Depuis plusieurs années, une équipe de football tente de remettre le territoire historique niçois en avant : la Selecioun. Dès 2014 et sa création, elle est membre de la ConIFA, la Confédération des associations de football indépendantes, qui réunit les équipes de territoires non reconnus et de minorités. Alors, face au Kurdistan, à l’Abkhazie ou au Tibet, se trouve aussi le comté de Nice, annexé à la France en 1860.

« Le territoire niçois n’est pas le premier auquel on va penser quand on parle de régions fortes » nous avoue Yannick Faraut, 31 ans et l’un des fondateurs de la Selecioun. « Mais l’identité niçoise est très présente localement, il y a une vraie culture » continue-t-il, « mon grand-père me parlait en niçois et c’est le cas d’énormément de joueurs. » Pour jouer dans cette équipe, « il faut être né sur l’ancien territoire du comté de Nice » nous précise Yannick, qui se souvient du tout premier rassemblement de l’association.

Champions du monde

« En avril 2014, la ConIFA nous contacte et nous explique que le Québec se désiste de la Coupe du monde à Östersund en Suède » se remémore-t-il. En quelques semaines, il monte alors avec une poignée d’amis la première sélection niçoise. « La réussite qu’il y a eu, c’est que les joueurs sont originaires de villages comme de quartiers, c’est le Nice d’aujourd’hui et c’est ça qui a fait que ça a marché. » À cette Coupe du monde, ce sont les Niçois qui s’imposent, créant un véritable engouement autour de l’équipe.

En finale, la Selecioun vainc l’île de Man aux penaltys, au bonheur des supporters venu voir le match diffusé en direct au palais Nikaia, salle de spectacle à Nice. Au retour de l’équipe, plusieurs centaines d'admirateurs sont présents à l’aéroport, fumigènes à la main. C’est cette communion que Yannick Faraut imaginait retrouver cet été, Nice ayant été choisie pour accueillir la Coupe d’Europe ConIFA.

Mais malgré l’annulation du tournoi pour cause de covid-19, il ne désespère pas de pouvoir, un jour, organiser un grand évènement. « Ça permettrait de faire vivre la culture locale, que des associations qui font de la musique ou donnent des cours de niçois viennent se greffer à l’évènement. »

Des joueurs « honorés »

Ces matchs, Loïc Malatini, 28 ans et joueur à Villefranche Saint Jean Beaulieu en National 3, en rêve aussi. « Ce serait bien de montrer que ce n’était pas des tournois faciles » nous confie-t-il, lui qui fait partie de la Selecioun depuis son lancement. Dans celle-ci, semi-professionnels et amateurs remplissent les rangs, mais pas que. Alexy Bosetti, Malik Tchokounté ou encore Éric Cubilier, tous ont été professionnels en Ligue 1 et joué pour la Selecioun.

« C’est un honneur de pouvoir défendre le comté de Nice » pour Loïc Malatini, « on défend Nice, nos racines, nos amis, nos familles. […] En 2014, ça nous a vraiment donné un boost de jouer pour ça, c’était notre équipe nationale. » C’est cette cohésion qui compte pour lui, « un rassemblement d’amis où on se retrouve pour des moments de partage » et où il « espère jouer un maximum jusqu’à [sa] retraite internationale » rigole-t-il

Des déplacements parfois compliqués

En plus de la crise sanitaire, d'autres facteurs ont perturbé le programme de l'équipe ces dernières années. Quatre ans après avoir atteint la finale de la Coupe d'Europe 2015, la Selecioun n'avait par exemple pas fait le déplacement au Haut-Karabakh pour la Coupe d'Europe 2019 en raison du contexte difficile de ce territoire récemment terre de conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Alors, la Selecioun ne s'illustre pas uniquement dans le cadre de compétitions ConIFA. Le 17 juin 2017, l'équipe s'était imposée face à l'AS Cannes (actuellement en N3) à l'Allianz Riviera lors d'un évènement hommage aux victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Peu avant cette rencontre, des légendes du football français et italien s'étaient affronté sur le même terrain en faveur de cette cause.

Franck Delerue à l'Allianz Riviera en juin 2017 / Crédit photo : La Selecioun

Outre ce match, la Selecioun s'est aussi illustrée en 2019 en concédant un nul face à la réserve de l'OGC Nice ou encore en s'inclinant face au RC Grasse (aujourd'hui en N2). Mais malgré la crise sanitaire ayant empêché l'équipe de s'exprimer sur le terrain récemment, l'association reste active sur les réseaux sociaux, mettant régulièrement en avant les performances de sportifs originaires de Nice, tant quand Gaultier Lloris s'offre un but avec l'AJ Auxerre que lors des victoires de Fabio Quartararo en MotoGP. « On essaye d'être bienveillants » explique Yannick Faraut, même si l'équipe espère retrouver les matchs de football rapidement. Loïc Malatini, lui, imagine que l’association « perdurera dans le temps. »

Pour cela, elle pourra compter sur son parrain et premier supporter, le Niçois et capitaine de l’Équipe de France Hugo Lloris.

Crédit photo à la une : La Selecioun

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